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dimanche 23 avril 2017
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Reuters, 27 mars 2004

Côte d’Ivoire : L’opposition veut "saper les bases de l’Etat", selon Laurent Gbagbo

Suivi d’un commentaire

par Silvia ALOISI


ABIDJAN (Reuters) - L’armée ivoirienne a tiré, vendredi 26 mars 2004, à la mitrailleuse, à Abidjan, tandis que le président Laurent Gbagbo accusait ses opposants d’avoir cherché à "saper les bases de l’Etat" lors de la manifestation, durement réprimée, de la veille.


Le chef de l’Etat, qui s’est efforcé d’apparaître devant la presse décontracté et souriant, a exhorté les dirigeants de l’opposition et les rebelles à réintégrer le gouvernement de réconciliation nationale.

Les violences de jeudi 25 mars 2004 ont poussé les ex-rebelles et deux formations d’opposition à suspendre leur participation au "gouvernement de consensus national".

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, l’ancien parti unique) avait déjà interrompu sa participation début mars 2004. Plus de la moitié des ministres, 25 sur 41, boycottent désormais l’exécutif.

Selon les autorités, 25 personnes ont trouvé la mort, jeudi 26 mars 2004, dans des affrontements entre militaires, partisans et opposants de Gbagbo.

Mais selon des responsables de l’opposition qui cite des diplomates, 120 personnes ont péri dans les violences depuis jeudi 26 mars 2004. Un diplomate occidental a cité devant Reuters le chiffre, encore à confirmer, de 128 victimes.

"Un massacre organisé"

"Les événements du 25 mars 2004 n’avaient rien a voir avec une manifestation pacifique. En réalité, il s’agissait, sous le couvert d’une marche, de faire entrer la rébellion à Abidjan, de saper les bases de l’Etat", a déclaré aux journalistes dans sa résidence du centre d’Abidjan Laurent Gbagbo, qui s’est efforcé de convaincre qu’il garde le contrôle du pays. Ce dernier traverse l’une de ses plus graves crises depuis les accords de paix de Marcoussis, signés en janvier 2003.

"Il y a un président de la République dans la maison et ce président tient son pouvoir des élections et de la Constitution. Cela n’a pas changé", a-t-il ajouté.

Il a affirmé que les forces de sécurité n’avaient pas ouvert le feu sur des manifestants désarmés.

L’opposition l’a, en revanche, accusé d’avoir perpétré un "massacre organisé" et réclamé l’ouverture d’une enquête internationale sur ce "génocide en cours".

"(Les forces politiques) déplorent de la part de la communauté internationale l’absence de réactions appropriées, voire une indifférence coupable face à ce massacre planifié aux effets et implications politiques imprévisibles", a déclaré dans un communiqué Cissé Bacongo, haut responsable du RDR et porte-parole des manifestants.

"Le mot d’ordre de marche (des forces politiques) demeure en vigueur jusqu’à ce que la liberté (...) de manifester et d’exprimer leurs différences soit respectée."

"En conséquence, elles demandent à leurs militants et sympathisants de rester engagés, mobilisés et vigilants", a-t-il ajouté.

"Opérations de ratissage"

A Abidjan, un diplomate occidental n’a pas caché son inquiétude : "Le processus de paix ne tient plus qu’à un fil. On voit difficilement comment cette situation pourrait être inversée".

De source diplomatique, on a estimé que le président comme les rebelles avaient durci leur discours.

Une force des Nations Unies doit se déployer dans le pays dans moins de deux semaines.

Au moment où Laurent Gbagbo s’adressait aux journalistes, des coups de feu sporadiques pouvaient toujours être entendus dans le quartier populaire de Treichville.

Un membre de la Garde républicaine a expliqué que l’armée avait lancé une opération après avoir été informée de la présence de personnes recherchées dans ce quartier, peuplé en majorité d’immigrants et de personnes originaires du nord du pays, qui constitue le bastion principal des rebelles.

Un employé du CHU de Treichville a indiqué que 15 blessés par balle avaient été acheminés dans l’établissement dans l’après-midi.

Les fusillades se sont atténuées en soirée mais le quadrillage de la ville par l’armée demeurait très important, selon les habitants. L’armée a annoncé procéder à des opérations de "ratissage" d’opposants dans d’autres quartiers.

La fin du conflit ivoirien, né de l’échec d’un coup d’Etat en septembre 2002, a été officiellement déclarée en juillet 2003, mais la lente mise en oeuvre des accords de paix alimente toujours les tensions en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao.

Les parties s’accusent réciproquement de ne pas respecter leurs engagements en faveur de la paix.

Silvia ALOISI

Commentaire

On remarquera que, dans ce genre d’affaires, l’armée reçoit toujours pour mission de protéger le quartier des riches et d’aller répandre la terreur dans les quartiers pauvres...

Cela démontre que les dirigeants militaires, tout comme les dirigeants politiques, se considèrent au service de l’oligarchie, et non au service du peuple.

Frank BRUNNER

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