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dimanche 23 avril 2017
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Elections fédérales suisses : l’habituel panier de crabes

Aucun candidat d’aucun parti n’envisage de lutter contre la corruption du milieu politique


A l’occasion de l’élection du parlement fédéral suisse, on constate qu’aucun parti politique, et aucun des candidats, n’envisage -ne serait-ce qu’à titre de simple promesse électorale- de lutter contre la corruption du milieu politique. Bien au contraire, la corruption du milieu politique est le sujet tabou par définition.


Les élus de l’Union démocratique du centre (UDC) genevoise, qui s’étaient fait élire au Grand Conseil -le parlement cantonal- en promettant de « faire le ménage », se sont bien gardés de tenir leur promesse électorale. En guise de politique, ils se contentent de vomir sur les étrangers en général et les requérants d’asile en particulier. Le pire c’est que, quand ils ont fini de pérorer, ils oublient à chaque fois de tirer la chasse d’eau...

Chacun est censé faire semblant de croire -et faire croire- que nos élus sont des altruistes dévoués au bien public. C’est le message qu’ânonnent, dans les médias, tous les chroniqueurs politiques locaux. Quiconque prétend le contraire est un « trouble-fête », un « populiste » et fait figure d’ennemi public No 1 aux yeux de la nomenklatura.

Tolérance zéro ! -pour les autres...

Ainsi, à Genève, à la suite des événements liés au G8, le Conseil d’Etat -l’exécutif du canton- et les partis de droite ont fait tout un psychodrame à propos des casseurs, auxquels chacun était censé jeter la première pierre -et même les suivantes. Or, ceux-là même qui se donnaient des airs vertueusement indignés, à propos des casseurs, gardaient un assourdissant silence à propos des détournements de fonds publics commis sous couvert du budget soi-disant destiné à « l’accueil des manifestants »…

Dans cette affaire, la question n’est même pas de savoir si le Conseil d’Etat genevois est impliqué dans les magouilles. Bien entendu qu’il l’est, puisqu’une somme de 285000.- CHF provenait d’un fonds spécial du conseiller d’Etat -ministre cantonal- Pierre-François Unger et que les six autres conseillers d’Etat ont approuvé la remise de cette somme aux dirigeants du Forum social lémanique, qui se sont chargés de distribuer l’argent à leurs petits copains.

Pierre-François Unger

La question n’est pas non plus de savoir si les députés du Grand Conseil genevois sont impliqués. Bien entendu qu’ils le sont, puisqu’ils ont voté 500000.- CHF pour « l’accueil des manifestants », alors que cette somme était destinée, elle aussi, aux dirigeants du Forum social lémanique, qui se sont chargés, là encore, de distribuer l’argent à leurs petits copains.

La seule question qui se pose est de savoir dans quelle mesure les élus savaient -ou devaient savoir- que l’argent soi-disant destiné à « l’accueil des manifestants » aboutirait dans les poches des petits copains « de gauche ». Autrement dit, doit-on considérer que les membres de l’exécutif du canton de Genève sont complices -au sens pénal- de détournements de fonds publics et de gestion déloyale ?

Au sens du code pénal suisse, la notion de complicité implique une attitude participative dans l’infraction commise. Le complice a, sinon activement participé à l’infraction, du moins contribué consciemment, par ses actes, à ce qu’elle puisse être commise. Sans son intervention, soit l’infraction n’aurait pas pu être commise, soit elle n’aurait pas pu être commise de cette manière-là. Par exemple, si des gangsters volent votre voiture pour aller braquer une banque, vous n’êtes pas complice. Par contre, si vous mettez votre voiture à leur disposition, en sachant qu’ils s’en serviront pour leur braquage, vous devenez complice. Vous leur avez délibérément facilité les choses.

Sur ce point, on relèvera que tous les membres de l’actuel Conseil d’Etat genevois ont, précédemment, et durant de nombreuses années, siégé au Grand Conseil en « qualité » de députés. Pendant des années, ils ont eu le nez sur les magouilles du milieu politique genevois, sans jamais cesser de pratiquer l’omerta. On ne saurait donc les considérer comme des oies blanches dont la confiance aurait été trahie par des ripoux.

Par ailleurs, on rappellera qu’un article publié sur le site web interet-general.info prédisait la magouille du G8 avant qu’elle ait eu lieu -avant même que le budget soi-disant destiné à « l’accueil des manifestants » ait été voté- et décrivait le modus operandi habituel des politiciens « de gauche » dans ce genre de magouilles. Cet avertissement a été délibérément ignoré par l’ensemble du milieu politique genevois. Aucune mesure de précaution n’a été prise, alors qu’il était pourtant facile de confier la gestion du budget à quelque fonctionnaire chargé de vérifier et payer les factures, plutôt que de s’en remettre aux dirigeants du Forum social lémanique.

De surcroît, plusieurs des actuels conseillers d’Etat genevois avaient déjà, précédemment, alors qu’ils siégeaient au conseil d’administration de la Banque cantonale de Genève, couvert les malversations de l’ancienne équipe dirigeante. Et cela durant des années. Jusqu’à ce que la banque, après avoir perdu des milliards de francs suisses, soit déclarée en faillite virtuelle par la Commission fédérale des banques. La facture des magouilles a été transmise aux contribuables genevois…

On rappellera que, dans l’affaire de la Banque cantonale de Genève, il a fallu que des petits actionnaires déposent plainte pénale pour qu’une enquête soit ouverte et que les principaux responsables de l’ancienne équipe dirigeante de la banque soient inculpés. Aucun des élus n’a pris cette initiative. Et aucun des élus qui avaient siégé au conseil d’administration de la banque n’a été inculpé, alors qu’ils avaient pourtant une responsabilité pénale dans la gestion et les malversations commises. Bien mieux : parmi ces élus, la socialiste Micheline Calmy-Rey a ensuite été élue au Conseil fédéral -l’exécutif de la Suisse-, dont elle est devenue ministre des Affaires étrangères.

Dans l’affaire des détournements de fonds commis sous couvert du G8, pour que la police de Sûreté genevoise ouvre une enquête, il a fallu qu’un citoyen lambda se charge personnellement de déposer une plainte pénale. Aucun élu d’aucun parti politique ne l’a fait. Depuis, tous se sont tacitement accordés pour pratiquer l’omerta sur cela comme sur le reste. Leur attitude mentale peut se résumer ainsi : « Du moment que nous nous sommes mis d’accord, entre nous, pour piquer dans la caisse, il faut vraiment être très malhonnête pour venir nous le reprocher ! »

Au sein de « la gauche » genevoise, vous pouvez même entendre l’argumentation suivante : « Quelle importance, si les élus de gauche volent des millions, puisque les élus de droite volent des milliards ? »

Peu après les événements du G8, les élus municipaux de droite avaient réclamé une enquête sur la gestion et les résultats concrets des innombrables associations subventionnées par la ville de Genève. Les élus « de gauche » -majoritaires au Conseil municipal de la ville de Genève- se sont opposés à une telle enquête. On devine pourquoi. Et les élus de droite se sont abstenus d’insister, alors qu’il leur était pourtant facile d’ameuter l’opinion publique en dénonçant, chez leurs adversaires, une attitude obstructionniste aussi révélatrice qu’indéfendable.

Il est évident que nos soi-disant « altruistes dévoués au bien public » se tiennent réciproquement par la barbichette. Quand ils doivent choisir entre leurs magouilles et l’intérêt public, ils choisissent toujours leurs magouilles. C’est précisément ce qui les rend tellement respectables…

Frank BRUNNER

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source