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mardi 30 mai 2017
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Reuters, 21 avril 2007

Côte d’Ivoire : La paix s’installe, mais les craintes demeurent

par Ange ABOA


Des soldats marocains de l’ONU à Tiebissou, le 5 novembre 2004

KONDOROBO, Côte d’Ivoire (Reuters) - Les soldats français de l’opération "Licorne" patrouillant la "zone de confiance", qui coupait jusqu’à récemment en deux la Côte d’Ivoire, ont été accueillis cette semaine avec des sourires et des fleurs dans des villages où une forte tension était encore il y a peu palpable. L’atmosphère était détendue, reflétant l’esprit de réconciliation qui a gagné l’ensemble du pays après l’accord de paix conclu le 4 mars entre le président, Laurent Gbagbo, et l’ancien chef rebelle, Guillaume Soro, promu depuis Premier ministre.

Côte d’Ivoire


L’accord conclu par Laurent Gbagbo et Guillaume Soro à Ouagadougou prévoit le démantèlement de la "zone de confiance", longue de 600 km, qui séparait le Nord tenu par les rebelles du Sud contrôlé par les forces gouvernementales depuis la brève guerre civile de 2002-2003. Les casques bleus de l’ONU et les soldats français de "Licorne" ont entamé leur départ et doivent être remplacés par des brigades mixtes composées de soldats des Forces régulières de défense et de sécurité (FDS) et d’ex-rebelles des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN).

Un soldat français en Côte d’Ivoire

"Tout ce qu’on veut, c’est la paix et si Gbagbo et Soro ce sont entendus pour ça, c’est une bonne chose", explique Patrice Yao Kouakou, enseignant dans une école primaire, qui est sorti avec ses élèves pour voir passer le convoi français dans le village de Kondorobo. Alors qu’une chaleur moite régnait dans le village, les jeunes soldats français, à bord de jeeps et de véhicules blindés, ont enlevé leurs casques pour essuyer la sueur de leurs visages rougis par le soleil. Des enfants sont venus à leur rencontre pour discuter et plaisanter, le sourire aux lèvres. Patrice Yao Kouakou souligne que les militaires français et les casques bleus marocains ont protégé les villages des bandes de pilleurs, armées de fusils automatiques, de pistolets et de machettes qui ont continué leurs exactions après la fin de la guerre civile. Il a exprimé ses inquiétudes sur la capacité des nouvelles patrouilles mixtes à maintenir la sécurité dans le centre du pays où les tensions restent fortes. "Ça nous plaît parce que ce sont nos propres frères, mais on ne sait pas s’ils vont bien faire leur travail comme les Blancs, qu’on voit toujours passer dans le village pour nous parler", a-t-il expliqué. "Ici, il y a beaucoup de coupeurs de route qui attaquent les villages et volent tout ce qu’on a comme biens", a-t-il ajouté, en faisant référence aux bandits de grands chemins qui dépouillent les automobilistes après avoir barré la route avec des branchages ou des troncs d’arbres. Les habitants de Kondorobo et du village voisin d’Alangouassou n’ont pas encore demandé à ceux de leurs proches qui avaient fui les combats il y a cinq ans de revenir. "Je veux voir d’abord si tout va bien, si la sécurité est revenue", a expliqué Félix Kouamé Kouadio, un enseignant.

Des soldats français en Côte d’Ivoire

Selon René Sako, lieutenant-colonel au sein de l’armée ivoirienne, la zone de sécurité demeure un foyer d’insécurité, en dépit des patrouilles des soldats de maintien de la paix et les patrouilles mixtes de soldats gouvernementaux et d’ex-rebelles vont mettre du temps à s’imposer. "Dans tous les cas, le calme va revenir progressivement dans ces zones quand le processus de déploiement des éléments du Centre de commandement intégré sur le terrain sera terminé", a-t-il déclaré. Lorsqu’il a inauguré, lundi 16 avril 2007, à Yamoussoukro, le QG du Centre de commandement intégré, déclarant à cette occasion que "la guerre était finie", le président Gbagbo a dit aux commandants de l’ONU qu’il comptait toujours sur le soutien de leurs troupes pour aider à maintenir la paix au sein de la zone de confiance. "La mission de l’ONU n’est pas terminée, votre mission n’est pas terminée", a-t-il déclaré.

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Des soldats français en Côte d’Ivoire

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