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AFP, 14 avril 2007

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo décrète l’amnistie


Vue d’Abidjan

ABIDJAN (AFP) - Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, a annoncé, vendredi 13 avril 2007, une nouvelle loi d’amnistie couvrant les crimes commis pendant la guerre civile, une mesure qui vise à accélérer réconciliation nationale, également prônée dans la soirée par le Premier ministre, Guillaume Soro.

Côte d’Ivoire


M. Gbagbo a promulgué par ordonnance une nouvelle loi d’amnistie couvrant les crimes et délits liés aux troubles qui ont secoué la Côte d’Ivoire depuis septembre 2000, indique le texte publié dans la journée par la présidence. "Sont amnistiés de plein droit (...) les infractions contre la sûreté de l’Etat et la Défense nationale commises par les nationaux ivoiriens se trouvant sur le territoire ou en exil entre le 17 septembre 2000 et la date de signature de la présente ordonnance (12 avril 2007, ndlr)", souligne-t-il. Cette amnistie, qui couvre toute la crise militaro-politique déclenchée par la tentative de coup d’Etat rebelle contre M. Gbagbo, en septembre 2002, qui a coupé le pays en deux, "ne s’applique pas aux infractions économiques et aux crimes et délits autres que l’atteinte à la sûreté de l’Etat", précise-t-il. Cette mesure, qui ne devrait guère être approuvées par les associations de défense des droits de l’homme, couvre ainsi les crimes, parfois massifs, commis ces dernières années et restés impunis, tels les massacres d’opposants au camp présidentiel, de forces loyalistes par les rebelles ou de rebelles entre eux. Elle pourrait également permettre le retour au pays d’anciens dirigeants exilés, notamment des officiers comme l’ex chef d’Etat major Mathias Doué. Cette amnistie était prévue par l’accord de paix inter-ivoirien signé le 4 mars à Ouagadougou par le président Gbagbo et le chef de la rébellion, Guillaume Soro, qui a entraîné une apparente réconciliation entre les deux hommes, ponctuée par la nomination de M. Soro au poste de Premier ministre fin mars 2007.

Laurent Gbagbo

M. Soro a prononcé, vendredi 13 avril au soir, son premier discours à la nation, diffusé par la télévision publique, depuis sa prise de fonctions. Estimant que les Ivoiriens devaient "apprendre à pardonner", M. Soro a assigné "trois objectifs majeurs" à son équipe gouvernementale nommée le 7 avril 2007 : "l’identification générale de la population", la "réunification" des deux forces armées, loyalistes et rebelles, et "l’organisation d’élections justes, transparentes et ouvertes à tous". M. Soro, âgé de 34 ans, a en outre indiqué qu’il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle, sans cesse repoussée en raison des blocages politiques depuis la fin du mandat de M. Gbagbo en octobre 2005, et théoriquement prévus par l’ONU avant la fin du mois d’octobre 2007. "Nous devons à présent apprendre à pardonner. C’est à ce prix que la réconciliation est possible", a déclaré M. Soro, chef de la rébellion des Forces nouvelles (FN), dans son premier discours de chef du gouvernement depuis sa nomination à ce poste, le 29 mars 2007. "Ce gouvernement a une mission principale : résoudre la crise politique que vit notre pays", a-t-il déclaré, assignant "trois objectifs majeurs" à l’équipe gouvernementale nommée le 7 avril. "Le premier objectif, c’est la résolution de l’épineux problème de l’identification générale de la population", a-t-il expliqué, affirmant que "tous les Ivoiriens seront identifiés au terme de ce processus". Entre 1 et 3,5 millions d’Ivoiriens, selon les estimations, sont aujourd’hui dépourvus de papiers d’identité, un sujet très controversé dans le pays. Le Premier ministre a également souligné que la réunification du pays "passe par celle des deux (forces) armées", loyalistes et rebelles, et "l’organisation d’élections justes, transparentes et ouvertes à tous", désignant ainsi ses deux autres principaux objectifs. Pour les atteindre, il faut "sortir du fétichisme des dates pour nous donner et les moyens et le temps nécessaire à notre action", a estimé le chef du gouvernement. Enfin, M. Soro a appelé ses ministres à faire preuve de "transparence et de rigueur dans la gestion des affaires publiques". "L’équipe gouvernementale doit être au service de la nation. J’y veillerai personnellement", a-t-il promis.

Guillaume Soro Kigbafori

L’accord conclu, à Ouagadougou, par MM. Gbagbo et Soro, anciens ennemis qui contrôlent chacun une moitié du pays, semble avoir donné un coup de fouet au processus de paix ivoirien, jusque là enlisé. Il prévoit notamment la suppression de la zone de confiance (ZDC) sous contrôle international, qui sépare le nord du sud du pays depuis la fin 2002. M. Soro a précisé qu’il assisterait avec le chef de l’Etat à la cérémonie marquant le début de ce processus^, lundi 16 avril, à Yamoussoukro. La communauté internationale, qui avait constaté, en janvier 2007, son échec à débloqUer le processus de paix malgré de multiples résolutionS de l’ONU, a de son côté pris acte de l’accord, qui la relègue au rang d’observateur. Vendredi 13 avril 2007, le Groupe de travail international (GTI), chargé d’évaluer chaque mois l’état du processus de paix en Côte d’Ivoire, s’est ainsi mis en sommeil lors de sa 14ème réunion, sans doute la dernière selon plusieurs diplomates.

Agence France Presse

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