retour article original

samedi 29 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Côte d’Ivoire
Le Monde, 16 mars 2007

Côte d’Ivoire : Après l’accord de paix, Paris veut commencer à planifier un retrait de son armée

par Philippe BERNARD et Philippe BOLOPION


Des soldats français en Côte d’Ivoire

Soucieux de rassurer les milieux diplomatiques onusiens, le premier ministre français, Dominique de Villepin, a déclaré, jeudi 15 mars 2007, au siège des Nations Unies à New York, que la France n’allait pas "prendre de court" l’ONU, ou les pays de la région, au moment où elle souhaite "préparer" un retrait des 3500 hommes de l’opération "Licorne", déployée en Côte d’Ivoire depuis que ce pays est coupé en deux par une rébellion, en septembre 2002.


Les préparatifs de retrait français sont justifiés par la signature, le 4 mars 2007, à Ouagadougou (Burkina Faso), d’un accord de paix entre le président ivoirien, Laurent Gbagbo, et le chef rebelle, Guillaume Soro, qui prévoit la mise en place d’un nouveau gouvernement, la préparation d’une élection présidentielle, et un retrait progressif des 7800 casques bleus de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et des forces françaises qui la soutiennent. "Nous nous félicitons de l’accord", a affirmé M. de Villepin, et "nous souhaitons que cela puisse créer les bases d’un processus de retrait de nos forces", a-t-il ajouté, à l’issue d’un entretien avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, consacré à la participation française aux forces de paix de l’ONU. Avant de quitter le gouvernement, le premier ministre souhaite rendre compte à l’équipe qui lui succédera de l’état des opérations dans lesquelles la France est engagée à l’étranger. "L’engagement d’un pays et de la communauté internationale trouve sa justification dans la réussite d’une opération qui permet le départ", a-t-il affirmé. "Nous souhaitons préparer ce retrait, mais nous le ferons, bien sûr, en liaison avec la communauté internationale et l’ensemble des pays de la région", a-t-il assuré, en invoquant "un esprit de responsabilité".

Des soldats français en Côte d’Ivoire

La coïncidence entre la signature, inattendue, de l’accord de paix d’Ouagadougou, le septième depuis le début de la crise ivoirienne, et la fin du mandat de Jacques Chirac et donc de Dominique de Villepin, a créé une situation inédite. Alors que le président, Laurent Gbagbo, a souvent présenté "Licorne" comme une force d’occupation et réclamait régulièrement son départ, il a cessé d’exprimer cette impatience. La France, elle, n’a pas été associée à l’accord, mais s’est immédiatement appuyée sur ce texte pour envisager, "dès maintenant", un retrait progressif de ses troupes dont le déploiement lui coûte 250 millions d’euros par an. M. de Villepin, qui était ministre des affaires étrangères au début de la crise ivoirienne, souhaite marquer la "bonne nouvelle" de l’accord avant de quitter Matignon. Faute d’un début effectif de retrait avant l’élection présidentielle française, l’annonce d’une "définition concrète des conditions" de ce retrait soulignerait une avancée conforme aux voeux du premier ministre. Ce dernier, explique l’un de ses proches, a toujours justifié l’intervention militaire par la nécessité d’appuyer un accord politique. Dans l’entourage de M. Chirac, qui a la haute main sur le dossier ivoirien, on indique que le processus engagé à Ouagadougou reste précaire et qu’il n’est pas question de "prendre le risque d’alléger la force "Licorne", même symboliquement, avant l’élection présidentielle". "Nous laisserons le dossier en ordre pour nos successeurs, sans les enfermer dans une direction, ajoute-t-on. Toutes les options doivent rester ouvertes en fonction du degré d’application de l’accord."

Un soldat français en Côte d’Ivoire

Jeudi 15 mars, à New York, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est lui aussi montré prudent. "Bien que nous soyons encouragés par le récent accord de paix (...), il y a toujours des questions à clarifier", a-t-il déclaré. Avec le soutien du Conseil de sécurité, M. Ban devrait engager des discussions avec les protagonistes de l’accord afin d’obtenir des clarifications sur le rôle que le futur gouvernement ivoirien entend faire jouer à l’ONU. Dans un texte adopté unanimement mercredi 14 mars 2007, le Conseil de sécurité a lui-même accueilli avec un optimisme prudent l’accord de paix. Tout en se "félicitant" de sa signature, le Conseil a "encouragé" ses signataires "à mettre en oeuvre pleinement tous leurs engagements". Avant de traduire les termes du compromis d’Ouagadougou dans une nouvelle résolution, les membres du Conseil veulent s’assurer qu’il commence à être appliqué dans deux domaines clés : le désarmement des rebelles et l’enregistrement des électeurs.

Philippe BERNARD et Philippe BOLOPION

Des soldats français en Côte d’Ivoire

AUTEURS 

  • Philippe BERNARD et Philippe BOLOPION

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source