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jeudi 20 juillet 2017
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AP, 31 mars 2004

Irak : quatre civils américains tués dans des conditions atroces à Falloujah

Suivi d’un commentaire


FALLOUJAH, Irak (AP) - Quatre ressortissants américains travaillant pour la coalition en Irak ont été tués, mercredi 31 mars 2004, dans des conditions atroces dans la ville de Falloujah, en plein triangle sunnite.

Leurs voitures ont été incendiées, puis les corps calcinés ont été traînés dans une rue sous les acclamations de la foule, battus, mutilés et pendus.


Par ailleurs, à une vingtaine de kilomètres de là, dans une attaque distincte survenue à Malahma, une bombe a explosé au passage d’un véhicule de l’armée américaine, tuant cinq hommes de la 1e Division d’infanterie, selon le colonel Jill Morgenthaler.

Dans l’attaque de Falloujah, ville située à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad, des hommes armés ont attaqué deux 4x4 civils, tuant leurs quatre occupants et incendiant les véhicules.

Le général américain Mark Kimmitt a précisé que les victimes travaillaient pour la coalition mais il n’a pas dit ce que ces quatre hommes faisaient à Falloujah.

Tous quatre étaient de nationalité américaine, a annoncé à Washington le département d’Etat sans fournir d’autre détails sur leur activité en Irak. Peu après les faits, un passeport américain avait été retrouvé près du corps d’un des passagers des véhicules incendiés.

Des images filmées par Associated Press Television News (APTN) montrent un homme en train de battre le corps calciné d’un passager avec une barre en métal. D’autres ont attaché un corps à une voiture à l’aide d’une corde et l’ont traîné dans la rue principale de Falloujah, sous les acclamations d’une foule.

Un journaliste de l’agence Associated Press a vu deux corps calcinés pendus à un pont.

"Des habitants de Fallujah ont pendu certains corps au vieux pont de la ville, comme des moutons abattus", a raconté un habitant, Abdul Aziz Mohammed. Selon lui, certains corps étaient démembrés. D’autres portaient des gilets pare-balles.

Selon des témoins, les deux 4x4 ont été attaqués à l’arme légère et au lance-grenades. Une foule hostile s’est immédiatement réjouie de cette agression, scandant "Falloujah est le cimetière des Américains" ou encore "Nous sacrifions notre sang et notre âme pour l’Islam".

A Washington, la Maison Blanche a accusé des terroristes et des militants restés fidèles à l’ancien régime de Saddam Hussein d’être responsables de ces "attaques horribles". "Certains font tout ce qu’ils peuvent pour essayer d’empêcher" le transfert de souveraineté prévu le 30 juin 2004 à un gouvernement irakien, a déclaré aux journalistes le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan.

"Il y a des terroristes, il y a des vestiges de l’ancien régime qui sont ennemis de la liberté et de la démocratie, mais la démocratie s’enracine et nous faisons d’importants progrès", a souligné M. McClellan. "Nous ne nous détournerons pas de cet effort."

Associated Press

Commentaire

Par-delà l’horreur de la scène du massacre perpétré à Fallujah, il faut bien voir l’intensité de la haine qu’implique une telle férocité.

Il s’agit d’une haine exaspérée, qui ne parvient plus du tout à se contrôler. Le fait que toute une foule ait applaudi ou participé à se déchaînement de haine est très significatif.

En effet, le gouvernement des Etats-Unis s’efforce de faire croire que la population irakienne, dans son ensemble, apprécie la présence des troupes d’occupation censées « la protéger contre les terroristes ».

Selon le gouvernement des Etats-Unis, les attentats dirigés contre les troupes d’occupation et leurs auxiliaires irakiens seraient dus soit à des terroristes venus de l’étranger, soit à d’ultimes nostalgiques du régime de Saddam Hussein.

Tel n’est manifestement pas le cas en réalité. De toute évidence, on est confronté à une résistance nationaliste et très largement populaire.

Le gouvernement des Etats-Unis affecte hypocritement d’ignorer que la population irakienne dans son ensemble éprouve un sentiment de haine « nationaliste », plus ou moins difficilement contenu, à l’encontre des troupes d’occupation. C’est cette haine qui éclate au grand jour lorsqu’un attentat a lieu.

Déjà à Mossoul, le 28 mars 2004, après qu’un Canadien et un Britannique aient été abattus dans leur voiture, certains Irakiens présents se sont mis à danser de joie sur le toit du véhicule.

Il ne faut pas perdre de vue que la même haine nationaliste vaut aussi bien pour les troupes d’occupation des pays alliés aux Etats-Unis.

Contrairement à ce que voudrait croire le gouvernement des Etats-Unis, cette haine nationaliste ne diminuera pas après le 30 juin 2004, lorsque les Irakiens auront officiellement recouvré leur souveraineté.

