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mercredi 24 mai 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Haïti (4ème partie) : Du 1er avril 2004 au 31 août 2004
AP, 5 avril 2004

Première visite délicate pour Colin Powell en Haïti

Suivi d’un commentaire


Colin Powell, à l’aéroport de Port-au-Prince

PORT-AU-PRINCE (AP) - Cinq semaines après le départ du président Jean-Bertrand Aristide, le chef de la diplomatie américaine Colin Powell est attendu, lundi 5 avril 2004, en Haïti.

Objectif de cette visite, exhorter les nouveaux dirigeants du pays à ne pas confier de responsabilités aux chefs rebelles de l’insurrection de février, soupçonnés de violations des droits de l’Homme.

Haïti et Saint-Domingue


Le secrétaire d’Etat devait également rencontrer les commandants de la force internationale déployée en Haïti pour rétablir la stabilité après le départ du président déchu Aristide, le 29 février 2004.

Près de 2000 soldats américains se trouvent dans le pays, de même que des troupes françaises, canadiennes et chiliennes. Ces 3600 hommes doivent être remplacés par des soldats de maintien de la paix début juin 2004.

L’administration américaine fait pression depuis plusieurs jours sur les nouveaux dirigeants haïtiens, dont le Premier ministre Gérard Latortue : elle exige que les chefs de la rébellion ayant du sang sur les mains ne soient pas récompensés par des postes au gouvernement. Une dizaine de jours après son investiture, M. Latortue s’était affiché publiquement avec certains ex-rebelles, les qualifiant de "combattants de la liberté".

Le Premier ministre Gérard Latortue, en visite dans sa ville natale des Gonaives, le 20 mars 2004

Mais Washington est dans une position délicate en Haïti. Il est d’une part honni par les partisans de l’ancien président, qui l’accusent d’avoir chassé Aristide manu militari. L’administration américaine affirme qu’il a quitté le pays de son plein gré. Et, d’autre part, les rebelles lui reprochent d’exiger leur désarmement.

Lors de sa visite, Colin Powell devait également évoquer les efforts internationaux pour rétablir la stabilité dans le pays, ainsi que le transfert d’aide humanitaire.

Déjà tellement engagés en Afghanistan et en Irak, les Etats-Unis n’ont aucune intention de s’impliquer davantage en Haïti : Washington prévoit une conférence internationale des donateurs pour Haïti en juin.

US Marines à Port-au-Prince, le 3 avril 2004

De même, des efforts importants doivent être menés pour stabiliser la situation en Haïti, où les pillages n’ont pas cessé malgré le déploiement de la force internationale et le retour des policiers à leurs postes.

Quelques heures avant l’arrivée de Colin Powell, deux salariés d’une entreprise de produits surgelés ont été abattus à Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince, lors du cambriolage de leur société. Il a fallu plus de deux heures à la police pour réagir.

Associated Press

L’une des victimes d’une attaque à main armée, à Petionville, le 5 avril 2004

Commentaire

Une fois de plus, on constate que le gouvernement des Etats-Unis prétend dicter sa politique au gouvernement haïtien et se substituer à la volonté populaire en indiquant qui, selon lui, devrait faire partie du gouvernement haïtien, et qui ne devrait pas en faire partie... Ainsi, "les chefs rebelles" ne seraient pas dignes des responsabilités gouvernementales, tandis que celui qu’ils ont chassé du pouvoir était censé en être digne.

Le gouvernement intérimaire haïtien n’a pas d’ordre à recevoir du gouvernement des Etats-Unis et le Premier ministre haïtien n’a pas à se faire dicter, par le gouvernement des Etats-Unis, ses rapports avec la population haïtienne.

Le gouvernement des Etats-Unis s’efforce toujours de faire croire que ce sont les troupes étrangères qui auraient libéré Haïti, après le départ de Jean-Bertrand Aristide. En réalité, tout le pays était alors aux mains des insurgés et, dès le lendemain, ils faisaient leur entrée à Port-au-Prince.

A ce moment-là, les Américains se contentaient de "sécuriser" l’aéroport et d’occuper le palais présidentiel, précisément afin d’empêcher les Haïtiens de s’en emparer...

Guy Philippe et les libérateurs d’Haïti, devant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 1er mars 2004

Les insurgés des Gonaives ont effectivement participé à la libération d’Haïti, donnant à cette libération son impulsion initiale et conservant ensuite le contrôle de la ville jusqu’au départ du dictateur-gangster. Ainsi, Gérard Latortue s’est contenté de constater un fait en les reconnaissant comme des libérateurs.

Prise d’un poste de police, par les insurgés, aux Gonaives, le 11 février 2004

On ne voit pas pourquoi les authentiques libérateurs d’Haïti devraient être traités comme des parias par un gouvernement désireux d’unité nationale.

Allocution de Gérard Latortue, dans sa ville natale des Gonaives, le 20 mars 2004

Au demeurant, le jour où les anciens chefs de l’insurrection auront autant de "sang sur les mains" que le moraliste Colin Powell, il sera temps de s’en inquiéter...

Frank BRUNNER

Louis-Jodel Chamblain et Guy Philippe, à Cap-Haïtien, le 31 mars 2004

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