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29 avril 2007

Algérie : De la mafia à la tyrannie

OPINION

par BEN ALI


Le lieu d’un attentat, à Alger, le 11 avril 2007

La situation extrêmement grave qui règne actuellement en Algérie témoigne de l’état de délabrement d’un pays qui agonise sous toutes ses formes. Le bilan de ces dernières années est tragique à tous les niveaux, à tel point qu’il est difficile de citer une quelconque réussite. Pire encore, les monstrueuses attaques terroristes qui ont frappé Alger, le 11 avril 2007, témoignent du désastre sécuritaire qui s’est installé depuis de longues années. Même si aucun chiffre officiel n’a été avancé par les autorités, on peut aujourd’hui estimer que plusieurs centaines de milliers d’algériennes et d’algériens ont péri dans leur pays. Des millions de gens ont été déplacés, et sans doute une dizaine de milliers de personnes ont disparu. Ces chiffres effroyables doivent nous amener à dresser un constat qui s’impose. L’Etat algérien n’est pas en mesure d’assurer la sécurité de ses citoyens. Il est nécessaire d’en tirer les conclusions.

Algérie


Il convient tout d’abord de démystifier la proclamation écrite « République Démocratique et Populaire » qui figure sur le passeport de chaque algérien. Un véritable leurre qui frise le ridicule et qu’il ne serait pas nécessaire d’inscrire sur un document de voyage si telle était la réalité. En fait l’Algérie n’est pas une république et encore moins une démocratie populaire. Le rêve de nos glorieux chouhadas, qui ont payé de leur vie pour que chaque algérien puisse vivre libre, ne s’est pas accompli. Le colonel Lotfi, héros de la révolution, ne s’était pas trompé. Il était visionnaire en affirmant, avant de tomber au champ d’honneur : « je n’ai pas peur des Français, car ils vont partir. J’ai peur des hommes qui vont gouverner l’Algérie de demain ». Ses propos se confirment plus que jamais aujourd’hui puisque le pouvoir a été confisqué et malheureusement le peuple n’a jamais été souverain.

Benali Boudghène alias colonel Lotfi (1934-1960)

Pour tous ceux qui connaissent l’Algérie, il est aisé de comprendre que le pays est dirigé par un système perfide mis en place par une horde de clans mafieux qui se sont appropriés le pays et ses richesses. De véritables prédateurs, qui agissent dans l’ombre depuis des décennies, ont plongé la nation tout entière dans un enfer terrestre. Issus des rangs de l’armée coloniale, ils se sont opportunément engagés au sein de l’armée nationale populaire pour défendre leurs propres intérêts. Ils ont programmé leur ascension dans l’institution, sachant pertinemment qu’elle leur procurait une « immunité » totale pour réaliser leurs affaires juteuses dans un pays qui fonctionne encore avec une économie planifiée. On pouvait difficilement imaginer un autre destin pour ces anciens harkis, dénués de tout patriotisme. Seul l’argent et le pouvoir les obsèdent et ils sont prêts à tout pour réaliser leurs objectifs. Les parrains BelKheir et Netzar vont particulièrement s’illustrer dans les affaires, ou plutôt les trafics en tous genres, qui vont leur permettre non seulement de s’enrichir, mais surtout d’étendre leur réseau. Une véritable organisation tentaculaire mafieuse se met progressivement en place. Aucune institution du pays n’est épargnée, les cibles sont judicieusement choisies, les hommes également, l’important est de pouvoir compter sur des relais bien placés.

Khaled Nezzar

Le système est désormais gangrené par la corruption, le vice et toutes sortes de pratiques malfaisantes, alors que l’Algérie s’enfonce à grand pas dans une grave crise économique au milieu des années 1980. En effet, le contexte international n’est pas favorable au pays, dans la mesure ou le prix des hydrocarbures est en chute libre. L’économie ne suit plus, et la dette extérieure devient de plus en plus pesante. La tension est perceptible en cette fin des années 1980, puisque les produits de première nécessité manquent cruellement dans le pays. La population commence à s’interroger sur les compétences du système en place. Le 5 octobre 1988, un soulèvement populaire éclate en Algérie. Des évènements violents secouent le territoire et les principaux édifices publics sont saccagés. Le bilan est lourd, puisque prés de 500 manifestants sont morts. On est en droit, aujourd’hui encore, de s’interroger sur l’origine réelle de ces évènements. Dans un pays largement quadrillé par la sécurité militaire à l’époque, le moindre regroupement aurait attiré l’attention des autorités. Toutefois, lorsqu’on regarde la situation de plus près, on s’aperçoit, avec le recul, que les mafieux vont tirer un large bénéfice des conséquences engendrées. En effet, les services de sécurité de l’Etat vont connaître d’importants changements et de nouveaux bandits vont faire leur entrée sur la scène mafieuse, il s’agit en l’occurrence de Smain Lamari, Mohamed Lamari, Tewfik, Touati et leurs acolytes. Kasdi Merbah, quant à lui, premier ministre de l’époque, sera tout simplement limogé. Il faut croire que l’ancien patron de la sécurité militaire ne portait pas dans son cœur ces anciens soldats de l’armée française, qu’il savait peu intègres et qu’il nommait lui-même « les rats du système ».

