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samedi 25 mai 2013
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La théorie économique libérale

Un dogme archaïque datant de la période coloniale


Selon la théorie libérale, conçue au 18ème siècle, les diverses nations étaient censées se spécialiser dans la production de ce qu’elles faisaient le mieux, et importer le reste des autres pays. Ainsi, les pays industrialisés devaient pouvoir exporter librement leurs produits vers les pays dépourvus d’industries. Quant aux pays dépourvus d’industries, loin de chercher à acquérir leur autonomie industrielle, ils devaient se spécialiser dans l’exportation des matières premières dont les pays industrialisés avaient besoin, et dans l’exportation de produits agricoles qu’ils pouvaient produire à moindre coût que les agriculteurs des pays industrialisés -puisque la terre coûtait moins cher dans les colonies et qu’on y payait les salariés au lance-pierre.

Adam Smith (1723-1790), théoricien du libéralisme


Les pays colonialistes se sont toujours efforcés d’empêcher leurs colonies de devenir industriellement autonomes. Et, dans les colonies, la production agricole était prioritairement orientée, non pas en fonction des besoins de la population locale, mais en fonction des besoins des pays colonialistes. Par exemple, les pays industrialisés avaient besoin de caoutchouc et on multipliait les plantations d’hévéas, en accaparant pour cela les meilleures terres.

La théorie libérale vise, au moyen de la concurrence, à favoriser la production la moins coûteuse, et cela « dans l’intérêt du consommateur », c’est-à-dire de M. et Mme Toutlemonde. Cet intérêt du consommateur est censé incarner l’intérêt général de la population, et c’est pourquoi le libéralisme prétend promouvoir l’intérêt général.

Toutefois, on remarque que, dans cette théorie libérale, le consommateur est une entité abstraite. On ne se soucie pas de savoir si le consommateur a un emploi et si son revenu lui permet de consommer. On tient cela pour acquis.

On tient également pour acquis que le pouvoir d’achat du consommateur augmente régulièrement, ce qui lui permet de consommer toujours davantage. Aucune politique sociale n’est prévue pour assurer ce point fondamental sur lequel repose le fonctionnement de toute la théorie libérale. On affirme dogmatiquement que l’augmentation des échanges commerciaux internationaux accroît l’activité économique locale, et qu’il en résulte des créations d’entreprises, lesquelles embauchent du personnel et distribuent du pouvoir d’achat. La dépense de ce pouvoir d’achat entraîne de nouvelles importations, etc., ce qui est censé assurer le fonctionnement du système sur la durée. Selon la théorie libérale, non seulement chacun est censé disposer d’un emploi, mais la pénurie de main-d’œuvre est censée pousser continuellement les salaires à la hausse, ce dont résulte, théoriquement, une prospérité générale.

La réalité socio-économique

Ce dogme libéral a été religieusement ânonné à l’époque des derniers accords du GATT, qui ont précédé la création de l’OMC. Les soi-disant « experts économistes » affirmaient que la mondialisation des marchés -c’est-à-dire la suppression des tarifs douaniers à l’importation- accroîtrait les échanges commerciaux ; que la concurrence bénéficierait aux consommateurs ; et que l’augmentation de l’activité économique permettrait d’éliminer le chômage.

En réalité, les multinationales et les géants de l’agroalimentaires assurent l’essentiel des échanges internationaux, ruinant partout les petits concurrents locaux en leur livrant une guerre des prix que les petits n’ont aucun espoir de gagner. La suppression des tarifs douaniers s’est traduite, dans tous les pays du monde, par des faillites en cascades et des vagues de licenciements, tandis que la concurrence effrénée entre les entreprises qui n’avaient pas encore fait faillite induisait une logique de dumping salarial. Ainsi, le consommateur, théoriquement censé bénéficier de cette politique libérale, voyait son salaire diminuer bien davantage que les prix, ou se retrouvait carrément au chômage et dans la misère.

On commence par susciter le problème puis, sous prétexte de le résoudre, on l’aggrave délibérément. Ensuite, on prétexte de l’aggravation de la situation pour exiger des « mesures urgentes » obéissant à la même logique et dont les conséquences sont toujours pires. C’est un peu l’histoire du pompier pyromane, qui commence par mettre le feu à un immeuble puis, sous prétexte d’éteindre l’incendie, arrose l’immeuble d’essence, avant de recommander un bombardement au napalm pour maîtriser le sinistre… Les dirigeants politiques prétendent remédier aux effets pervers du néolibéralisme par davantage de néolibéralisme, et ils vous affirment que c’est la seule politique « raisonnable »… Sous prétexte de favoriser les exportations, il faut sacrifier tout le reste, et la logique de compétitivité internationale fait qu’aucun sacrifice n’apporte un remède durable.

Ainsi, pour favoriser les exportations, il faut non seulement sacrifier l’économie locale -la masse des PME, des exploitations agricoles familiales et des petits commerces- ; il faut non seulement supprimer les emplois et diminuer les salaires ; mais il faut également diminuer les impôts qui limitent fâcheusement le bénéfice des entreprises exportatrices et restreignent leur compétitivité… Cette diminution d’impôt est censée avantager « le contribuable », même si elle se traduit par la suppression des prestations des services publics dont il bénéficie en qualité d’usager.

Là où l’usager est perdant, le discours libéral met l’accent sur un prétendu avantage du contribuable. Là où le salarié est perdant, le discours libéral met l’accent sur un prétendu avantage du consommateur. Comme s’il ne s’agissait pas, le plus souvent, de la même personne qu’on s’efforce d’arnaquer d’une manière ou d’une autre.

Lorsque les politiciens néo-libéraux évoquent « l’intérêt général », c’est comme quand ils évoquent « l’équité » en matière de politique sociale. Selon eux, « une société équitable » est une société dans laquelle le propriétaire de piscine garde sa piscine, tandis que le sans abri garde son carton…

Frank BRUNNER

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