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mercredi 26 avril 2017
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Le Monde, 17 septembre 2007

Informations internationales : La Convention des Nations Unies contre la désertification reste en panne

Suivi d’un commentaire

par Gaëlle DUPONT


Des acacias albida

La conférence de Madrid, qui s’est achevée samedi 15 septembre 20007, devait marquer la relance de la Convention des Nations Unies contre la désertification (UNCCD). Elle se termine pourtant sur un échec, les 191 pays membres n’ayant pas réussi à s’accorder sur une augmentation de son budget, en raison de l’opposition des Etats-Unis et du Japon. Le plan stratégique adopté par les pays signataires, qui définit de grands objectifs à dix ans, est dépourvu de financement et sans valeur contraignante.

Un acacia


"Il y a une contradiction évidente entre la volonté affichée de redynamisation et l’absence d’accord sur les moyens", regrette Marc Bied-Charreton, président du comité scientifique français sur la désertification. "Un milliard de personnes et 40 % des terres sont menacées, et le seront encore plus à l’avenir, à cause du réchauffement climatique. C’est une grande menace pour la sécurité du monde, mais on dirait que personne ne s’en rend compte." "Certains considèrent que la désertification est un phénomène lointain, qui ne concerne que quelques régions du monde, renchérit Rajeb Boulharouf, porte-parole de la convention. Ils font fausse route, car la perte de terres arables génère des flux migratoires considérables." L’appauvrissement des sols résulte à la fois de mauvaises pratiques agricoles (cultures et élevages trop intensifs, surexploitation des ressources en eau) et des changements climatiques.

Une branche d’acacia

L’UNCCD a, jusqu’à présent, été le parent pauvre des conventions nées au Sommet de la Terre de Rio, en 1992, bien que les solutions techniques de lutte soient connues (végétalisation des sols sensibles à l’érosion, stockage des eaux de pluie, utilisation de petites doses d’engrais et de semences sélectionnées). Elle souffre notamment d’un déficit scientifique. "Nous ne disposons pas de paramètres viables, pour mesurer la progression ou le recul de la désertification, comparables aux émissions de gaz à effet de serre ou aux listes taxinomiques", relève M. Boulharouf. Mais d’autres causes surtout expliquent son échec. "D’une part, les paysans confrontés au problème sont des gens pauvres, démunis techniquement. D’autre part, les gouvernements locaux n’ont pas pris la mesure de l’importance du problème", affirme M. Bied-Charreton. Et la part de l’aide publique au développement affectée aux ressources naturelles et à l’agriculture est en baisse constante.

Gaëlle DUPONT

Un aperçu des épines de l’acacia

Commentaire

Pour lutter contre la désertification, une méthode efficace et écologique consiste à planter des Acacias albida. Il s’agit d’un arbre adapté au désert et présentant des qualités remarquables, notamment en raison de sa capacité à produire de l’azote en s’associant à des bactéries vivant dans le sol.

Des nodules de rhizobium sur des racines

Science et Vie d’octobre 1990 expliquait que l’azote est un élément chimique indispensable à la vie. Il entre dans la composition des acides aminés, ces molécules organiques qui constituent les protéines de tous les organismes vivants. L’azote est un corps simple et gazeux, incolore et inodore. « Chaque année, un champ français absorbe, en moyenne, 188 kg par hectare d’engrais azotés épandus sur les cultures, alors qu’une même superficie de terre africaine en reçoit seulement 4 kg. » Mais les pays pauvres « ont la possibilité d’exploiter un phénomène naturel : la fixation biologique de l’azote de l’air par certaines plantes tropicales qui utilisent les services de bactéries du genre rhizobium. »

Les fleurs de l’acacia

Ces rhizobia ont été découverts à 35 mètres de profondeur, alors que ce genre de « bactéries vivent habituellement dans les deux premiers mètres du sol, en symbiose avec les racines des plantes. A ces faibles profondeurs, elles s’associent à la famille des légumineuses (luzerne, pois, soja, arachide) pour former des excroissances appelées nodules, qui captent l’azote de l’air afin de le transformer en amoniac. Sous sa forme amoniacale, l’azote peut être absorbé par la plante, qui dispose ainsi d’une source d’engrais intarissable, et non polluante, à la différence des nitrates, qui envahissent les nappes phréatiques. » Durant son jeune âge, les racines de l’Acacia albida sont colonisées par les rhizobia, qui concourent à sa croissance. Quand l’arbre vieillit, les racines descendent dans le sol, à la recherche d’eau. Les rhizobia peuvent vivre jusqu’à une profondeur de 35 mètres. Ces bactéries sont des bradyrhizobia à croissance lente.

Les fruits de l’acacia

En raison de cette symbiose avec les rhizobia, et de l’enrichissement du sol qui en résulte, « une plantation de mil sous un Acacia albida fait plus que tripler les rendements protéiques de la plante. Par exemple, une culture de mil classique fournit 52,2 kg de protéines par hectare, tandis qu’une culture de mil sous couvert d’acacia permet d’en récolter 179 kg. En effet, l’arbre enrichit non seulement le sol en azote par ses racines, mais favorise la croissance des plantes grâce aux six autres éléments minéraux que contiennent les feuilles mortes : le calcium, le potassium, le magnésium, le sodium, le phosphore et le soufre. Bref, de l’engrais vert tombant du ciel. »

Les fruits de l’acacia

L’Acacia albida « présente un atout supplémentaire : il est le seul au monde à perdre ses feuilles à la saison des pluies, tandis qu’il se couvre de vert à la saison sèche. Ainsi, l’apport d’éléments minéraux coïncide avec le début des semis (saison des pluies), tandis que l’ombrage crée, en période sèche, un microclimat qui protège les cultures sous-jacentes. Le résultat est un abaissement de la température ambiante, ce qui diminue de moitié les pertes d’eau par évaporation au niveau du sol. »

Un acacia

Le Petit Larousse nous précise que "L’azote, bien qu’il constitue environ 80 % de l’air atmosphérique, ne peut être assimilé directement que par les quelques cyanophycées et bactéries dites autotrophes. Mais l’azote des composés contenus dans les excréments et les cadavres subit dans le sol une série de transformations bactériennes d’où résultent des nitrates, que peuvent absorber les racines des plantes. Le feuillage des plantes produit de l’azote. Ainsi se referme le "cycle de l’azote".

Frank BRUNNER

Un acacia

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source