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Reuters, 26 janvier 2007

Guinée : 60 morts dans des violences


Des manifestants, à Conakry, le 22 janvier 2007

CONAKRY (Reuters) - Alors que les pourparlers entre le gouvernement guinéen et les syndicats pour mettre fin à la grève générale semblaient se compliquer, vendredi 26 janvier, le bilan des victimes s’établit désormais, selon une ONG de défense des droits de l’homme, à une soixantaine de morts depuis le début du mouvement, le 10 janvier 2007.

Guinée


Les deux camps sont convenus du principe de la nomination d’un Premier ministre de consensus aux pouvoirs élargis, face à un chef de l’Etat usé, reclus et malade. Les syndicats veulent que ce dernier, le général-président Lansana Conté, au pouvoir depuis son putsch de 1984, passe la main. Mais les négociations traversent une phase difficile, et les manifestations pourraient reprendre lundi 29 janvier 2007, si aucun accord n’est conclu d’ici là.

Des policiers à Conakry, le 23 janvier 2007

Le futur Premier ministre devra être doté "de réelles prérogatives", selon l’expression de Rabiatou Diallo, chef de file de la Confédération des travailleurs de Guinée (CTG), qui précise : "être en capacité de nommer ou de renvoyer ses propres ministres". Les négociateurs du gouvernement font valoir pour leur part qu’aux termes de la constitution du pays, il revient au seul président de nommer ou limoger les ministres. Les dirigeants syndicalistes font valoir que le président Conté, qui aurait dans les 70 ans et serait diabétique et leucémique, n’est plus en état de diriger le pays. Ils lui reprochent également son ingérence dans les affaires judiciaires et ses remaniements à répétition sans véritable cohérence selon eux. "Les syndicalistes proposent en bloc un Premier ministre, chef du gouvernement. Sinon, c’est les marches à partir de lundi 29 janvier 2007. Pour le moment c’est le blocage", résume Ibrahima Naby Diakite, porte-parole du Conseil national des organisations de la société guinéenne qui assiste aux discussions, à l’intérieur du Palais du peuple. S’ils parviennent à s’entendre, les négociateurs, comprenant des syndicalistes et de représentants du pouvoir et de la société civile, soumettront leurs propositions au chef de l’Etat guinéen. Piétons et automobilistes s’aventurent à nouveau dans les rues de Conakry, mais les syndicats ont prévenu que leur mot d’ordre de grève illimitée ne sera pas levé tant qu’il n’y aura pas d’accord concret sur les pouvoirs du chef du gouvernement.

Des Guinéens viennent reconnaître les cadavres de proches victimes de la répression, à Conakry, le 23 janvier 2007

Le mouvement qui paralyse cet Etat d’Afrique de l’Ouest au fort potentiel minier et agricole a interrompu les exportations de bauxite, dont la Guinée est le premier producteur mondial. La paralysie de la filière bauxite se traduit par une perte évaluée par le ministère des Mines à plus d’un million de dollars par jour, entraînant en outre des pénuries de vivres sur les marchés. La grève, lancée à l’appel de syndicats soutenus par l’opposition, a aussi provoqué de durs affrontements avec les forces de l’ordre. "On est arrivé à 60 (morts), mais nos équipes sont toujours sur le terrain et il pourrait en avoir encore plus parce qu’il y a des morts qui n’ont pas été amenés à la morgue", a déclaré à Reuters Thierry Maadjou Sow, président de la Ligue guinéenne des droits de l’homme (LGDH).

Un blindé à Conakry, le 25 janvier 2007

Les estimations préliminaires émanant des hôpitaux et des témoins font état d’une quarantaine de morts dans tout le pays après la journée de lundi, la plus "chaude" depuis le 10 janvier. Ce jour-là, les forces de sécurité ont ouvert le feu pour empêcher les manifestants de marcher sur le coeur administratif de Conakry, situé à l’extrémité d’une péninsule. D’après la LGDH, une partie des blessés du 22 janvier 2007 sont depuis décédés, tandis que de nombreuses victimes n’auraient pas encore totalement comptabilisées en périphérie de Conakry ainsi que dans les villes de province. Le bilan officiel, tel qu’il a été donné sur les ondes de la radio nationale par le porte-parole du gouvernement, Moussa Solano, est quant à lui de 35 morts et 150 blessés. Les hôpitaux doivent faire face à un afflux de blessés. Le Programme alimentaire mondial a été sollicité, comme d’autres agences de secours, pour nourrir les blessés. "Par le biais d’une opération coordonnée par Médecins Sans Frontières, des rations de sept jours vont être fournies à 125 personnes blessées lors des récentes manifestations et dont les parents ne sont pas en mesure de venir à l’hôpital pour les nourrir", a annoncé le Pam. Compte tenu de l’état calamiteux des axes routiers guinéens, le Pam a aussi été sollicité pour parachuter des secours médicaux et du personnel humanitaire dans l’intérieur du pays.

Reuters

Des Guinéens font la queue pour remplir des bidons d’essence, à Conakry, le 25 janvier 2007

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