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jeudi 17 août 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (3ème partie) : Du 1er avril 2004 au 15 avril 2004
AFP, 4 avril 2004

Irak. Une manifestation chiite dégénère à Najaf : au moins 10 morts

Suivi d’un commentaire


NAJAF (AFP) - Dix personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées lorsque des soldats espagnols de la coalition ont ouvert le feu, dimanche 4 avril 2004, sur des manifestants chiites à Najaf, selon un nouveau bilan fourni par Khalil al Yasseri, médecin à l’hôpital al-Sadrein.


"Nous avons reçu huit corps dans notre hopital et deux autres se trouvent à l’hôpital al-Fourat al-Awsat", a-t-il dit. Un premier bilan de source hospitalière avait fait état de trois tués parmi les manifestants et de dizaines de blessés.

Des soldats espagnols ont tiré, dimanche 4 avril 2004, dans des circonstances mal définies, sur des manifestants chiites radicaux entre les villes saintes de Najaf et Koufas.

"Les gens tombaient, d’autres tentaient de fuir alors que les balles sifflaient de partout et le bruit des explosions remplissait l’air. Chacun cherchait un endroit pour se protéger alors que derrière, les manifestants continuaient à avancer", a raconté un journaliste. "Il y avait près de moi au moins une vingtaine de blessés, dont trois religieux", a indiqué pour sa part un photographe.

Des ambulances se sont ruées sur les lieux, mais des blessés étaient soignés dans les maisons environnantes.

Des milliers de manifestants défilaient entre la place principale de Najaf et la mosquée de Koufa, distantes d’une quinzaine de kilomètres en passant devant la base espagnole, où selon eux est emprisonné, depuis samedi 3 avril 2004, Moustafa al-Yaakoubi, le chef du bureau de leur chef, le jeune Moqtada Sadr à Najaf, ce que les forces espagnoles ont démenti.

La manière dont les incidents ont commencé reste confuse. "Nous marchions pacifiquement puis en arrivant devant la base, des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les Espagnols, qui ont tiré en l’air et jeté des grenades assourdissantes", a raconté un des manifestants, Hussein Ali, 21 ans.

"Des manifestants, qui étaient armés, ont tiré en direction des soldats espagnols, qui ont riposté en tirant sur la foule. Cela a été un carnage", a ajouté ce jeune homme tout blême.

Selon Khaled Mohammad, 28 ans, membre de "l’Armée du Mehdi", la milice de Moqtada Sadr, ce sont des membres des forces de sécurité irakiennes qui ont ouvert le feu en premier. "Pourquoi nous ont-ils tiré dessus ? Ce sont les soldats irakiens qui ont commencé à tirer sur les manifestants puis les soldats espagnols ont suivi", a-t-il affirmé.

Un convoi de quatre véhicules espagnols serait passé devant les manifestants et ces derniers sont devenus surexcités. Ils ont commencé par crier "Non, non à l’Amérique, non non à Israël", puis ont jeté des pierres en insultant les militaires. Le convoi s’est retiré d’environ 30 mètres puis a ouvert le feu sur les premiers rangs des manifestants qui ont commencé à tomber. Des avions ainsi que des hélicoptères américains ont survolé le secteur à basse altitude.

A Koufa, des partisans de Moqtada Sadr se sont emparés du commissariat de police et demandé aux policiers de partir.

Plusieurs heures après le début des incidents, des échanges de tirs étaient toujours entendus dans les deux villes saintes où vivent les plus prestigieux chefs chiites d’Irak et où des centaines d’élèves suivent une formation religieuse.

Agence France Presse

Commentaire

Le fait que les troupes de la coalition, et leurs auxiliaires irakiens, ouvrent le feu sur une foule de manifestants est révélateur d’un état d’esprit.

Il semble qu’en Irak tout contestataire soit assimilé à un "terroriste" et "bon à tuer". Ainsi, à Bassora, la police irakienne n’a pas hésité à ouvrir le feu sur des chômeurs qui manifestaient.

Dans ces circonstances, le discours officiel de la coalition, selon laquelle les troupes étrangères seraient en Irak "pour aider les Irakiens", n’a plus aucune crédibilité. Ces troupes ne sont manifestement qu’un instrument d’oppression et d’intimidation au service du gouvernement des Etats-Unis.

Au sein de ces troupes, de même qu’au sein des forces auxiliaires irakiennes, il règne, de toute évidence, un état d’esprit foncièrement hostile au peuple. On croit deviner que "le maintien de l’ordre" et la "lutte contre le terrorisme" sont censés y "justifier" n’importe quoi.

Après la fusillade de Najaf, la fermeture d’un périodique chiite, et les menaces précédemment proférées contre la population de Fallujah, les troupes d’occupation ne peuvent pas raisonnablement espérer établir des relations un tant soit peu "amicales" avec la population irakienne.

Le meilleur conseil qu’on puisse leur donner est de plier bagages pendant qu’il en est encore temps...

Frank BRUNNER

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