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dimanche 19 février 2017
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Reuters, 24 janvier 2007

Guinée : Dialogue gouvernement-syndicats après les violences


Paysage de Guinée

CONAKRY (Reuters) - Les syndicats guinéens ont rencontré, mercredi 24 janvier 2007, des représentants du gouvernement pour tenter de mettre un terme au mouvement de grève générale, après les violences qui ont fait une quarantaine de morts ces derniers jours. Le mouvement de protestation, lancé il y a deux semaines, a également provoqué un arrêt des chargements de bauxite, dont la Guinée est le premier exportateur mondial, et des pénuries alimentaires à Conakry, où les marchés et les banques sont fermés.

Guinée


Les responsables des organisations syndicales estiment que le président, Lansana Conté, septuagénaire diabétique à la santé fragile, n’est plus en état de gouverner le pays et ils réclament son départ. Mais l’épouse du chef de l’Etat, Henriette, a réussi, mardi 23 janvier 2007 au soir, à les convaincre de reprendre les négociations avec le gouvernement. "Les syndicalistes et le gouvernement sont face à face sous la médiation des institutions républicaines, (des) confessions religieuses et (du) patronat. (Ce sont) des travaux préliminaires, il reste encore beaucoup de choses à résoudre", à déclaré à Reuters l’évêque anglican de Guinée, Albert Gomez.

Des manifestants

Ce retour à la négociation marque un tournant. Les syndicats avaient déclaré en début de semaine qu’il leur était impossible de discuter avec un gouvernement qui a fait donner, lundi 22 janvier, l’armée et la police contre des manifestants désarmés. Cette journée, la plus sanglante depuis le début du mouvement de protestation, a fait au moins 33 morts et plus de 150 blessés dans la capitale, selon un bilan établi auprès des hôpitaux et des morgues. Les mesures de sécurité restaient très strictes, mercredi 24 janvier, autour de Conakry, mais à la suite d’un appel au calme et de l’ouverture de négociations, davantage de personnes s’aventuraient dans les rues. "On est fatigués. Il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’électricité, il n’y a rien à manger", déplorait Amadou Touré, un chauffeur de taxi âgé de 32 ans qui, avec d’autres, patientait depuis l’aube à l’une des rares pompes à essence ouvertes pour faire le plein. Des jeunes gens rassemblés au coin d’une rue se disaient prêts à manifester à nouveau, si les discussions échouaient, mais d’autres habitants disaient que le départ de Lansana Conté était plus improbable que jamais après la violente répression de lundi 22 janvier 2007. "C’est le gouvernement qui a gagné cette grève", affirmait, sous le sceau de l’anonymat, un employé d’un restaurant.

Une victime de la répression

Le régime de Lansana Conté, basé sur des affiliations claniques, est soutenu par l’armée depuis qu’il s’est emparé du pouvoir, en 1984, à la faveur d’un coup d’Etat militaire. Lansana Conté n’a laissé entrevoir aucune intention de céder le pouvoir. Or, des diplomates doutent que la seule nomination d’un nouveau Premier ministre sera à même de régler la crise politique. La gestion de la crise par les forces de sécurité, ajoutent-ils, constitue un grave retour en arrière pour la Guinée, un mois seulement après que l’Union européenne a repris le versement de son aide en notant, à l’époque, des progrès en matière de réformes démocratiques. Le commissaire européen chargé de l’Aide humanitaire, a exhorté toutes les parties à respecter la loi et il les a invitées au dialogue. Les Nations Unies et l’Union africaine ont critiqué le recours à la force par les autorités, mais peu de puissances étrangères semblent prêtes à s’impliquer dans ce qui apparaît comme une affaire essentiellement intérieure. Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont décidé, la semaine dernière, d’envoyer une mission de haut niveau en Guinée pour y pousser à la négociation, mais un diplomate a rapporté qu’il semblait y avoir peu de progrès. "Les Etats membres sont très divisés sur la question de savoir s’il est approprié pour la Cédéao d’intervenir. Même ceux qui voulaient participer à une médiation se demandaient s’il ne serait pas contre-productif de discuter avec Conté", a-t-il dit.

Reuters

Des manifestants

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source