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22 avril 2007

Corruption : Les ripoux du service social genevois ont été confondus par leurs propres mensonges

par Frank BRUNNER


Vue de Genève

Nous avons relaté, dans des articles précédents, comment Beatriz Bolz, une assistante sociale de l’Hospice Général -le service social genevois- a accusé un usager malade de l’avoir menacée et intimidée à l’occasion de leur dernier rendez-vous. Ces allégations figuraient dans une « lettre d’avertissement » cosignée par Hugo Lopez, le supérieur hiérarchique direct de Beatriz Bolz, qui n’avait pourtant assisté à aucune rencontre entre sa collègue et le malade. Comme le malade protestait auprès de la direction contre ces allégations qu’il qualifiait de « calomnieuses », Michel Nicolet, le directeur-adjoint, puis Alain Koly, le directeur de l’Action sociale genevoise, les ont tous deux confirmées, ajoutant qu’au cours des années écoulées, le malade aurait déjà menacé d’autres membres du personnel et qu’il aurait même rencontré à plusieurs reprises des responsables de l’Hospice Général « pour en discuter ». Le malade a alors déposé une plainte pénale auprès de la police de Sûreté genevoise, qui a chargé l’inspecteur B. [le nom complet a été supprimé à la demande de l’intéressé] d’enquêter.

Suisse


L’inspecteur B. a entendu Beatriz Bolz, Hugo Lopez et Michel Nicolet, qui lui ont remis divers documents administratifs supposés confirmer leurs allégations et dépeignant le malade comme un menteur, un bon à rien, un parasite et même un fou dangereux. On mentionnera que l’Hospice Général se prétend systématiquement au-dessus de toute critique. Quand un usager se plaint d’abus, ceux-ci sont toujours niés et les motivations de l’usager sont attribuées à des causes psychiatriques. C’est un peu comme en Union soviétique, où les dissidents étaient automatiquement présumés fous.

Les documents remis par l’Hospice Général à l’inspecteur B. ont été transmis au Parquet genevois, sans que les allégations des divers protagonistes aient été vérifiées. Une semaine après le classement de sa plainte par Daniel Zappelli, le Procureur Général du canton de Genève, le malade obtenait enfin une copie des documents remis par l’Hospice Général à l’inspecteur B. et y trouvait toutes les preuves nécessaires pour confondre les ripoux. Ceux-ci, faisaient alors quasiment figure de martyrs victimes de l’agressivité paranoïaque d’un salaud de pauvre. Ils n’avaient pas cessé de bénéficier du soutien du Conseil d’Etat, l’exécutif cantonal.

Les membres du Conseil d’Etat genevois en compagnie du chancelier robert hensler (à l’extrême droite au second rang)

Rappelons les principales allégations de l’Hospice Général, avant de les confronter aux documents fournis par cette institution. Dans leur « lettre d’avertissement », Beatriz Bolz et Hugo Lopez reprochaient au malade : « Votre attitude verbale et non verbale a été violente : ton de voix, gestes, intimidation, menaces, paroles blessantes. » Dans une lettre expédiée ultérieurement au malade, Michel Nicolet lui écrivait : « Au long de ces années, vous avez déjà proféré des menaces et exercé des pressions sur nos collaborateurs. A maintes reprises vous avez rencontré des responsables de l’institution pour en discuter. » Par la suite, Alain Koly écrivait au malade : « En effet, à maintes reprises vous avez proféré des menaces et exercé des pressions sur nos collaborateurs. »

Vue du siège de l’Hospice Général

Nous n’énumérerons pas, dans cet article, la totalité des mensonges grossiers et des faits délibérément dénaturés ou présentés de manière lacunaire relevés par le malade dans les documents de l’Hospice Général. Si on voulait tout analyser, cet article serait dix fois plus long qu’il ne l’est actuellement. Nous nous lmiterons donc à l’essentiel.

La fallacité des allégations de Beatriz Bolz est prouvée par une note qu’elle a rédigée, à l’intention de l’inspecteur B., en date du 22 février 2007. Paradoxalement, cette note visait à nier tout abus de la part du personnel de l’Hospice Général et à dépeindre le malade comme un taré dont les plaintes étaient dénuées de tout fondement. Selon cette note, Beatriz Bolz aurait rencontré le malade, pour la dernière fois, le 27 novembre 2006. C’est ce jour-là que le malade est censé avoir menacé et intimidé l’assistante sociale. Or, la « lettre d’avertissement » dans laquelle Beatriz Bolz prétend avoir été menacée et intimidée date de début janvier 2007, soit plus d’un mois après. De toute évidence, si le malade avait réellement menacé et intimidé Beatriz Bolz le 27 novembre 2006, elle n’aurait pas laissé passer plus d’un mois avant de réagir.

