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Libération, 20 avril 2007

France : Solidarité criminalisée

par Catherine COROLLER


Vie de Marseille

« Tous à Aix-en-Provence, le 20 avril 2007, pour le procès ! » lance le Réseau éducation sans frontières (RESF) sur son site Internet. Objectif : soutenir Florimond Guimard, le professeur des écoles marseillais qui répondra cet après-midi devant le tribunal correctionnel de « violence aggravée sur agent de la force publique » . Le RESF veut aussi engager, à deux jours de l’élection présidentielle, un nouveau bras de fer avec Nicolas Sarkozy, qualifié de « ministre de la chasse à l’enfant » pour son refus de régulariser tous les parents sans papiers d’enfants scolarisés.

France


Si Florimond Guimard se retrouve devant les tribunaux, c’est en effet qu’il a participé, le 11 novembre 2007, à une action collective destinée à s’opposer à l’expulsion de Lahcène Douibi, Algérien sans papiers, père de deux fillettes âgées de 8 et 3 ans. Florimond Guimard raconte : « Le 9 novembre 2006, Lahcène Douibi avait fait l’objet d’une première tentative d’expulsion par bateau. Nous avions été un groupe d’enseignants, parents d’élèves, élus, collectif de sans-papiers, à descendre vers le port. On a prévenu la CGT de la SNCM (Société nationale maritime Corse Méditerranée) qui a décidé de ne pas laisser partir le bateau. » Lahcène Douibi est débarqué et ramené au centre de rétention. Le lendemain, plusieurs écoles de Marseille se mettent en grève. Rien n’y fait : la préfecture refuse de recevoir les parents et les enseignants. Le surlendemain, 11 novembre 2006, les militants apprennent que Lahcène Douibi va être expulsé, par avion cette fois. Une centaine de personnes convergent vers Marignane. Sur place, elles font des allers et retours entre l’aérogare et la porte d’entrée du tarmac par laquelle doit passer la voiture de police emmenant Lahcène Douibi. Là, les versions de Florimond Guimard et des forces de l’ordre diffèrent. Un policier affirme que l’enseignant lui a envoyé une barrière automatique sur le pouce, entraînant un jour d’incapacité totale de travail (ITT). Un autre, que Florimond a suivi la voiture de police avec son propre véhicule et a tenté de la percuter. L’enseignant nie. « Il n’y a aucun dégât matériel », précise son avocate, Claudie Hubert. Pour Lahcène Douibi, la mésaventure ne s’est pas trop mal finie. Embarqué dans l’avion, il a protesté, soutenu par des passagers, puis a été débarqué. Placé en garde à vue, il a ensuite été libéré et rendu à sa famille. Depuis, il est toujours en France, et toujours sans papiers.

Vue de l’aéroport de Marignane

La police a-t-elle voulu se venger sur Florimond Guimard ? Un mois plus tard, en tout cas, l’enseignant et une étudiante, autre figure de proue du RESF, sont convoqués par la police et placés en garde à vue. Aucune charge n’est retenue contre la jeune femme. Florimond, lui, fait l’objet de deux plaintes. Il est passible de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

A l’affût de la moindre occasion lui permettant de batailler contre Sarkozy et sa politique à l’égard des sans-papiers, le RESF voit dans cette mise en examen une déclaration de guerre. « La solidarité ne doit pas devenir un délit », clame le réseau. « Notre résistance perdurera quelles que soient les intimidations » promet Florimond Guimard. Trois autres militants font l’objet de poursuites, dont François Auguste, vice-président du conseil régional Rhône-Alpes, qui sera jugé, le 7 mai 2007, pour « entrave à la circulation d’un aéronef ». Se trouvant par hasard dans l’avion qui expulsait la famille kosovare Raba, il avait protesté auprès du pilote, prenant à témoin les passagers, ce qui lui valut d’être débarqué, placé en garde à vue et, donc, traduit devant les tribunaux.

François Auguste

A deux jours de l’élection présidentielle, le RESF entend médiatiser au maximum le procès de Florimond Guimard. Une pétition a été lancée, exigeant l’arrêt des poursuites engagées. Les syndicats enseignants ont également décidé de monter au créneau : « Après l’affaire de la rue Rampal à Paris [une directrice avait été placée en garde à vue, suite à des heurts entre parents d’élèves et forces de l’ordre lors de l’interpellation d’un Chinois en situation irrégulière venu chercher ses petits-enfants, ndlr], ce procès est symbolique d’une démarche qui, une fois de plus, cherche à judiciariser l’action collective », affirme le Snes dans un communiqué. Les organisations enseignantes ont déposé un préavis de grève national pour aujourd’hui. Une manifestation pour la défense de Florimond Guimard est prévue ce matin à Aix aux abords du palais de justice. La CGT et plusieurs syndicats de l’éducation (FSU, SUD, SNUipp), dont les dirigeants devraient faire le déplacement, appellent leurs adhérents à y participer.

Catherine COROLLER

Manifestation devant l’école maternelle de la rue Rampal, à Paris

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