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AFP, 12 mai 2007

Guinée : Lansana Conté limoge de hauts responsables de l’armée

par Mouctar BAH


Des soldats en patrouille à Conakry, le 19 février 2007

CONAKRY (AFP) - Le président guinéen, Lansana Conté, s’est donné, samedi 12 mai 2007, un sursis dans la gestion de la grogne de militaires réclamant des arriérés de soldes en repoussant une rencontre avec les protestataires et en limogeant de hauts responsables de l’armée, dont le ministre de la Défense.

Guinée


Depuis le 2 mai, dans des camps militaires de Conakry et de différentes villes du pays, des militaires protestaient en tirant en l’air pendant de longues heures, surtout la nuit. Les protestations, d’abord circonscrites aux camps, s’étaient ensuite étendues à l’extérieur de ces lieux, dans la capitale et en province, notamment à Kindia, Guéckédou, Kissidougou, Nzérékoré, Macenta, Mamou et Farannah. La grogne avait pris de l’ampleur, jeudi 10 mai et vendredi 11 mai, avec six morts (trois à Kindia, deux à Guéckédou, un à Conakry), selon un bilan publié par le gouvernement, qui a multiplié les appels au calme jusqu’à vendredi 11 mai 2007 au soir. Au total, neuf personnes -des civils, pour la plupart- ont trouvé la mort, 75 ont été blessées dans les violences et la confusion ayant marqué le mouvement de protestation, selon diverses sources. Le président Conté devait initialement rencontrer, samedi 12 mai, à partir de 09h00, des militaires mécontents au camp Alfa Yaya de Conakry, dans le cadre de "discussions directes" sur leurs revendications relatives notamment à des soldes non perçues depuis 1996 et à la démission de responsables de l’armée qu’ils accusent de corruption. De nombreux militaires, qui s’étaient rassemblés tôt sur place pour l’occasion, ont appris en milieu d’après-midi que la visite du chef de l’Etat a été "repoussée à lundi" 14 mai 2007. Aucune explication n’a été officiellement fournie au report de la rencontre, perçu par les observateurs comme un sursis dans la gestion de la crise et révélé quelques heures après l’annonce de plusieurs limogeages dans l’armée.

Lansana Conté

Selon un décret publié samedi 12 mai au matin, le président Conté a relevé de leurs fonctions le ministre de la Défense, le général Arafan Camara, et le chef d’état-major de l’armée, Kerfalla Camara. Le général Arafan Camara, qui avait été nommé ministre de la Défense dans le gouvernement formé le 28 mars 2007, a été "muté" et remplacé par le général Mamadou Baïlo Diallo, réputé homme de terrain et qui était à la retraite depuis 2005. Le général Kerfalla Camara a été remplacé à la tête de l’armée par le général de brigade Diarra Camara, précédemment commandant de la 3e région militaire de Kankan. Le général Ibrahima Diallo, qui était chef d’état-major adjoint des armées, a été remplacé par Mamadou Sampil, un colonel élevé, samedi 12 mai 2007, au grade de général de brigade aux termes d’un autre décret présidentiel. Mamadou Sampil était précédemment chef d’état-major adjoint de l’armée de terre. Autres personnalités limogées : le colonel Bambo Fofana, qui quitte les fonctions d’intendant général des forces armées au profit du commandant Mamadou Korka Diallo, ainsi que le colonel Chérif Diallo, qui cède le fauteuil de commandant du bataillon du génie militaire au commandant Tidiane Diallo. Le lieutenant-colonel Aboubacar Sidiki Nabé, qui était médecin-chef des forces armées, a également été limogé et remplacé par le commandant Mamadou Diaby. Au total, huit responsables de l’armée ont été démis de leurs fonctions. Le décret présidentiel ne précise pas les nouvelles affections des officiers supérieurs limogés, ni les raisons de leur limogeage. C’est "une façon d’accéder aux revendications des militaires. On sait que c’est lié à la "pagaille" qu’il y a en ce moment" en Guinée, a commenté un analyste.

Mouctar BAH

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