Au cours de la période du 27 novembre 2006 au début janvier 2007, le médecin a écrit successivement deux lettres à l’Hospice Général, demandant que le malade ne soit plus convoqué jusqu’à l’issue du traitement médical, en raison du danger présenté par ce traitement (notamment un affaiblissement du système immunitaire et une difficulté à gérer le stress). Beatriz Bolz s’est mise à téléphoner de plus en plus fréquemment au domicile du malade. Ce dernier, après avoir vainement demandé à l’assistante sociale de cesser de l’importuner, a pris l’habitude de raccrocher systématiquement le téléphone chaque fois qu’elle l’appelait. Il semble donc que l’assistante sociale se soit vexée parce que le malade n’acceptait plus de prendre ses appels téléphoniques et que, par orgueil, elle a voulu se venger en lançant subitement ses allégations de menaces et d’intimidation, dénaturant a posteriori les propos du malade (en réalité une description des effets secondaires du traitement médical) et le contexte dans lequel ils avaient été tenus.

Par ailleurs, les pièces du dossier infirment les allégations de Michel Nicolet et Alain Koly, le directeur-adjoint et le directeur de l’Action sociale genevoise, selon lesquelles le malade aurait menacé des employés de l’Hospice Général au cours des années écoulées et même rencontré à maintes reprises des responsables « pour en discuter ». En effet, le seul responsable que Michel Nicolet ait été capable de mentionner est Hugo Lopez, le supérieur hiérarchique direct de Beatriz Bolz. Loin de faire état d’une discussion entre le malade et lui-même à propos de ces prétendues menaces, Hugo Lopez a affirmé à l’inspecteur Bolens ne même pas se souvenir d’avoir vu le malade. Or, si Hugo Lopez avait convoqué le malade à la suite de menaces contre une collègue de travail, il ne manquerait pas de s’en souvenir. En réalité, Hugo Lopez aurait reçu le malade à deux reprises, avant de confier son dossier à Beatriz Bolz. Hugo Lopez a reçu le malade parce qu’il remplaçait des collègues parties en vacances. Le véritable motif de leurs deux rencontres était tout simplement un manque d’effectifs.

Quant aux prétendues menaces que le malade est censé avoir proférées contre des employés de l’Hospice Général, tout au long des années écoulées, elles se réduisent à la citation d’une seule note écrite par Martine Descaves, assistante sociale. Il suffit de lire cette note pour constater que Martine Descaves elle-même, loin de se sentir menacée, n’a pas pris les propos du malade au sérieux : « Toujours aussi révolté (le malade) veut, selon ses termes, mettre une bombe à l’Hospice Général et tuer tous les conseillers d’Etat qui sont tous des gens corrompus. Je lui signale ce que la fiduciaire m’a dit, à savoir qu’il n’a jamais donné suite à la lettre du mois d’avril de M. Lanini. » On précise que cet unique épisode n’a pas été suivi d’une rencontre avec un responsable « pour en discuter », contrairement aux allégations de Michel Nicolet.

Vue du Palais de Justice de Genève

En examinant les documents photocopiés au Palais de Justice, le malade a constaté qu’il existe deux versions d’un « Rapport concernant (le malade) » rédigé par l’Hospice Général et dont Michel Nicolet a envoyé un exemplaire à l’avocate Me Tirile Tuchschmid-Monnier, dans le but de discréditer son client. L’avocate avait alors transmis une copie de ce rapport au malade. La version communiquée par la direction de l’Hospice Général à l’inspecteur B. contient une demi-page supplémentaire. Aucune des deux versions n’est signée. Dans la « version B. » du rapport, à la seconde page, l’Hospice Général dépeint carrément le malade comme un fou dangereux. Cette version mentionne l’opinion d’un psychiatre qui n’a jamais vu le malade et qui se base exclusivement sur les allégations de Beatriz Bolz. Les effets secondaires provoqués par un médicament antiviral sont fallacieusement attribués à des causes psychiatriques. Cette version du rapport affirme que le malade aurait été condamné à « quatre mois de prison ferme pour tentative d’homicide » (en réalité il s’agit d’une condamnation avec sursis pour lésions corporelles, voici une dizaine d’années) et suggère que le malade soit emprisonné ou interné. Des copies de ce rapport ont probablement été mises en circulation par l’Hospice Général, dans le but de discréditer le malade.

En résumé, les accusations formulées par l’Hospice Général à l’encontre du malade sont en miettes. Quant à Daniel Zappelli, le Procureur Général du canton de Genève, qui s’est empressé de classer la plainte du malade en niant que les allégations de l’Hospice Général soient constitutives de calomnies et en fermant les yeux sur la violation des droits du malade, il se retrouve dans son rôle habituel de protecteur des ripoux.

Frank BRUNNER

Daniel Zappelli

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source