retour article original

vendredi 21 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Côte d’Ivoire
AFP, 21 août 2007

Côte d’Ivoire : Un an après, les déchets toxiques toujours d’actualité à Abidjan

par David YOUANT


Probo Koala

ABIDJAN (AFP) - Un an après leur déversement, les déchets toxiques continuent d’occuper le devant de la scène à Abidjan, où la dépollution n’a toujours pas été achevée, malgré les risques potentiels, et où l’indemnisation des victimes fait polémique au sein de la population.

Côte d’Ivoire


Lundi 20 août 2007 au soir, une équipe d’experts de trois sociétés ou cabinets internationaux envoyée par la multinationale Trafigura, affréteur du cargo Probo Koala qui a déchargé les déchets toxiques à la fin août 2006, est arrivée à Abidjan avec la mission de finir de dépolluer les sites contaminés. Selon les autorités ivoiriennes, la pollution a entraîné la mort d’au moins 15 personnes et intoxiqué plus de 100000 autres. Confiée à la société française Trédi et rapidement entamée, quelques semaines après le déversement des déchets, cette dépollution aurait du être achevée depuis longtemps. Mais elle a été interrompue, à la fin 2006, après que le gouvernement ivoirien eut arrêté de payer les travaux en cours. Selon Trédi, entre 2500 et 3000 tonnes de substances contaminées restaient encore à collecter.

Vue d’Abidjan

Depuis, la saison des pluies a favorisé l’écoulement des déchets restants, rendant complexes les opérations de dépollution restantes, et continuant de menacer les populations locales selon certains experts. Sur la quinzaine de sites contaminés, au moins quatre attendent toujours d’être dépollués : Djibi village, Abobo N’Dotré, la décharge des ordures ménagères d’Akouédo et la zone industrielle de Vridi. En février 2007, Trafigura et l’Etat ivoirien se sont mis d’accord : en échange de la libération de deux de ses cadres emprisonnés à Abidjan et de l’abandon des poursuites judiciaires entamées contre elle en Côte d’Ivoire, la première a versé près de 152 millions d’euros au second. Elle s’est également engagée à financer le reste de la dépollution, confiée à l’équipe d’experts arrivée sur place lundi 20 août 2007.

Une décharge de déchets toxiques à Abidjan

Accusé de laxisme et de complicité dans le déversement des déchets du Probo Koala, l’Etat s’est attiré le courroux des associations de victimes en s’octroyant d’abord plus des deux tiers de l’argent versé par Trafigura, puis en publiant une liste, selon elles largement erronée, de 95000 bénéficiaires. Le 29 juin, les autorités ont entamé la distribution de cet argent comme prévu, en dépit de manifestations sporadiques des associations de victimes, dispersées à chaque tentative par les forces de police. Samedi 18 août 2007, elles ont annoncé avoir indemnisé plus de 29000 victimes pour un montant de 6,5 milliards de FCFA (9,1 millions d’euros).

Des containers remplis de déchets toxiques attendent leur évacuation d’une décharge publique, à Abidjan, le 11 octobre 2006

L’affaire se poursuit par ailleurs sur le terrain judiciaire, en Europe, notamment à Londres, où un cabinet d’avocats a porté plainte contre Trafigura au nom de près de 5000 victimes ivoiriennes. Trafigura jure avoir "respecté toutes les procédures requises" et estime que les déchets du Probo Koala "n’ont pas pu causer les préjudices de grande ampleur, et encore moins les décès qu’on leur attribue", écrivent ses avocats dans un résumé de leur "ligne de défense" dont l’AFP s’est procuré une copie. Les avocats des victimes accusent de leur côté Trafigura d’avoir violé les règles internationales sur le transport de déchets toxiques, de les avoir déchargés en sachant qu’Abidjan n’était pas équipée pour les traiter, et estiment que les décès et intoxications en chaîne sont incontestables.

David YOUANT

Des Ivoiriens font la queue pour une consultation médicale, à l’hôpital Abobo d’Abidjan, le 17 septembre 2006

AUTEURS 

  • David YOUANT

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source