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Le Monde, 21 juin 2007

Proche Orient : Pacifiée, Gaza s’interroge sur le nouvel ordre islamique

par Michel BOLE-RICHARD


Des Palestiniens sur une plage de Gaza City, le 19 juin 2007

Le changement est radical. Le drapeau vert du Hamas qui flotte désormais sur tous les bâtiments publics a apporté un calme inconnu depuis longtemps. L’heure est à la pacification. Les Gazaouis se baignent dans la mer. La circulation est à nouveau libre, réglée par des jeunes des mosquées affublés de gilets jaune fluo. Le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) a fait appel à cette jeune garde pour remplacer au pied levé les fonctionnaires de police qui, pour la plupart, ont refusé de reprendre le travail.

Des Palestiniens désireux de fuir la bande de Gaza, au point de passage d’Erez, le 19 juin 2007


Gaza, martyrisée par les combats qui ont fait officiellement 115 morts, souffle et reprend vie. Phénomène inhabituel, même les membres de la Force exécutive, unité paramilitaire islamique, ont retrouvé le sourire. Il n’y a plus de cagoules, plus de barrages, plus de tirs. Seul le bruit d’un drone israélien invisible dans le ciel perturbe la quiétude retrouvée. Mais Gaza se demande de quoi le nouvel ordre islamique sera fait. Certains habitants s’inquiètent : "Tout le monde nous a abandonnés, et l’on se demande si la communauté internationale ne va pas jeter la clef du cadenas qui nous emprisonne." La prise du pouvoir par le Hamas a laissé quelques stigmates.

Des Palestiniens désireux de fuir la bande de Gaza, au point de passage d’Erez, le 20 juin 2007

Les pillards se sont déchaînés. Les bâtiments de la Sécurité préventive ont été totalement dépecés. Il ne reste désormais que des immeubles aux pièces vides, dont certaines incendiées, dans lesquelles les dossiers sont éparpillés dans les gravats. Comme si un ouragan de voleurs avait virevolté dans ce qui était le fief de Mohammed Dahlan, jadis l’homme le plus puissant de la bande de Gaza. Sa maison a subi les ravages des rapaces. Celle de Yasser Arafat a également été visitée. Et l’on a retrouvé, sur le marché, certaines reliques-souvenirs du leader nationaliste, dont son uniforme militaire. Les portraits et les symboles de l’ancien pouvoir, tout ce qui s’apparente à l’Autorité palestinienne disparaît. La statue du soldat inconnu rappelant la guerre de 1967 a été abattue. Les dirigeants du Hamas se sont emparés des véhicules du régime déchu, supprimant les écussons qui le symbolisaient. Un nouveau pouvoir est né. Pour s’installer, il entend rétablir l’ordre. Il fait la chasse à la drogue, et s’évertue à recueillir les armes, nombreuses, afin d’éviter les entreprises de déstabilisation. La tâche n’est pas facile. Elle est menée systématiquement, comme l’épuration.

Manifestation du Hamas contre Mahmoud Abbas, à Gaza City, le 20 juin 2007

Les anciens ennemis sont pourchassés inlassablement. Wissam Lazrag, âgé de 17 ans, raconte, encore terrorisé, comment les hommes en noir des brigades Ezzedine Al-Qassam ont débarqué chez son grand-père, à Jabaliya, pour se saisir de son père, un responsable de la Sécurité préventive, qui s’était déjà enfui. La purge est en cours, et ses victimes potentielles se terrent. Il y a eu des exécutions. Combien ? Impossible de le dire. Talaate Ayoube, 32 ans, a fui l’hôpital pour échapper à ses poursuivants. Pourtant, il ne peut aller loin. Il a eu les deux jambes brisées par des tirs, et a échappé de peu à la mort, lors de l’attaque de la caserne de sécurité nationale. Trois de ses copains ont été abattus devant lui. Une vingtaine de personnes ont péri lors de l’assaut. "C’était une boucherie. Tous ceux qui se sont rendus ont été exécutés", raconte-t-il.

Des Palestiniens désireux de fuir la bande de Gaza s’approchent du point de passage d’Erez, le 21 juin 2007

Une amnistie générale a certes été déclarée. Bien peu s’y fient. Dans ce petit univers concentrationnaire, tout le monde se connaît, et le Hamas sait qui sont les bons et les mauvais. Il est toujours possible de prêter allégeance au nouveau pouvoir. On appelle cela "le chèque de l’innocence". Beaucoup ont été graciés, mais combien sont encore recherchés ou emprisonnés ? La nuit "les Qassams", comme on les appelle, remettent les cagoules et poursuivent la quête des armes et des hommes avec lesquels ils ont des comptes à régler.

Michel BOLE-RICHARD

Des Palestiniens désireux de fuir la bande de Gaza, au point de passage d’Erez, le 21 juin 2007

Les Palestiniens bloqués à Erez se sont réfugiés en Egypte

Une centaine de Palestiniens qui étaient bloqués au terminal d’Erez, entre Israël et la bande de Gaza, ont été évacués, jeudi 21 juin 2007, vers l’Egypte, a indiqué un porte-parole de l’armée israélienne, refusant de préciser l’identité et l’éventuelle appartenance politique de ces Palestiniens. Depuis la fin de la semaine dernière, des centaines de Palestiniens membres du Fatah et des services de sécurité fidèles à M. Abbas se sont réfugiés à Erez, par crainte de représailles des islamistes du Hamas, qui ont pris, le 15 juin 2007, le contrôle de la bande de Gaza.

Avec AFP

Des Palestiniens désireux de fuir la bande de Gaza, au point de passage d’Erez, le 21 juin 2007

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