retour article original

samedi 29 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Guinée
AFP, 13 février 2007

Guinée : Lansana Conté décrète l’état de siège

par Mouctar BAH


Des Guinéens viennent identifier des cadavres à la morgue de Conakry, le 23 janvier 2007

CONAKRY (AFP) - Au moins onze manifestants ont été tués, lundi 12 février, dans la banlieue de Conakry, portant à 97 le nombre de morts depuis début janvier 2007, en Guinée, paralysée par la reprise d’une grève générale pour exiger le départ du président, Lansana Conté, au pouvoir depuis vingt-trois ans.

Guinée


Des affrontements ont éclaté, en fin de matinée, entre jeunes manifestants armés de gourdins et forces de l’ordre, dans plusieurs quartiers de la banlieue de la capitale, où les principaux axes sont coupés, depuis samedi 10 février, par des barricades érigées dans plusieurs quartiers par des manifestants. Deux manifestants ont été tués à Hamdallaye, dont un lorsqu’un groupe de jeunes gens ont attaqué le domicile d’un colonel. Un militaire, un des gardes du domicile qui avait tiré sur les manifestants, a été lynché par la foule, selon des témoins. Depuis samedi 10 février, il s’agit du troisième militaire tué par la foule après avoir ouvert le feu sur des protestataires. Trois manifestants ont été tués dans le quartier de Wanidara par la garde présidentielle, selon des témoins. La garde présidentielle a tiré après que des jeunes eurent lancé des pierres dans leur direction au moment de leur passage. Trois manifestants ont également trouvé la mort dans le quartier d’ENCO-5 et deux à Hafia. Tous ont été tués par les forces de l’ordre. Les locaux d’une radio privée guinéenne ont été saccagés, lundi 12 février 2007, par des membres de la garde présidentielle qui ont arrêté un journaliste et un technicien et les ont conduits dans une gendarmerie, a indiqué à l’AFP le directeur de la radio, Cheikh Fantamady Condé.

Des policiers et des soldats à Conakry

Ajoutant à la confusion, des tirs provenant de l’intérieur du camp Alpha Yaya mais aussi des environs immédiats étaient entendus depuis la mi-journée, selon des témoins. Le camp Alpha Yaya abrite une unité de commandos et le bataillon spécial de Conakry, des unités d’élite de l’armée. Il accueille aussi le quartier général de l’armée, mais l’état-major est basé dans le camp Samory, où réside également le président Conté. Selon des témoignages non confirmés officiellement, des soldats du camp Alpha Yaya réagiraient avec colère à l’arrivée récente à Conakry d’hommes armés en provenance du Liberia et la récente promotion par le président Conté de certains officiers de l’armée. "Certaines informations font état du recrutements d’anciens rebelles libériens du LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) pour protéger Conté au milieu de la crise", selon Corinne Dufka, responsable de Human Rights Watch (HRW) pour l’Afrique de l’Ouest. Seuls quelques tirs sporadiques étaient entendus, lundi 12 février, en début de soirée, près du camp militaire Alpha Yaya, à proximité de l’aéroport de Conakry, après les tirs nourris enregistrés à la mi-journée, ont rapporté des témoins joints par l’AFP. Il s’agit des premières dissensions enregistrées depuis le début des troubles, le 10 janvier 2007, au sein de l’armée guinéenne, qui constitue le socle du pouvoir du président Conté, âgé de 72 ans et qui a grade de général.

Un véhicule de la police à Conakry

Des témoins ont par ailleurs rapporté, lundi 12 février, que quatre personnes qui s’étaient attaquées à du bétail dans une propriété du président, Conté à Gaoual, ont été tuées par les forces de l’ordre, ce qui porte donc à trente-huit le nombre de morts depuis samedi 10 février 2007, dont trois militaires.

Des commerces fermés, à Conakry

Cette nouvelle explosion de violences fait suite à la nomination par le président Conté du ministre Eugène Camara, un de ses proches, au poste de Premier ministre. Les syndicats et l’opposition, qui attendaient un homme de consensus, ont estimé avoir été trahis par le chef de l’Etat, et ont rejeté cette nomination.

Des commerces fermés à Conakry

L’Union africaine (UA) a appellé, lundi 12 février 2007, le président guinéen, Lansana Conté, à nommer un "Premier ministre de consensus" pour mettre fin aux violences qui secouent ce pays d’Afrique de l’Ouest. "Les dernières évolutions (en Guinée) sont liées au choix du nouveau Premier ministre qui devait être un Premier ministre de consensus", a déclaré le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, à des journalistes, à Addis Abeba, dans une condamnation implicite du choix récent du nouveau Premier ministre, Eugène Camara, rejeté par les opposants. Le représentant du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’ouest, Ahmedou Ould Abdallah, a pour sa part qualifié la situation d’"extrêmement grave". La France, ancienne puissance coloniale, a de son côté exprimé sa "très vive préoccupation" après les violences du week-end, appelant toutes les parties à la retenue.

Alpha Oumar Konaré

Cette détérioration de la sécurité s’accompagne d’un isolement progressif de la Guinée, pays pauvre bien que premier exportateur mondial de bauxite, qui compte 9,4 millions d’habitants. Air France a annulé ses vols Paris-Conakry de samedi 10 février et dimanche 12 février et Air Sénégal International sa liaison Dakar-Conakry de dimanche 12 février 2007 et ce "jusqu’à nouvel ordre".

Scène d’émeute à Conakry, le 22 janvier 2007

Le président, Lansana Conté, a décrété, lundi 12 février 2007 au soir, l’état de siège dans l’ensemble du pays, où plus d’une centaine de personnes ont été tuées depuis début janvier lors d’affrontements entre manifestants exigeant son départ et forces de l’ordre. Le chef de l’Etat a demandé à l’armée de "prendre toutes les dispositions" pour éviter "une guerre civile", lors d’une brève intervention radio-télévisée, au terme d’une journée au cours de laquelle au moins dix-huit personnes ont été tuées. Les destructions et les pertes en vies humaines" depuis le début de la crise politico-sociale qui secoue la Guinée depuis le 10 janvier "sont telles que je suis amené à décréter l’état de siège sur toute l’étendue du territoire national", a déclaré le président guinéen. "Je donne alors ordre au chef d’état-major général des armées de prendre toutes les dispositions utiles pour rétablir l’ordre public et protéger le peuple de Guinée contre le risque d’une guerre civile", a-t-il poursuivi.

Mouctar BAH

Lansana Conté

AUTEURS 

  • Mouctar BAH

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source