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AFP, 28 août 2007

Djibouti : Deux hauts responsables renvoyés en correctionnelle par une juge française, dans l’affaire Borrel

par Pierre-Marie GIRAUD


Bernard Borrel

VERSAILLES (AFP) - Deux hauts responsables djiboutiens, proches du président, Ismaël Omar Guelleh, sont renvoyés pour la première fois devant la justice française, dans le cadre du dossier de l’assassinat du juge Borrel, en 1995, à Djibouti, qui empoisonne les relations franco-djiboutiennes.

Djibouti


Le corps en partie carbonisé du juge Bernard Borrel avait été retrouvé, le 19 octobre 1995, en contrebas d’un ravin, à 80 km de Djibouti. Il travaillait, dans la cadre de la coopération, auprès du ministre de la Justice de Djibouti, ex-colonie française qui abrite la principale base militaire française en Afrique. Le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman, et le chef des services secrets, Hassan Saïd, sont renvoyés, pour le délit de "subornation de témoins", devant le tribunal correctionnel de Versailles, par une ordonnance du juge Magali Tabareau, datée du 20 août, a-t-on appris, lundi 27 août 2007, de source judiciaire. Cette magistrate de Versailles est chargée de l’information judiciaire ouverte pour "subornation de témoins" le 5 mai 2003. Des mandats d’arrêt internationaux, valant mises en examen, avaient été délivrés le 27 septembre 2006, par la justice française, contre ces deux responsables, soupçonnés d’avoir exercé des pressions et des menaces sur deux témoins djiboutiens. Des témoins ont en effet mis en cause, dans la mort du juge Borrel, le président et des dignitaires du régime de Djibouti.

Ismaël Omar Guelleh

Le premier témoin, visé par ces pressions, est un ex-membre de la garde présidentielle djiboutienne, Mohamed Saleh Alhoumekani, exilé en Belgique. Il avait affirmé, en décembre 1996, avoir entendu, le jour de la mort du juge, cinq hommes déclarer à l’actuel président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur, que le "juge fouineur est mort" et qu’"il n’y a pas de trace". Le second témoin, menacé de représailles sur sa famille, est Ali Iftin, l’ex-chef de la garde présidentielle. Egalement réfugié à Bruxelles, il avait affirmé que le chef des services secrets djiboutiens l’avait obligé à mentir. Ce dossier de subornation de témoins est l’un des volets de l’affaire Borrel. Interrogés par l’AFP, Me Olivier Morice et Laurent de Caunes, avocats de la veuve du juge Bernard Borrel, ont salué "cette première victoire judiciaire", puisque "la justice française renvoie devant le tribunal deux proches de l’actuel président djiboutien".

Djama Souleiman Ali

Le dossier d’assassinat est instruit par la juge parisienne Sophie Clément qui avait délivré, en octobre 2006, des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre des deux principaux suspects, deux repris de justice en fuite, Awalleh Guelleh et Hamouda Hassan Adouani, considérés comme de possibles exécutants de cet assassinat. Il y a deux mois, un ex-membre du renseignement militaire français a déclaré, devant la magistrate, que le juge Borrel avait été chargé, avant sa mort, par le ministre djiboutien de la Justice, d’enquêter sur "des trafics" auxquels Ismaël Omar Guelleh aurait alors été mêlé.

Hassan Saïd

Parallèlement à l’instruction de Sophie Clément, deux autres magistrates parisiennes, Fabienne Pous et Michèle Ganascia, enquêtent sur d’éventuelles pressions politiques sur la justice française. Elles avaient vainement tenté le 2 mai 2007, de mener une perquisition à l’Elysée, sous la présidence de Jacques Chirac, après avoir saisi, deux semaines auparavant de nombreux documents aux ministères des Affaires étrangères et de la Justice.

Pierre-Marie GIRAUD

Mohamed Saleh Alhoumekani

Ali Iftin

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