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mercredi 26 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (3ème partie) : Du 1er avril 2004 au 15 avril 2004
AFP, 3 avril 2004

Irak : Lakhdar Brahimi à Bagdad avant mardi 6 avril 2004. Le gouvernement des Etats-Unis menace la population de Falloujah

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BAGDAD (AFP) - L’émissaire de l’ONU Lakhdar Brahimi devrait entamer, avant mardi 6 avril 2004, à Bagdad, son travail sur la transition politique en Irak, où les Etats-Unis préparent une réplique au meurtre de quatre Américains à Falloujah.

La violence a fait entre-temps deux nouveaux tués parmi les soldats américains et plusieurs autres parmi les Irakiens, faisant porter le bilan des pertes américaines, depuis la début de la guerre il y plus d’un an, au chiffre symbolique de 600, dont plus de 400 en combat.


Mouaffak al-Roubaï, un membre du Conseil du gouvernement transitoire a annoncé, samedi 3 avril 2004, à l’AFP, que M. Brahimi devait "arriver dans les prochains jours et sera là avant mardi".

"Je m’attends à ce que Lakhdar (Brahimi) soit là-bas demain (samedi 3 avril) ou après-demain (dimanche 4 avril). Il se mettra tout de suite au travail", a déclaré, vendredi 2 avril 2004, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell.

Cette mission devrait aider à former un gouvernement intérimaire irakien appelé à recevoir le pouvoir de la coalition, a ajouté M. Powell, réaffirmant que Washington "s’en tenait à la date du 30 juin 2004" pour ce transfert du pouvoir, mais laissant la porte ouverte à des aménagements.

"Nous aurons une meilleure évaluation de cette date et du processus pour trouver un gouvernement intérimaire après que M. Brahimi aura passé quelque temps sur le terrain", a-t-il dit. Il a souhaité que l’OTAN joue un "nouveau rôle collectif" en Irak, mais a estimé que cela n’aurait probablement pas lieu avant le transfert du pouvoir. "Les Etats-Unis pensent que l’Alliance devrait prendre en considération un nouveau rôle collectif après le retour à la souveraineté en Irak", a déclaré M. Powell lors d’une réunion ministérielle de l’OTAN à Bruxelles.

Au même moment, le secrétaire d’Etat adjoint Richard Armitage a indiqué que les Etats-Unis s’étaient engagés "à faire payer" ceux qui avaient commis des actes de barbarie contre quatre civils américains, mercredi 31 mars 2004, à Falloujah.

Au département de la Défense, le secrétaire adjoint Paul Wolfowitz et le général Peter Pace, chef adjoint d’état-major interarmées, ont informé à huis clos des membres de la commission de défense du Congrès des possibles représailles américaines, selon le président de la Commission Duncan Hunter.

Les images du meurtre de ces quatre Américains, tirés de leur voiture après être tombés dans une embuscade et frappés à coups de pelle par des Irakiens furieux puis suspendus à un pont, ont choqué l’Amérique.

"Premièrement, avant que nous n’allions dans cette ville (...) nous allons laisser à la population l’occasion de nous donner ces criminels", a indiqué le général Mark Kimmitt, haut gradé américain sur la chaîne américaine Fox. "S’ils ne le font pas, nous sommes prêts à y aller et à les trouver", a-t-il dit, soulignant : "Pour ceux qui veulent un meilleur Irak, nous sommes ici pour les aider. Pour ceux qui ont choisi la violence, nous riposterons".

Les Américains, anciens soldats dont certains ont servi dans des unités d’élite, étaient employés pour une société de sécurité. Ils n’avaient pas prévenu leur responsables qu’ils escorteraient un convoi dans Falloujah, a indiqué un responsable de la défense sous couvert de l’anonymat.

Par ailleurs, deux soldats américains ont été tués et un autre blessé dans deux attaques séparées de la guérilla, jeudi 1er avril et vendredi 2 avril 2004, à Bagdad et dans la province sunnite d’Al-Anbar, dans l’ouest de l’Irak.

Côté irakien, le chef de la police de la ville de Koufa et un de ses gardes ont été tués, vendredi 2 avril 2004, par des hommes armés ; et, à Hawija, des soldats américains ont tué un inconnu qui tentait de déposer une bombe et ont blessé son complice avant de l’interpeller pour l’interroger.

