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AFP, 15 février 2007

Guinée : Exactions militaires


Un blindé, à Conakry, le 22 janvier 2007

CONAKRY (AFP) - Nouveaux morts et exactions de militaires : la Guinée en état de siège a connu, mercredi 14 février 2007, une nouvelle journée de violences, alors que l’armée a désormais tous les pouvoirs pour stopper une contestation du président, Lansana Conté, qui a fait au moins 112 morts depuis début janvier 2007.

Guinée


Le chef de l’Etat a décrété l’état de siège, avec un couvre-feu très sévère de 18h00 sur 24h00 et la suspension de nombreuses libertés fondamentales, quelques heures après que syndicats et opposition ont repris, lundi 12 février 2007, un mouvement de grève générale illimitée pour exiger son départ immédiat.

Le chef d’état-major des armées, Kerfalla Camara, a précisé, mardi 13 février 2007 au soir, que "tous les lieux publics" étaient fermés "jusqu’à nouvel ordre" et ajouté l’interdiction des "manifestations de tous genres (...) réunions publiques et privées de quelque nature que ce soit, exception faite des offices religieux dans les lieux de culte". "En cas de résistance, de menace ou d’attaque, les patrouilles, en légitime défense, peuvent faire usage de leurs armes" mais "toute violence non justifiée sera sanctionnée conformément au règlement militaire", a-t-il ajouté.

Vue de Conakry, le 29 janvier 2007

Lundi 12 février, les locaux d’une radio privée, FM Liberté, avaient été saccagés par des membres de la garde présidentielle qui avaient arrêté un journaliste et un technicien. Les deux hommes ont été remis en liberté, mercredi 14 février 2007, à la suite d’interventions notamment du président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé.

Un blessé dans un hôpital de Conakry

Les forces de l’ordre ont tué au moins huit personnes, dont quatre dans la nuit de mardi 13 février à mercredi 14 février, depuis l’instauration, lundi 12 février au soir, de l’état de siège par le président Conté au pouvoir depuis vingt-trois ans et qui a expliqué vouloir ainsi éviter une "guerre civile". Mercredi 14 février, dans les rues désertées de Conakry, les militaires continuaient de patrouiller et des blindés étaient postés aux endroits stratégiques. Le centre de la capitale, et notamment le camp militaire Samory où réside le président Conté, est toutefois resté calme, comme la province, où aucun incident grave n’avait été signalé mercredi à la mi-journée. Mais dans la banlieue de Conakry, les témoignages se sont multipliés sur les exactions de militaires, avec notamment des vols de téléviseurs, de téléphones portables et d’argent lors de perquisitions aux domiciles de particuliers. "Nous avons été humiliés ma femme et moi par une dizaine de militaires qui se sont attaqués à nous. Ils m’ont demandé de l’argent", a expliqué encore sous le choc Salifou, un retraité. "Ils m’ont dit que si je ne donnais pas la télévision, ils vont prendre ma fille. J’ai appris qu’une femme avait été violée par des militaires, ce matin, dans le quartier. J’ai alors offert gratuitement ma télévision", a-t-il ajouté. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a par ailleurs annoncé, mercredi 14 février, un nouveau pillage, mardi 13 février, dans un de ses entrepôts en Guinée, évaluant à environ 850000 dollars US l’aide alimentaire volée depuis le 10 février 2007.

Vue de Conakry, le 10 février 2007

La dégradation rapide de la situation dans ce pays d’Afrique de l’ouest de 9,4 millions d’habitants, premier exportateur mondial de bauxite, suscitait de vives inquiétudes au sein de la communauté internationale. La situation a suscité, depuis mardi 13 février, des réactions de réprobation, du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, de la Commission européenne, du Bureau international du travail (BIT), de la Confédération syndicale internationale (CSI) et d’Amnesty international. Une soixantaine de ressortissants américains, bloqués à Conakry ces derniers jours, sont arrivés, mardi 13 février au soir, au Sénégal, à bord d’un avion américain dépêché sur place, tandis qu’un appareil de l’armée de l’air marocaine a rapatrié, mercredi 14 février, 90 Marocains établis en Guinée qui souhaitaient rentrer dans leur pays à cause des violences. La France devait envoyer, mercredi 14 février 2007 au soir, dans le golfe de Guinée, un navire transporteur de chalands de débarquement pour renforcer son dispositif maritime "par mesure de précaution".

Agence France Presse

Des commerces fermés à Conakry

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