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Le Monde, 19 mai 2007

Algérie : La défiance


Un bureau de vote, à Alger, le 17 mai 2007

Ce n’est pas une surprise : jeudi 17 mai 2007, la grande majorité des Algériens a boudé les urnes des élections législatives. Selon les résultats officiels, le taux de participation n’a pas dépassé 35 %, un chiffre que nombre d’observateurs sur place estiment, en outre, gonflé par les autorités. Cette abstention massive témoigne du peu d’intérêt des Algériens pour un scrutin législatif sans enjeu, le troisième depuis celui qui, au début des années 1990, vit les islamistes arriver aux portes du pouvoir et le pays sombrer dans la "sale guerre".

Algérie


Il est vrai qu’à Alger, la réalité du pouvoir est détenue par le chef de l’Etat et une poignée de responsables des services de sécurité. Le Parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement contrôlée par le pouvoir exécutif. Les électeurs le savent parfaitement. Jamais, pourtant, depuis l’indépendance de l’Algérie, en 1962, le taux de participation n’avait été aussi faible. Lors des législatives précédentes, il était officiellement de 46 %. La vraie surprise de ce scrutin est venue d’ailleurs. A la suite de bourrages d’urnes, de violences et d’incidents divers provoqués par le Front de libération nationale (FLN), l’ancien parti unique, la Commission nationale de surveillance des élections s’est adressée au chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, pour lui demander de "mettre fin aux abus graves", qui ont "dépassé les limites des cas isolés". C’est une première, significative. Car le président de cette commission, Saïd Bouchaïr, n’est autre que l’ancien président du Conseil constitutionnel. En 1997, lors d’élections locales entachées, elles aussi, de fraudes massives, le même homme n’avait rien trouvé à y redire. Il avait entériné la mascarade électorale et les partis avaient protesté en vain. Qu’un homme du sérail comme M. Bouchaïr se manifeste aujourd’hui publiquement témoigne que la guerre de succession est lancée en Algérie. Niée par son entourage, occultée par les médias, la maladie du chef de l’Etat est un secret de Polichinelle. Dans l’ombre, des clans s’activent pour lui trouver un successeur acceptable par l’armée et les services de sécurité.

Un bureau de vote, à Alger, le 17 mai 2007

C’est dans ce contexte que l’émoi de la commission doit s’analyser. Elle est un signal de défiance envoyé au patron du FLN, l’actuel premier ministre, Abdelaziz Belkhadem. L’homme inquiète certains milieux sécuritaires, qui le jugent trop proche des islamistes. Les "décideurs", comme on appelle en Algérie ceux qui détiennent le pouvoir, ne sont pas tous disposés à voir le chef du gouvernement succéder à M. Bouteflika le jour où il disparaîtra. La bataille de succession est bel et bien engagée. Elle l’est comme d’habitude, à l’abri des regards des citoyens et hors tout processus un tant soit peu démocratique. Il est malheureusement difficile d’imaginer que le pouvoir puisse ainsi regagner la confiance des Algériens.

Le Monde

Dépouillement du scrutin dans un bureau de vote d’Alger, le 17 mai 2007

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