A Kirkouk, également dans le nord, deux gardes irakiens ont été tués dans un attentat suicide devant le conseil municipal, selon la police de la ville.

Jeudi 1er avril au soir, trois policiers ont été abattus à l’arme automatique et à la grenade en plein centre de Baaqouba, au nord de Bagdad, par des inconnus qui ont réussi à prendre la fuite.

Agence France Presse

Commentaire

Il semble que le gouvernement des Etats-Unis poursuive sa politique de fuite en avant. Il est de plus en plus incapable de concevoir des relations qui ne soient pas basées sur la menace et l’intimidation. Son discours "diplomatique" peut se résumer à : "Si vous ne voulez pas être mon ami, je vous tue ! Et, si vous voulez être mon ami, soyez mon laquais !..."

Bien que l’épisode de Fallujah ne soit pas un titre de gloire pour la résistance irakienne, puisque les cadavres de quatre Américains ont été profanés, il ne faut pas perdre de vue le fait que ces Américains étaient déjà morts. Ils sont morts lorsque leurs véhicules ont été arrosés de balles et incendiés.

La profanation des quatre cadavres, bien qu’elle soit indigne des Irakiens comme de quiconque, ne justifie toutefois pas un psychodrame comme celui que s’efforce d’entretenir le gouvernement des Etats-Unis afin de "justifier" des représailles collectives contre la population de Fallujah.

Après tout, au cours de ses guerres contre l’Irak, l’armée des Etats-Unis ne s’est pas privée de bombarder les Irakiens avec toutes sortes de bombes, parmi lesquelles les bombes au napalm. Pendant la Guerre du Golfe, toute une colonne blindée irakienne en retraite a été littéralement carbonisée à la suite de bombardements aériens. L’armée des Etats-Unis ne manifeste pas davantage de scrupule que les résistants de Fallujah.

Une fois de plus, on constate que le gouvernement américain n’est pas en position de donner des leçons de morale...

Les habitants de Fallujah n’ont aucune obligation morale de livrer les auteurs des profanations.

D’ailleurs, même si ces auteurs sont connus, il est évident qu’ils bénéficiaient de l’approbation de la foule présente le 31 mars 2004.

Tous ces gens étaient manifestement dans un état de surexcitation qui leur a fait perdre tout contrôle de leur comportement. Les profanateurs ont profané ces cadavres comme ils auraient brûlé un drapeau américain, là encore en bénéficiant de l’approbation massive de la population. S’en prendre à ces quelques profanateurs équivaudrait à condamner des lampistes, en affectant de croire qu’ils ont agi isolément.

Le gouvernement des Etats-Unis est le véritable responsable de ce qui s’est passé à Fallujah, puisque c’est sa politique, en Irak, qui a suscité la haine de la population. De même, le gouvernement des Etats-Unis suscite actuellement la haine de la population irakienne dans son ensemble en menaçant collectivement la population de Fallujah.

Les Irakiens ne se laisseront pas davantage intimider par le terrorisme d’Etat américain que les Palestiniens ne se laissent intimider par le terrorisme d’Etat israélien.

Le gouvernement des Etats-Unis voudrait contraindre la population irakienne à accepter la présence des troupes d’occupation étrangères, pour le motif que celles-ci seraient placées sous l’égide des Nations Unies ou de l’OTAN. Or, les Irakiens ne veulent plus de l’occupation, quel que soit le nom qu’on lui donne et quelle que soit l’étiquette sous laquelle on prétend la camoufler.

Le gouvernement des Etats-Unis n’a absolument aucune justification morale pour imposer la présence de ses forces militaires et celles de ses alliés en Irak. Quant à la résistance irakienne, elle a toute légitimité de lutter contre les forces d’occupation.

Si le gouvernement des Etats-Unis et ses alliés s’obstinent à maintenir des troupes en Irak, contre la volonté du peuple irakien, ils sont mal venus de se plaindre des attentats qu’ils provoquent.

Non seulement les Etats-Unis ne gagneront pas "l’amitié" des Irakiens en recourant à l’intimidation, mais ils susciteront un sentiment d’aversion grandissante dans le monde s’ils ne renoncent pas à menacer les peuples qui refusent de leur faire allégeance.

La Terre peut fort bien tourner sans les Etats-Unis.

Frank BRUNNER

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