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AP, 4 avril 2007

Ethiopia : Prisons secrètes américaines


Des fugitifs somaliens au nord du Kenya, le 17 octobre 2006

NAIROBI (AP) - Des agents de la CIA et du FBI traquant des militants d’Al-Qaïda dans la Corne de l’Afrique retiennent des personnes soupçonnées de terrorisme et originaires de dix-neuf pays dans des prisons secrètes en Ethiopie, révèle une enquête menée dans la région par l’Associated Press.

Ethiopia


D’après les organisations de défense des droits de l’Homme, des avocats et des diplomates occidentaux interrogés par l’Associated Press, plusieurs centaines de prisonniers, dont des femmes et des enfants, ont été transférés secrètement et illégalement, ces derniers mois, du Kenya et de Somalie vers l’Ethiopie, où ils sont détenus sans inculpation, ni accès à des défenseurs ou à leurs familles. Parmi les détenus figurerait au moins un citoyen américain, alors que d’autres seraient originaires du Canada, de Suède et de France, selon les données rassemblées par une organisation musulmane kenyane des droits de l’Homme et un listing de vol obtenu par l’Associated Press. Les autorités des pays concernés n’ont pas réagi dans l’immédiat à ces informations. Certains détenus ont été interpellés par les troupes éthiopiennes qui ont renversé un gouvernement islamiste, à la fin 2006, à Mogadiscio, en Somalie. D’autres ont été expulsés du Kenya, pays où de nombreux Somaliens se sont réfugiés pour fuir les violences dans leur pays natal.

Un jeune fugitif somalien s’apprête à quitter Mogadiscio avec sa famille, le 2 avril 2007

L’Ethiopie, qui dément détenir secrètement des prisonniers, est un pays d’Afrique de l’Est où les droits de l’Homme sont fréquemment bafoués. Ces dernières années, le régime d’Addis Abeba a aussi été un proche allié des Etats-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda, qui essaye de s’implanter parmi les musulmans de la Corne de l’Afrique. Des responsables américains, contactés par l’Associated Press, ont reconnu que des prisonniers avaient été interrogés en Ethiopie. Mais il ont assuré que les agents américains respectaient la loi et que leur action était justifiée parce qu’ils enquêtaient sur des attaques passées et sur des menaces terroristes actuelles. Les prisonniers n’ont jamais été sous la garde des Américains, a affirmé un porte-parole du FBI, Richard Kolko, démentant que son agence soutiendrait ou participerait à des arrestations illégales. A l’en croire, les agents américains ont obtenu l’autorisation des gouvernements des pays de la Corne de l’Afrique d’interroger des prisonniers dans le cadre de la lutte antiterroriste. Selon des responsables occidentaux, parmi les personnes détenues figurent des suspects connus pour les liens étroits qu’ils entretiendraient avec Al-Qaïda. Mais certains alliés des Etats-Unis ont fait part de leur consternation concernant les transferts dans ces prisons secrètes.

Une famille de fugitifs somaliens près de Mogadiscio, le 3 avril 2007

John Sifton, expert de Human Rights Watch en matière d’antiterrorisme, est allé jusqu’à dire que les Etats-Unis s’étaient comportés en "meneurs" dans une affaire qu’il a qualifiée de "Guantanamo décentralisé, externalisé". Un enquêteur d’une ONG internationale de défense des droits de homme a lui précisé que l’Ethiopie avait installé des prisons secrètes sur trois sites : à Addis Abeba, sur une base aérienne éthiopienne à 59 km à l’est de la capitale, et dans le désert, près de la frontière somalienne. "C’était un cauchemar du début à la fin", a raconté Kamilya Mohammedi Tuweni, une femme âgée de 42 ans, mère de trois enfants et titulaire d’un passeport des Emirats arabes unis, dans ses premiers commentaires après sa libération, à Addis Abeba, le 24 mars. Elle dit avoir passé deux mois et demi en détention sans avoir été inculpée. Elle est la seule détenue libérée à s’être exprimée publiquement. Elle dit avoir été arrêtée au cours d’un voyage d’affaires au Kenya, le 10 janvier 2007, avoir été battue, puis envoyée en Somalie où elle aurait partagé une chambre avec vingt-deux autres femmes et enfants. Elle affirme avoir été conduite en Ethiopie, où un agent américain l’aurait interrogée et exhortée à coopérer.

Associated Press

Une famille de fugitifs somaliens près de Mogadiscio, le 3 avril 2007

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