Kasdi Merbah

L’époque du multipartisme en Algérie, à la suite des évènements d’octobre 1988, va être marquée par la création de nombreux partis, et notamment celui du front islamique du salut. Ce dernier sortira vainqueur des élections municipales, en 1990, puis au premier tour des élections législatives, au mois de décembre 1991. L’heure était devenue grave, dans la mesure ou les résultats des premières élections démocratiques en Algérie contrecarraient complètement les projets des d’un cercle réduit au pouvoir, un clan de généraux que l’on peut désormais nommer le cabinet noir. Le processus électoral sera tout simplement interrompu par ces généraux éradicateurs qui auront pris soin préalablement de consulter leur maître : l’Elysée. La décennie qui va suivre va être terrible et les mafieux sanguinaires vont user de tous les stratagèmes pour régner en véritables patrons sur l’Algérie. Chadli Benjedid est forcé de démissionner. Un haut comité présidé par Mohamed Boudiaf est crée. Un cycle de violence a déjà débuté en Algérie. Il est marqué par de redoutables attentats, des embuscades contre les forces de l’ordre et des assassinats de personnalités civiles et politiques, avec notamment le président Boudiaf et l’ancien Premier ministre Merbah. Le sommet de cette violence est atteint avec le massacre de populations civiles. Le pays traverse une véritable tragédie.

Le 22 septembre 1997, au début de la nuit, quelque deux cents hommes armés investissent un quartier de Bentalha, une banlieue éloignée d’Alger. Méthodiquement, ils massacrent plus de 400 personnes, hommes, femmes et enfants. Les cris des victimes et les déflagrations des bombes s’entendent à des kilomètres. La femme de gauche, photographiée à l’hôpital Zmirli, a perdu huit enfants dans ce massacre

Nous savons pertinemment que cette violence aveugle qui a semé le chaos dans le pays a été organisée, instrumentalisée, orchestrée par les membres du cabinet noir. A ce sujet, il existe de nombreuses preuves accablantes qui mettent clairement en accusation les Nezzar, M. Lamari, S. Lamari, Tewfik, Touati et leurs hommes. Leur objectif commun et unique a été de préserver le système mafieux mis en place, afin de s’arroger tous les privilèges et toutes les richesses du pays. Leurs comptes en banque peuvent en témoigner. Le passage de Zeroual à la tête de l’Etat ne changera strictement rien à la situation. Il témoignera auprès de l’opinion que les hommes politiques n’ont aucune influence en Algérie.

Mohamed Mediène, alias Tewfik

C’est alors que les généraux décident d’introniser au pouvoir un ancien du régime : Abdelaziz Bouteflika. La campagne présidentielle est marquée par un véritable coup de théâtre, qui a vu l’alliance et le retrait, à la veille du premier tour, des principaux candidats qui voulaient dénoncer la fraude électorale. Le président désigné est élu. Connu par le passé pour son expérience sur la scène diplomatique, sa mission est définie par les maîtres de l’Algérie. En fait, les généraux ont compris que la communauté internationale s’interroge de plus en plus et qu’il va être difficile de maintenir le climat de violence sans que les véritables auteurs soient démasqués un jour prochain. La concorde civile est engagée, Bouteflika est réelu en 2004 et l’amnistie est validée au cours d’un référendum décidé, organisé dont les résultats ont été livrés par le pouvoir en place. Voilà ce qui s’appelle un coup de baguette magique. Notre cher président a tout simplement lavé de tout soupçon les pires sanguinaires de l’histoire de l’Algérie.

Abdelaziz Bouteflika

Depuis bientôt vingt années, les généraux ont fait de l’Algérie une véritable terre de feu ou il ne fait pas bon vivre. La corruption est devenue une « affaire d’Etat ». La démocratie est une véritable chimère, le pouvoir politique est verrouillé, qu’il soit législatif ou exécutif. La justice se gère au quotidien. L’économie est totalement sclérosée. Le système éducatif est en pleine déliquescence. La politique de santé est une affaire individuelle. Le territoire est meurtri. Les libertés fondamentales sont inexistantes et la population se paupérise chaque jour davantage. L’Algérien survit au quotidien. Le bilan est dramatique pour un pays qui regorge de richesses et de matières grises. Les véritables responsables sont connus mais ces démons méconnaissent la détermination des Algériens qui ont le sens de l’honneur, de la patrie et de la justice, des valeurs qui sont étrangères aux mafieux qui composent le cabinet occulte. La seule voie de réconciliation nationale est celle qui prend appui sur une volonté de rétablir un pouvoir judiciaire indépendant en Algérie. La corruption, au même titre que la pauvreté, sont les pires ennemis du peuple. Chaque algérien se doit de prendre conscience de la gravité extrême de la situation actuelle. L’Etat de droit est à notre portée. Il passe par une rupture définitive avec le système en place et la dénonciation publique de tous les responsables des véritables maux de l’Algérie, qui n’appartient à aucun clan mais a tous les Algériens.

BEN ALI

Manifestation contre la torture en Algérie, à Paris, en avril 2001

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source