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Le Monde, 16 avril 2007

Corruption : Paul Wolfowitz refuse de démissionner de la présidence de la Banque Mondiale


Vue du siège de la Banque Mondiale, à Washington DC

Faisant fi de "la grande inquiétude" exprimée, dimanche 15 avril 2007, par le comité du développement de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), le président de la Banque, Paul Wolfowitz, a campé sur ses positions, affirmant qu’il n’avait pas l’intention de démissionner, malgré la controverse provoquée par la promotion qu’il a accordée à sa compagne.

Shaha Riza


Le comité du développement de la Banque Mondiale et du FMI, composé de ministres de l’aide et du développement du monde entier, a estimé qu’il était crucial pour la crédibilité de la Banque qu’elle ne soit pas ternie par la controverse née de la promotion, assortie d’une forte augmentation salariale, accordée par M. Wolfowitz à son amie, Shaha Riza, employée de la Banque avant son affectation au département d’Etat. "La situation actuelle est source de grande inquiétude pour nous tous", déclare le communiqué publié à l’issue d’une réunion du comité du développement conjoint. "Nous devons faire en sorte que la banque puisse remplir sa mission efficacement et qu’elle maintienne sa crédibilité et sa réputation, ainsi que la motivation de son personnel." Parmi les plus critiques figurent des pays européens, notamment la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Dans une interview à Reuters, le ministre du développement néerlandais, Bert Koenders, a déclaré que la controverse avait placé la Banque Mondiale dans une situation de crise qui doit être réglée rapidement. "Il est devenu évident pour nous (...) qu’il y a aussi en ce moment un manque de confiance dans l’autorité et dans la gestion, de sorte que c’est quelque chose qui doit être réglé", a estimé M. Koenders. Selon des sources qui ont suivi la réunion à huis clos, plusieurs pays européens ont abordé la question de la démission de M. Wolfowitz, sans pour autant la réclamer ouvertement.

Bert Koenders

Dans une conférence de presse donnée peu après la publication de ce communiqué, M. Wolfowitz a dit que toute décision devait être laissée au conseil d’administration de la Banque Mondiale. "Le conseil d’administration étudie cette affaire et nous le laisserons terminer son travail", a-t-il indiqué. L’ancien numéro deux du Pentagone a fait valoir qu’il avait réalisé différents projets, notamment en Afrique, depuis qu’il est arrivé à la tête de la Banque, à la mi-2005. "Je crois dans la mission de cette organisation et je crois que je peux la mener à bien", a déclaré M. Wolfowitz, lors d’une conférence de presse, peu après la publication de la déclaration exprimant en des termes très fermes l’inquiétude du comité du développement de la Banque Mondiale et du FMI.

Paul Wolfowitz

Mais l’association du personnel de la Banque Mondiale a réitéré son appel à la démission de M. Wolfowitz. "Nous ne voyons pas comment il pourrait regagner la confiance du personnel", a déclaré Alison Cave, présidente de l’association. "Nous ne voyons pas comment il pourrait regagner la crédibilité qu’il a perdue". "Je crois qu’il ne comprend pas bien à quel point ceci a porté atteinte à l’organisation", a-t-elle ajouté. Le personnel de la Banque Mondiale et les militants du développement se demandent comment l’institution pourrait garder son autorité morale et contraindre en particulier les pays à rendre des comptes pour l’argent reçu, priorité défendue par M. Wolfowitz qui s’est fait fort de lutter contre la corruption. "Il est temps que le conseil d’administration montre la porte à Wolfowitz", a déclaré Eric Gutirrez, coordinateur de la politique internationale à ActionAid. "Il est absolument hypocrite de la part de la Banque Mondiale de s’élever contre la corruption dans les pays pauvres alors que son président est enlisé dans un scandale de corruption."

Un terrassier au Bénin

Cependant, la Maison Blanche a maintenu son soutien à M. Wolfowitz, soulignant qu’il faut se garder de tout jugement tant que le conseil d’administration de la Banque Mondiale n’a pas fini d’examiner le dossier. La nomination de M. Wolfowitz par l’administration Bush avait suscité des réserves chez certains, en raison du rôle de premier plan qu’il a joué dans la décision des Etats-Unis d’envahir l’Iran et le scandale actuel ne fait qu’accroître le malaise.

Avec Reuters

Vue de la Maison Blanche, à Washington DC

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