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Le Matin, 1er avril 2007

Corruption : Les sordides relents des fonds en déshérence

par Ian HAMEL


Vue de Genève

Le président du Congrès juif mondial reconnaît que son bras droit, Israel Singer, a pioché dans la caisse. Il ne serait pas le seul à profiter des fonds juifs.

Suisse


Le diable se cache dans les détails. Début 2004, Israel Singer, l’artisan de la lutte contre les banques suisses, vient à Genève. Avec la complicité d’un comptable, il vide un compte ouvert à l’UBS, et demande à la banque de virer son contenu -1,2 million de dollars (1,45 million de francs suisses)- en Israël, puis de fermer ce compte. Mais Israel Singer oublie de payer les frais de fermeture (autour de 50 francs suisses). Un simple courrier de l’établissement financier, reçu par la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), révèle l’existence de ce compte secret, inconnu du Congrès juif mondial.

Israel Singer

Le rapport de la société d’audit PriceWaterhouseCoopers, demandé par la Fédération suisse des communautés israélites, a déjà fait tomber deux têtes : Israel Singer, et un responsable de la branche israélienne du Congrès juif mondial. Le plus surprenant, c’est que son président, l’inamovible Edgar Bronfman (il est en poste depuis 1981), a reconnu qu’Israel Singer « s’est servi dans la caisse pendant longtemps ». En février 2006, le Procureur général de l’Etat de New York avait déjà interdit à Israel Singer d’occuper toute responsabilité financière, l’obligeant à restituer 300000 dollars (360000 francs) indûment empochés. « Le problème, c’est que le Congrès juif mondial n’est pas une organisation démocratique. Edgar Bronfman se conduit en dictateur. Il cherche même à imposer son fils pour lui succéder », déplore Alfred Donath, le président de la Fédération suisse des communautés israélites.

Edgar Bronfman

Israel Singer ne serait malheureusement pas le seul profiteur des 1,5 milliard de francs que les banques suisses ont versé en 1998 pour solde de tout compte dans l’affaire des fonds juifs en déshérence. L’avocat américain Ed Fagan (aujourd’hui en faillite), le rédacteur des plaintes contre les établissements suisses, n’aurait perçu « que » 300000 dollars (360000 francs suisses). En revanche, le professeur de droit Burt Neuborne, a présenté une note d’honoraire de 3 millions de dollars (3,6 millions de francs) pour avoir mis au point une clé de répartition pour les victimes de l’Holocauste. Ces dernières devront se montrer patientes. Seize mille cas n’ont pas encore été étudiés. Et 366 millions de francs suisses, toujours pas distribués. Pourtant, 70 comptables, installés à Zurich, travaillent à plein temps sur ces dossiers. Ils n’ont de compte à rendre qu’au Congrès juif mondial. « Ces messieurs, que je n’ai jamais rencontrés, ont intérêt à faire durer les choses. Chaque jour, des survivants de l’Holocauste disparaissent », souligne Alfred Donath.

Ian HAMEL

Alfred Donath

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source