retour article original

lundi 24 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Djibouti
AFP, 19 avril 2007

Djibouti : Perquisition au ministère français des Affaires étrangères à propos de l’affaire Borrel

par Benjamin SPORTOUCH et Pierre ROCHICCIOLI


Vue du Quai d’Orsay, siège du ministère français des Affaires étrangères, à Paris

PARIS (AFP) - Une perquisition a été menée, jeudi 19 avril 2007, au ministère français des Affaires étrangères, dans le cadre d’une enquête judiciaire sur d’éventuelles pressions sur la justice dans l’affaire du juge Borrel, retrouvé mort, en 1995, à Djibouti.

Djibouti


Le juge Borrel, détaché comme conseiller du ministre djiboutien de la Justice, avait été retrouvé mort, en 1995, le corps à demi-calciné, au pied d’un ravin. Djibouti a conclu à un suicide mais l’enquête française privilégie la thèse d’un assassinat. La responsabilité présumée du président djiboutien et de membres de son entourage a été évoquée, lors de l’instruction, par plusieurs témoins. Cette affaire a tendu les relations entre Paris et son ancienne colonie de la Corne de l’Afrique, qui abrite la principale base militaire française à l’étranger.

Bernard Borrel

Cette affaire dans l’affaire a démarré après une déclaration officielle du Quai d’Orsay du 29 janvier 2005, assurant qu’une copie du dossier d’instruction français relatif au décès de Bernard Borrel serait "prochainement transmise à la justice djiboutienne", qui en avait fait la demande. Or, quelques jours plus tard, la juge chargée de l’enquête, Sophie Clément, refusera cette transmission. Elle estimait notamment que la demande de Djibouti avait "pour unique but de prendre connaissance (...) de pièces mettant en cause le procureur de la République de Djibouti". La juge a d’ailleurs délivré, en octobre 2006, des mandats d’arrêt contre le procureur et le chef des services secrets de Djibouti pour une éventuelle "subornation de témoins". Elisabeth Borrel, la veuve du juge assassiné, a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour des "pressions sur la justice", visant directement l’ex-porte parole du Quai d’Orsay, Hervé Ladsous, aujourd’hui ambassadeur de France en Chine. L’information judiciaire a été confiée, le 2 mars 2006, aux juges parisiennes qui ont ordonné la perquisition de jeudi 19 avril 2007. Le parquet de Paris a contesté, devant la chambre de l’instruction, le bien fondé de cette enquête, mais l’instance de contrôle lui a donné tort, en octobre 2006, ordonnant la poursuite des investigations.

Elisabeth Borrel

Le premier acte majeur de cette affaire a eu lieu avec l’audition comme témoin assisté de M. Ladsous, le 21 mars 2007. Selon une source proche du dossier, M. Ladsous a mis en cause devant les juges la Chancellerie, affirmant qu’il s’était contenté de publier un communiqué préparé par le cabinet du ministre de l’époque, Dominique Perben, qui était dirigé par l’actuel procureur général de Paris, Laurent Le Mesle. "Il y a visiblement quelqu’un qui a fait une grosse boulette à la Chancellerie (...) quelqu’un qui aurait dû connaître la bonne procédure. Ce n’était pas notre métier. C’était celui du ministère de la Justice", a notamment déclaré M. Ladsous aux juges, selon le Canard enchaîné. Selon une source proche du dossier, les deux juges d’instruction chargées du dossier, Fabienne Pous et Michèle Ganascia, sont arrivées, vers 10h00, au Quai d’Orsay, accompagnées d’experts informatiques, et s’y trouvaient toujours en début d’après-midi. Selon une autre source proche du dossier, d’autres perquisitions n’étaient pas exclues sur un autre site dans la journée. "Les juges d’instruction chargées d’examiner la plainte déposée par la partie civile dans cette affaire, relative à un communiqué de presse diffusé par le ministère des Affaires étrangères, se trouvent actuellement au Quai d’Orsay", a confirmé à la presse le porte-parole du ministère, Jean-Baptiste Mattei. "Je n’ai aucun commentaire à faire sur une procédure judiciaire en cours" , a-t-il ajouté.

Benjamin SPORTOUCH et Pierre ROCHICCIOLI

Hervé Ladsous

AUTEURS 

  • Benjamin SPORTOUCH et Pierre ROCHICCIOLI

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source