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lundi 27 février 2017
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AFP, 2 avril 2004

Irak : les Américains resteront malgré les assassinats de Falloujah

Suivi d’un commentaire


WASHINGTON (AFP) - Les Etats-Unis ont affirmé, jeudi 1er avril 2004, que les assassinats barbares de quatre civils américains, mercredi 31 mars 2004, à Falloujah, ne conduiraient pas à un retrait des troupes d’Irak et ont refusé toute comparaison avec le précédent de Mogadiscio en 1993.

Le département d’Etat a répété que les forces américaines resteront en Irak aussi longtemps que leur présence sera nécessaire et ne seront pas rappelés hâtivement comme ce fut le cas en Somalie en 1993.


Des actes de barbaries commis sur des dépouilles de soldats américains, participant aux opérations de l’ONU en Somalie, avaient conduit l’administration de l’époque à retirer ses troupes de ce pays.

"Après les attaques à Mogadiscio nous avions quitté le pays mais premièrement, ceci ne se produira pas ici, je peux vous l’assurer", a indiqué le porte-parole du département d’Etat Adam Ereli. "Deuxièmement je pense que le parallèle avec Mogadiscio est fallacieux pour la bonne raison que nous travaillons en Irak, la coalition travaille en Irak, en partenariat avec le peuple irakien".

"La grande majorité de ces gens, je pense, sont dans une meilleure situation aujourd’hui qu’ils ne l’étaient avant ... et sont prêts à prendre davantage de responsabilités (...) ils ont, selon moi, davantage confiance dans l’avenir que les Somaliens à l’époque", a ajouté M. Ereli.

Ces remarques interviennent après le meurtre et la mutilation de quatre civils américains tués, mardi 30 mars 2004, à Falloujah, et dont les images ont été diffusées sur les télévisions américaines. Leurs corps ont été remis, jeudi 1er avril 2004, à l’armée américaine, alors que l’administrateur civil Paul Bremer a promis que cette tuerie "ne restera pas impunie".

Le responsable américain a toutefois assuré que l’attaque, et celle qui a tué cinq soldats américains pas de loin de Falloujah, ne "déstabiliseront pas la marche vers la stabilité et la démocratie en Irak".

Les quatre Américains, qui travaillaient pour une entreprise américaine de sécurité, étaient tombés dans une embuscade, mercredi 31 mars 2004, et avaient été mutilés après leur mort. Leurs corps avaient été traînés dans les rues puis pendus à un pont métallique de Falloujah, à 50 km à l’ouest de Bagdad.

Pour sa part, le Conseil de gouvernement provisoire irakien a condamné, jeudi 1er avril 2004, cette tuerie, qualifiant cet acte de "sauvage" et comme n’étant pas représentatif du peuple irakien. "Nous condamnons cet acte sauvage", a déclaré Rosch Schaways, porte-parole de Massoud Barzani, leader du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) qui assure en avril 2004 la présidence tournante du Conseil de gouvernement provisoire.

Fait inhabituel, l’attaque a été revendiqué par un groupuscule inconnu qui a affirmé avoir voulu venger l’assassinat à Gaza par l’armée israélienne du chef spirituel du mouvement palestinien radical Hamas, le cheikh Ahmad Yassine.

"Il s’agit d’un cadeau du peuple de Falloujah au peuple palestinien et à la famille du cheikh Yassine qui a été assassiné par les sionistes", indique un communiqué des "Brigades Ahmad Yassine" distribué dans la ville.

La vie avait repris son cours normal, jeudi 1er avril 2004, dans la ville rebelle, mais un témoin a indiqué qu’un véhicule militaire américain avait été victime d’une attaque à l’engin piégé, avant de s’enflammer à l’entrée de la ville.

Trois soldats américains ont été blessés dans une attaque dans la province d’Al-Anbar, dont Falloujah fait partie.

Les Marines, qui avaient été aperçus, mercredi 31 mars 2004, à l’ouest de la ville, n’étaient plus visibles jeudi 1er avril, mais des policiers irakiens et les forces de défense civile (ICDC) ont installé un poste de contrôle filtrant les voitures qui entraient à Falloujah et vérifiant les identités des personnes à bord.

Par ailleurs, au lendemain de cette attaque sanglante, le premier grand salon commercial de l’après-Saddam Hussein à Bagdad, prévu du 5 au 8 avril, a été reporté sine die pour raisons de sécurité. "Destination Bagdad a été reporté", a déclaré, jeudi 1er avril 2004, le responsable de la logistique du salon qui était ouvert aux entreprises étrangères.