En effet, la raison d’être de cette haine ne réside pas dans des considérations juridiques. Elle n’est pas due au fait que tel accord diplomatique ait été conclu ou non entre un gouvernement irakien souverain et les pays qui ont envoyé des troupes en Irak. Cette haine ne diminuera pas, et disparaîtra encore moins, pour le motif qu’on cesserait de parler d’« occupation » ou que les troupes étrangères seraient placées sous mandat de l’ONU. Autrement dit, il est illusoire d’espérer apaiser cette haine au moyen de quelque artifice diplomatico-juridique.

Cette haine nationaliste n’est pas dirigée contre tel étranger en particulier.

Il est probable que, si on interrogeait individuellement chaque Irakien, en lui demandant ce qu’il pense de l’administrateur américain Paul Bremer, les commentaires seraient majoritairement élogieux.

Il ne s’agit donc pas d’une haine dirigée contre quelque individu cruel qu’il suffirait de châtier et de remplacer.

Même si, individuellement, chacun des soldats de la coalition en Irak était sympathique aux yeux de tous les Irakiens, cela ne changerait rien au fonctionnement du problème.

La raison d’être de cette haine nationaliste réside dans la présence même des troupes étrangères en Irak.

Il est probable que, pour le commun des citoyens irakiens, l’Irak n’aura pas réellement recouvré sa souveraineté avant le départ des troupes étrangères.

On ne peut pas affirmer aux Irakiens qu’ils sont souverains et, dans le même temps, leur imposer la présence de troupes étrangères.

Le départ des troupes étrangères est une sorte de « test de vérité » du point de vue de la réalité de la souveraineté retrouvée.

Si les troupes étrangères demeurent en Irak après le 30 juin 2004, on peut s’attendre à une sorte d’exaspération grandissante et généralisée de cette haine nationaliste, au sein de la population irakienne.

Les Irakiens tendront sans doute à considérer que l’occupation se poursuit sous un autre nom. Cette situation leur est devenue insupportable.

Si les troupes étrangères s’incrustent en Irak, les scènes de carnage deviendront sans doute routinières. Les attentats se multiplieront. Tout étranger sera a priori « bon à tuer ».

Tout délai, toute tergiversation des membres de la coalition, pour retirer leurs troupes d’Irak, ne feront qu’intensifier la fureur populaire. La présence des troupes étrangères sera perçue comme une souillure, à la fois politique et religieuse.

Le nouveau gouvernement irakien sera moralement contraint d’exiger le départ des troupes étrangères, sous peine d’être considéré comme un gouvernement fantoche à la botte des Américains, et de se voir renié par la population.

Il est inutile de vouloir se dissimuler la puissance et la profondeur du sentiment qui gagne la population irakienne. On ne saurait commettre d’erreur plus grave, ni plus grossière, qu’en niant l’évidence, comme le fait le gouvernement des Etats-Unis lorsqu’il affecte de ne voir, dans cette résistance populaire irakienne, qu’une poignée de « terroristes » coupés de la base.

Les scènes de liesse haineuse, sur les lieux des attentats commis contre des occupants, sont également révélatrices sous un autre aspect.

De toute évidence, les résistants irakiens bénéficient de la protection au moins tacite de la masse de la population. En Palestine, on les considérerait un peu comme des membres du Hamas ou de tel autre groupuscule « luttant pour la cause ». Ce sont des voisins, des frères aînés, des cousins. Ce ne sont pas des inconnus traqués par le peuple...

Il en résulte que, si les troupes étrangères se retirent d’Irak, tous ces résistants nationalistes devront cesser de commettre des attentats. On ne voit pas comment ils pourraient persévérer, alors que leurs attentats ne feraient plus que des victimes irakiennes.

Ainsi, il en résultera une amélioration immédiate du niveau général de sécurité personnelle pour l’ensemble des Irakiens. Les soldats et les policiers irakiens ne feront plus figure de « collabos ». Du jour au lendemain, ils cesseront d’être « des cibles légitimes ».

Si les troupes étrangères se retirent d’Irak, les authentiques terroristes, qui voudraient continuer de perpétrer des attentats, ne bénéficieront plus d’aucune complaisance de la part de la population. Ils s’attireront la haine actuellement dirigée contre les occupants. Les ex-résistants seront les premiers à se retourner contre eux. Et les authentiques terroristes n’auront plus le soutien des ex-résistants pour lutter contre la police et l’armée irakiennes.

Retirer les troupes étrangères d’Irak ne signifie donc nullement qu’on livre l’Irak aux « terroristes ». Bien au contraire : il s’agit là du moyen le plus efficace et le moins coûteux pour livrer les authentiques terroristes aux Irakiens...

Frank BRUNNER

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