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17 avril 2007

Corruption : Dans les coulisses du service social genevois

par Frank BRUNNER


Vue de Genève

Nous avons eu l’occasion de prendre connaissance de toute une série de documents internes de l’Hospice Général, le service social genevois. Ces documents se composent essentiellement de notes rédigées par des assistants sociaux après un entretien de routine avec un usager, de rapports consacrés à un usager, et d’échanges de lettres entre membres du personnel de l’Hospice Général, parmi lesquels le tutoiement est de rigueur.

Suisse


A priori, on pourrait logiquement s’attendre à ce que ces notes, rapports et lettres expriment des convictions humanistes, une dénonciation de l’injustice sociale et une volonté d’aider l’usager à s’en sortir. La réalité est exactement l’inverse. En effet, ces écrits n’expriment rien d’autre que des préjugés méprisants et une volonté de dénigrer à tout prix. Si on fait la synthèse de ces écrits, l’usager y apparaît comme un menteur, un fainéant, un profiteur et un taré. L’une des notes suggère même de supprimer l’aide sociale à l’usager, lequel est accusé de se complaire dans sa situation. En lisant ces notes, rapports et lettres, dans lesquels ne figure jamais rien de positif à l’égard de l’usager, on ne perçoit nulle part un désir de comprendre une situation humaine et de l’expliquer le plus honnêtement possible. Il ne s’agit que de démolir l’intéressé. Tout ce que fait ou dit l’usager est dénaturé dans un esprit malveillant. Ainsi, par exemple, un assistant social écrit que tel usager a demandé qu’on lui finance un cours d’informatique, mais n’y a assisté qu’un seul jour. L’usager apparaît donc comme un je-m’en-foutiste qui ne saisit même pas les perches qu’on lui tend. Or, en réalité, l’usager en question a été victime, dès le début du cours, d’une maladie immunitaire foudroyante qui l’a à demi paralysé et a entraîné son hospitalisation durant plusieurs semaines. L’assistant social ne l’ignorait pas, mais il le passe délibérément sous silence. On mesure ainsi le degré de mauvaise foi de ces écrits.

Il ne fait aucun doute que, si on choisissait au hasard, dans les archives de l’Hospice Général, une dizaine de dossiers concernant des usagers, on y trouverait à chaque fois des notes similaires visant exclusivement à dénigrer. C’est à se demander pourquoi des gens dotés d’un esprit à ce point malveillant à l’égard d’autrui travaillent dans le social. Le problème ne se limite pas à tel ou tel fonctionnaire ripoux qui tiendrait lieu de mouton noir à l’Hospice Général. Le problème réside dans « l’esprit maison », caractérisé par le mépris des pauvres. Cet « esprit maison » se retrouve à tous les échelons de la hiérarchie.

Frank BRUNNER

Vue du siège de l’Hospice Général

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source