Enfin, sur le plan économique, la coalition a annoncé, jeudi 1er avril, dans un communiqué, avoir décidé d’introduire, à partir du 15 avril 2004, des droits de douane de 5% sur la majorité des produits importés et dont le montant servira à la reconstruction du pays.

Les droits de douane avaient été abolis provisoirement en mai 2003 afin de relancer l’économie moribonde et les produits de consommation avaient afflué vers ce pays, après 13 ans de sanctions imposées par l’ONU à la suite de l’invasion du Koweit par l’Irak.

Agence France Presse

Commentaire

La déclaration du Département d’Etat des Etats-Unis, selon laquelle "les forces américaines resteront en Irak aussi longtemps que leur présence sera nécessaire" donne une idée de la conception de la "souveraineté irakienne" que se fait le gouvernement américain.

D’un côté, le gouvernement américain proclame que, le 30 juin 2004, les Irakiens auront recouvré leur souveraineté ; mais, dans le même temps, le gouvernement américain se prétend seul compétent pour décider d’un retrait des troupes américaines d’Irak. Il n’est même pas question de se soucier de la volonté du peuple irakien.

Quant au futur gouvernement irakien "souverain", il est dès à présent considéré comme une potiche que l’armée américaine tiendra virtuellement en otage dans son propre pays...

Alors que la présence des troupes étrangères en Irak suscite continuellement des attentats, le gouvernement des Etats-Unis invoque ces mêmes attentats pour "justifier" l’occupation perpétuelle de l’Irak contre la volonté manifeste du peuple irakien dont il se dit "le protecteur".

Au mieux, l’attitude du gouvernement des Etats-Unis relève d’une sorte de paternalisme abusif : la fille aînée n’est jamais assez grande pour que son père lui reconnaisse le droit à l’indépendance.

De toute évidence, le gouvernement des Etats-Unis se moque éperdument du peuple irakien. Le gouvernement des Etats-Unis n’a pas hésité à affamer délibérément les Irakiens à l’époque de Saddam Hussein, dans l’espoir de faire plier le dictateur.

Si le gouvernement des Etats-Unis veut maintenir des troupes d’occupation en Irak, c’est sans doute pour garantir le pillage du pays au profit des multinationales, puisque ce sont elles qui se sont vues attribuer les contrats pour la reconstruction de l’Irak.

Les entreprises irakiennes ne bénéficieront que des miettes de la reconstruction, en qualité de sous-traitants des sociétés américaines.

Quant aux travailleurs irakiens, ils se feront exploiter pour des salaires ridicules, afin que les milliardaires de Wall Street puissent devenir multimilliardaires.

Sur le plan politique, le gouvernement des Etats-Unis veut imposer à l’Irak un système néolibéral, avec un gouvernement au service de l’oligarchie et des multinationales. Il ne faudrait surtout pas que les Irakiens se lancent dans des réformes agraires et des nationalisations...

C’est-à-dire qu’il s’agira d’une "démocratie" dans laquelle le peuple irakien aura surtout le droit de s’aligner sur Wall Street et de pratiquer la fuite en avant dans la compétitivité internationale. On se trouve clairement en pleine logique colonialiste.

Le gouvernement des Etats-Unis semble persuadé qu’il suffit de jouer sur les mots et sur les étiquettes pour empêcher la réalité d’être ce qu’elle est.

Il suffirait de traiter les résistants irakiens de "terroristes" pour qu’ils cessent d’être des résistants. Il suffirait de placer les armées d’occupation sous l’égide des Nations Unies pour qu’elles cessent d’être des armées d’occupation.

On relèvera, dans la logique politique du gouvernement des Etats-Unis, que les troupes d’occupation, en Irak, qu’elles soient américaines ou alliées, sont purement et simplement traitées comme de la chair à canon. On les expose délibérément aux attentats, alors même qu’on mène une politique provoquant les attentats. C’est-à-dire que les soldats ne sont pas moins méprisés que le peuple. De simples pions qu’on sacrifie en fonction de considérations opportunistes.

Tout cela démontre de la mauvaise foi et de la malhonnêteté intellectuelle de la part du gouvernement des Etats-Unis. La vérité est ce qui l’arrange, au moment où cela l’arrange, et pas plus longtemps que ce qui l’arrange.

Il s’agit là d’une tournure d’esprit caractéristique des politiciens.

Ainsi, pour se débarrasser des troupes d’occupation étrangères, les Irakiens n’ont pas d’autre choix qu’une politique d’attentats et d’insurrection généralisée, jusqu’à ce que le peuple américain lui-même exige le retrait des troupes de l’Irak.

Ce sera le prix du dogmatisme et de la cupidité.

Frank BRUNNER

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