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10 septembre 2007

Algérie : Les attentats suscitent des critiques à l’encontre du gouvernement

Opinion

par Ben ALi


Le lieu d’un attentat, à Batna, le 6 septembre 2007

Deux terribles attentats ont secoué l’Algérie, ainsi que tous les Algériens, en l’espace de 48 heures : l’un à Batna, contre un cortège présidentiel, le jeudi 6 septembre, et l’autre à Dellys, le samedi 08 septembre, contre une installation des gardes côtes. Le bilan est tragique, puisque ces crimes odieux ont provoqué la mort de plus de cinquante Algériens ( allah yerharhoum) et en ont blessé plus d’une centaine. Dans la nuit de samedi 8 septembre à dimanche 9 septembre, « la branche Al-Qaida basée au Maghreb » a revendiqué ces actions monstrueuses, comme au mois d’avril ou encore en juillet 2007, lorsque des véhicules piégés avaient respectivement frappé Alger et Lakhdaria.

Algérie


Il est malheureux de constater que les cibles sont éloignées géographiquement et qu’elles peuvent être civiles ou militaires. Le mode opératoire reste le même, à l’exception de Batna, où un civil était dissimulé parmi la foule. Les autres crimes ont tous été commis avec des véhicules chargés d’explosifs, avec probablement un kamikaze à leur bord. Ces faits sont alarmants et peuvent susciter des interrogations pour tout Algérien. Comment, dans un pays comme l’Algérie, peut-on se procurer des quantités d’explosifs sans être inquieté ? Comment peut-on circuler à l’intérieur du territoire, avec ces explosifs, sans être gêné ? Comment peut-on viser des installations militaires (sites hautement sensibles), sans être repéré, avec un camion ? Comment un homme peut-il se promener avec un sac d’explosif à quelques mètres du cortège du Président de la République ? Les questions sont nombreuses et sans réponse, mais elles témoignent du désastre sécuritaire qui règne en Algérie depuis plus d’une quinzaine d’années.

Plusieurs centaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens ont péri dans leur pays. Des millions de gens ont été déplacés, et sans doute une dizaine de milliers de personnes a disparu. La tragédie se poursuit et l’Algérien ne peut toujours pas prétendre à la sécurité chez lui, un droit fondamental, inaliénable, qui doit être assuré par l’Etat.

Le lieu d’un attentat, à Batna, le 6 septembre 2007

Pour réagir aux attentats, les hautes autorités ont affirmé que : « les terroristes suivent des intérêts étrangers, des capitales étrangères et des dirigeants étrangers » qui chercheraient à compromettre un retour en force de l’Algérie sur la scène internationale. De tels propos, dans un tel contexte, sont indigents et révèlent ouvertement à toute personne sensée le déni des dirigeants à l’égard du peuple. On voudrait nous faire croire qu’une force étrangère cherche à nous déstabiliser. C’est tout simplement grotesque et sans intérêt. Quant à prétendre que l’Algérie est de retour sur la scène internationale, cela relève de l’affabulation, compte tenu de l’état de déliquescence du pays sur le plan intérieur.

Il est révoltant d’entendre ce langage de bois alors que des Algériens meurent chaque jour. L’Etat doit prendre définitivement ses responsabilités et plus particulièrement sur le plan sécuritaire. Les responsables de la sécurité intérieure ont échoué, qu’ils soient civils ou militaires et plus particulièrement le général Tewfik et tous ses nervis qui devront tôt ou tard rendre des comptes aux Algériens. La situation est devenue extrêmement grave et le contexte sécuritaire n’a pas évolué. L’urgence actuelle est de préserver des vies, celles de millions d’Algériens qui vivent dans un climat de tension, de peur, dans un pays où les droits les plus élémentaires ne sont pas respectés, dans un pays où des meurtriers sanguinaires circulent librement avec des explosifs. La sécurité, au premier plan de tous les droits, n’a jamais été assurée. Le droit à la vie n’existe pas. Pourtant, chaque Algérien a droit à la vie, à la liberté, et à la sûreté de sa personne.

Le lieu d’un attentat, à Dellys, le 8 septembre 2007

La situation du pays est désastreuse, alors qu’il regorge de richesses et de compétences humaines. Le pays continue d’engranger des bénéfices colossaux, grâce aux hydrocarbures. L’Algérie repose sur un matelas financier de plus de 100 milliards de dollars. Le pays n’enregistre que les recettes des hydrocarbures. Notre économie intérieure se résume à un système inflationniste. La pauvreté sévit toujours et l’approche du ramadan rend très anxieux de nombreux Algériens, en raison de la flambée des prix de plusieurs produits de consommation de base. Certains vous diront que’on peu faire des affaires juteuses en Algérie et y vivre convenablement avec quelques millions de dinars par mois, soit quelques centaines d’euros, soit l’équivalent du RMI (revenu minimum d’insertion) en France. Malheureusement plus de la moitié de la population ne vit pas dignement. La santé, telle qu’elle est définit par l’Organisation mondiale de la santé, se résume à « un état de bien être physique, mental et social ». Chaque Algérien devrait pouvoir y prétendre. La santé est une affaire individuelle. Elle se gère au quotidien. L’éducation n’est même plus d’actualité puisqu’il ne sert à rien d’étudier dans un pays sans avenir où les écoles sont à la dérive. La justice est tellement gangrénée par la corruption, que plus personne n’y croit. Le sport n’a plus sa place. Notre chère équipe nationale de football en fait les frais. Elle ne joue même plus ses matchs amicaux à domicile. Les joueurs ne touchent pas leurs primes de match et doivent endosser des équipements comparables à de la contrefaçon au niveau de la qualité. L’insécurité, la pauvreté ainsi que la corruption sont les pires ennemis du peuple.

Le lieu d’un attentat, à Dellys, le 8 septembre 2007

L’Etat, à tous les niveaux, a montré son incompétence totale à gérer le pays. Certains servent leurs intérêts avant de servir la nation. Les hommes qui dirigent doivent prendre leurs responsabilités. Le pays souffre, il agonise sous toutes ses formes et la situation n’est pas près d’évoluer, sans un changement radical dans toutes les sphères du pouvoir. Des mesures draconiennes s’imposent et passent par la mise à l’écart de tous ceux qui nuisent actuellement au pays. Seules une dénonciation publique des véritables maux du pays et une transparence totale peuvent permettre, en Algérie, d’opérer une épuration de grande envergure d’un système dépassé, pour en adopter un qui devra être basé sur la probité, l’équité et la justice.

Ben ALi

Manifestation contre le terrorisme, à Alger, le 9 septembre 2007

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