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AFP, 18 mai 2007

Corruption : Démission de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque Mondiale

par Laurent LOZANO


Vue du siège de la Banque Mondiale, à Washington DC

WASHINGTON (AFP) - La démission de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque Mondiale est la dernière en date des mauvaises nouvelles de plus en plus nombreuses pour le président américain, George W. Bush, à mesure qu’approche la fin de sa présidence. Paul Wolfowitz, l’un des principaux concepteurs de la stratégie ayant conduit à la guerre en Irak, ne faisait plus partie de l’administration depuis 2005. Mais c’est bien à l’administration que l’ancien numéro deux du Pentagone devait son poste. Selon une règle non écrite, les Etats-Unis choisissent le président de la Banque mondiale.

Etats-Unis


"Je regrette qu’on en soit arrivé là. J’admire Paul Wolfowitz", disait M. Bush, jeudi 17 mai 2007, avant la démission. Mais le soutien de la Maison Blanche s’amenuisait de jour en jour. Et M. Bush s’était abstenu de dire que M. Wolfowitz devait garder son poste. "Nous regrettons cette conclusion", a dit un porte-parole de la présidence, Tony Fratto, après la démission. "Paul Wolfowitz est un homme honnête, passionnément attaché au sort des pauvres dans le monde entier. Nous aurions préféré qu’il reste à la Banque, mais le président (Bush) accepte avec réticence sa décision", a-t-il dit. M. Bush annoncera "bientôt" le nom de celui qu’il proposera pour le remplacer, a-t-il dit. La démission de M. Wolfowitz confirme que les temps sont durs pour M. Bush et ses alliés.

Paul Wolfowitz

Des experts soulignent cependant que M. Bush a d’autres préoccupations en tête que M. Wolfowitz. "C’est l’un de ses moindres soucis. Souvenez-vous qu’il s’agissait, pour Paul Wolfowitz, d’un atterrissage en douceur après le Pentagone", observe l’expert Larry Sabato, "son plus grand souci, c’est l’Irak et je considèrerais même (le sauvetage du) ministre de la Justice, (Alberto) Gonzales, comme un problème plus grave" pour M. Bush. Les démocrates, qui saisissent toutes les occasions de contester l’autorité de M. Bush, tentent d’obtenir la tête du ministre de la Justice, accusé d’avoir oeuvré à l’éviction de hauts magistrats pour des raisons purement politiques. Les mauvaises affaires se succèdent et M. Bush ne dépasse plus guère les 35 % d’opinions favorables, tombant même à 28 % dans un sondage récent pour le magazine Newsweek. "C’est une autre avanie pour le président, en ce se sens qu’on associait si étroitement Wolfowitz à lui", dit Larry Sabato. L’expert Eric Davis estime que la "Maison Bush" s’écroule peu à peu. Mais MM. Davis et Sabato relativisent l’impact politique de la démission de M. Wolfowitz, le mesurant à l’aune d’une crédibilité nationale et internationale considérablement ébranlée. "Le sujet du jour, c’est la crédibilité", écrivait récemment le Washington Post, "faut-il croire ces trois fidèles de Bush (Wolfowitz, Gonzales et l’éminence grise de M. Bush, Karl Rove), quand ils nous disent que la pluie tombe vers le bas et ne remonte pas vers le haut, ou vaut-il mieux regarder par la fenêtre pour en être sûr ?" M. Davis voit aussi dans la chute de Paul Wolfowitz "une nouvelle indication du déclin de l’influence des néoconservateurs" dans l’administration : après MM. Wolfowitz, Rumsfeld, John Bolton, "des principaux architectes de la guerre en Irak, (le vice-président) Dick Cheney est le seul encore à son poste".

Alberto Gonzales

L’Irak menace toujours de sombrer dans le chaos et exerce sur M. Bush une pression permanente. Il a jusqu’à septembre 2007 pour y faire prévaloir une nouvelle stratégie qui passe pour celle de la dernière chance. La guerre a coûté leur majorité au Congrès à ses amis républicains, lors des élections de novembre 2006, et les deux dernières années de sa présidence seront deux années de difficile cohabitation avec des démocrates qui essaient de lui imposer un retrait d’Irak. La défaite électorale a scellé le sort du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. Une partie des républicains se retournent contre M. Bush, inquiets des chances des leurs à la présidentielle et aux élections parlementaires de 2008.

Laurent LOZANO

Troupes d’occupation américaines à Bagdad, le 16 mai 2007

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