En Afrique, les militaires apportent rarement de bonnes choses. La Mauritanie, Etat charnière entre le Maghreb et l’Afrique noire, ferait exception et suivrait le même scénario que le Mali en 1991 qui vit le général Amadou Toumani Touré renverser le dictateur Moussa Traoré pour restaurer la démocratie une année plus tard.
A Nouakchott, le militaire putschiste s’appelle Ely Ould Mohamed Vall. Voilà dix-neuf mois qu’il a renversé le régime controversé du président, Maaouiya Ould Taya, au pouvoir durant vingt et un ans. Le colonel Vall, autoproclamé président d’un Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) et chef de l’Etat, est sur le point de quitter le pouvoir au terme d’une transition conduite de main de maître et dont l’ultime étape est le second tour de l’élection présidentielle, dimanche 25 mars 2007. Ce scrutin oppose Ahmed Ould Daddah et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, chef de file de l’ancienne opposition et candidat indépendant que soutient l’ancienne majorité présidentielle. « Je me suis engagé à en instaurer le meilleur cadre possible pour une vraie démocratie en Mauritanie, et je suis en train d’y arriver », affirme le colonel Vall. « Je suis un officier patriote qui part avec le sentiment du devoir accompli », se plaît-il à avancer, en allusion au programme qu’il avait initialement annoncé aux Mauritaniens, au lendemain de son avènement : neutralité des autorités durant la transition ; interdiction aux membres de la junte et du gouvernement civil, y compris lui-même, de se présenter à des élections pendant la phase de transition ; réforme constitutionnelle imposant l’alternance au pouvoir et limitant l’âge du chef de l’Etat à 75 ans ; puis élections législatives et présidentielle. « Je n’ai pas manqué à un seul de mes engagements », dit-il. Recevant Le Temps dans son vaste bureau du troisième étage de l’imposant palais présidentiel « offert » par la Chine à son prédécesseur, juste avant sa chute, le colonel Vall refuse toutefois de jouer les modèles. « Chaque société, chaque pays a ses réalités. La démarche qui a été la mienne a été dictée par les réalités de mon pays. Je ne pense donc pas qu’elle puisse être exportée », affirme-t-il. Le colonel Vall assure qu’il quittera l’armée une fois le pouvoir remis au prochain président élu. Mais il refuse de dire s’il pourrait tenter de revenir au pouvoir par les urnes, comme l’a fait son alter ego malien élu président en 2002. A 53 ans, c’est fort possible.
L’homme fort de Nouakchott évoque aussi la « question d’un parti islamiste », que le score de 7 % réalisé au premier tour par le candidat soutenu par cette mouvance a replacé dans le débat public. « Ma position est la même que celle que j’ai toujours eue, assure-t-il. Notre pays est un pays musulman, et personne n’a le droit de revendiquer pour lui seul le label religieux. Si un jour cela arrive, ce sera la porte ouverte à la guerre civile. Je suis donc contre l’autorisation d’un parti islamiste, et le premier tour de la présidentielle, comme les élections législatives et municipales de l’automne 2006 me confortent dans ma position. Le score attribué à ces présumés islamistes est très faible, et il dépasse à peine les 5 %. Ce qui veut dire que 95 % des Mauritaniens ne veulent pas de ce genre de partis. »
Lemine OULD M. SALEM
AUTEURS