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Le Temps, 5 mars 2007

Corruption : En Israël, les scandales sapent la crédibilité des institutions

par Serge DUMONT


Manifestation palestinienne contre le mur israélien, à Bil’n, le 2 mars 2007

Après l’inculpation pour viol du président israélien, Moshe Katsav, le premier ministre, Ehud Olmert, est au cœur de nouvelles « affaires ». Mais celles-ci touchent aussi d’autres ministres, la police et l’administration fiscale.

Israël


« Israël se trouve en 34e place sur la liste des pays les plus corrompus du monde. Pourtant, la vérité est encore bien plus grave que cela. » Cette petite phrase désabusée n’a pas été lâchée par un quelconque chroniqueur en mal de sensationnalisme, mais par Yaron Zelikha, le trésorier général de l’Etat hébreu, qui a dénoncé publiquement et depuis plusieurs mois « la gangrène rongeant les institutions de ce pays ».

Des soldats israéliens à Kalandia, le 2 mars 2007

Depuis quelques mois, les scandales impliquant des personnalités publiques et des fonctionnaires de haut rang se multiplient à Jérusalem. Le dernier en date a éclaté, le 28 février, lorsque la chaîne de télévision privée « Canal 10 » a diffusé la copie d’un document émanant du cabinet d’Ehud Olmert et démontrant que ce dernier se serait, lorsqu’il était ministre des Finances puis des Affaires économiques, livré à une série de manœuvres en faveur de membres en vue du Likoud (le parti alors dirigé par Ariel Sharon). Certains auraient obtenu un emploi pour eux ou pour leurs proches, des avantages en nature ainsi que la transformation de terrains agricoles en terrains constructibles offerts à la rapacité des entrepreneurs locaux. Cette affaire fait d’autant plus de bruit en Israël que le nom du premier ministre est déjà cité dans une série d’autres scandales. Il est soupçonné par la justice d’avoir créé des emplois fictifs de « consultants » au Ministère des affaires économiques. Ces postes grassement payés ont ensuite été attribués à des activistes du Likoud. En outre, Ehud Olmert est accusé par Yaron Zelikha d’être intervenu dans la privatisation de la Banque Leumi, la deuxième institution bancaire du pays. Selon le trésorier général, des amis du futur premier ministre auraient pu acheter un paquet d’actions de cette affaire lucrative. En échange, ils auraient vendu à leur protecteur une belle maison de Jérusalem à un coût inférieur à celui du marché. Sordide ? Ehud Olmert n’est pourtant pas le seul à devoir s’expliquer. A la mi-janvier 2007, la secrétaire d’Ehud Olmert et plusieurs hauts responsables de l’administration fiscale ont d’ailleurs été interpellés pour avoir aidé les grands noms de l’industrie israélienne à obtenir des réductions d’impôts en échange de « cadeaux » aux partis politiques. Ils sont soit suspendus soit placés en détention provisoire. Mais l’enquête les concernant risque de durer, car la police est elle aussi déstabilisée par les « affaires ».

Ehud Olmert

Le ministre des Finances, Avraham Hirchzon, vient, lui, d’être interrogé pendant huit heures -et comme suspect- par les policiers de l’antifraude. Ceux-ci le soupçonnent d’avoir couvert le détournement d’un million d’euros puisé dans la caisse d’un petit syndicat de droite qu’il dirigeait il y a trois ans. Quant au ministre de Jérusalem, Yaakov Edri, il a été « cuisiné » par les mêmes enquêteurs qui l’accusent, lui, d’avoir exigé des pots-de-vin de quelques solliciteurs qui demandaient son intervention.

Avraham Hirchson

Les scandales ne sont certes pas une nouveauté dans la vie politique israélienne. En 2001, le rabbin Arié Deri, le très charismatique animateur du parti ultraorthodoxe Shass, avait été condamné à trois ans de prison pour corruption et abus de confiance lorsqu’il dirigeait le Ministère de l’intérieur. Plus récemment, l’ancien ministre de l’Energie, Ronen Segv, a été condamné pour avoir participé -grâce à un passeport diplomatique falsifié- à un trafic d’ecstasy provenant de Hollande. En 2005, l’ex-député Omri Sharon (Likoud) a également écopé de neuf mois ferme pour avoir notamment organisé le financement illégal de la campagne électorale de son père. Plusieurs élus du même parti, parmi lesquels l’ex-vice-ministre Naomi Blumental -qui devrait être incarcéré prochainement-, ainsi que des maires de toutes tendances et des élus locaux ont aussi été accusés de fraude électorale, voire de vol de biens de l’Etat. « Nous ne sommes plus un pays civilisé, lâche l’éditorialiste Sever Plotzker. De nouveaux scandales éclatent quasiment toutes les semaines et cela, ce n’est pas normal. » Le 17 février 2007, quelques heures après la publication du rapport d’une commission d’enquête affirmant que certains de ses services avaient été pénétrés par des familles mafieuses locales, le préfet général, Moshé Karadi, a démissionné. Il n’a pas encore été remplacé puisque son successeur traîne également quelques « casseroles ».

Moshe Karadi

Toutes ces affaires ne restent pas sans effet. Selon un sondage diffusé par Kol Israël (la radio publique), 5 % à peine des Israéliens font encore confiance au personnel politique et aux institutions au sens large. 78 % se déclarent « insatisfaits » de la manière dont leur pays est géré.

Serge DUMONT

Des soldats israéliens à Kalandia, le 2 mars 2007

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