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mercredi 21 juin 2017
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Tribune de Genève, 21 septembre 2007

Corruption : Le coût de la politique des petits copains en ville de Genève

Suivi d’un commentaire

par Jérôme FAAS


Vue de Genève

La Ville de Genève sait se montrer généreuse. Alinghi, Cinélac, le Cirque Knie, l’UBS, 87 cafés-restaurants, 13 coiffeurs, 19 pharmacies, entre autres, ont bénéficié, en 2006, de subventions en nature. Les services de l’ex-magistrat André Hediger leur ont gracieusement offert l’usage du domaine public pour des manifestations, stands et empiétements divers. Montant du cadeau : 6 millions de francs suisses.

Suisse


Un rude réveil attend les entreprises privées. Etudiant les comptes 2006, le Conseil municipal a fort peu goûté ces largesses. Et Pierre Maudet, le nouveau conseiller administratif [ministre de la ville] en charge du domaine public, s’apprête à serrer la vis. « En 2008, tout sera remis en cause. Il n’y aura plus de renouvellements tacites d’exemption de taxes. » Un juste retour des choses, selon l’ancienne élue socialiste Christiane Olivier, qui avait levé le lièvre en commission des finances. « Rien ne me semble justifier la cession gratuite du domaine public à des manifestations à but commercial. Je ne vois pas pourquoi la Ville se priverait d’un revenu. »

Christiane Olivier

Bien sûr, la plupart de ces 1209 exonérations, listées dans un document de 36 pages, sont défendables. Rien d’anormal à ce que la Ville aide les maisons de quartier, les syndicats, les partis politiques ou les associations. Pierre Maudet continuera d’ailleurs à les soutenir et favorisera « les événements culturels et festifs ». Il tentera surtout de définir des critères précis débouchant sur des exemptions. Critères inexistants jusqu’alors. Exemple : en 2006, le Cirque Knie, qui devait théoriquement s’acquitter de 1,15 million de francs pour résider sur la plaine de Plainpalais, n’a rien payé. En revanche, il versait une redevance équivalant à 3 % de son chiffre d’affaires. « Pourquoi ce pourcentage, d’où vient-il, c’est impossible à dire », relève Pierre Maudet. André Hediger, injoignable, n’a pu apporter aucun éclairage à ces interrogations.

André Hediger

Les gratuités accordées à Cinélac (57000 francs), au Team Alinghi (80070 francs), aux cirques Nock (553000 francs) ou Pajazzo (103000 francs) soulèvent autant de questions. Vacheron Constantin a bénéficié de 2756 francs d’abattement, la BNP Paribas de 1053 francs, British American Tobacco de 1744 francs. Les sommes sont minimes, mais le principe surprend. Alors, normal ou pas ? « Cette liste ne nous apprend pas grand-chose, explique Pierre Maudet. L’activité déployée par les subventionnés n’apparaît nulle part. Cela reflète d’ailleurs un manque de transparence. » Si l’UBS organise « une soupe populaire ou une manifestation caritative », le radical n’hésiterait pas à lui accorder la gratuité. Mais impossible, pour l’heure, de savoir exactement ce que recouvrent ces 1209 rabattements octroyés en 2006. C’est précisément à ce travail de fourmi que s’est attelé le magistrat, à raison de « vingt dossiers par jour. »

Jérôme FAAS

Pierre Maudet

Commentaire

Le comportement de Christiane Olivier n’a pas dû manquer de susciter l’indignation vertueuse de tous les ripoux du milieu politicard genevois. Vous vous rendez compte ? Elle a dénoncé des magouilles, au lieu de pratiquer l’omerta comme il se doit entre altruistes dévoués au bien public. Elle a jeté le discrédit sur les institutions. Elle a contribué à alimenter le "tous pourris" du Café du commerce. Elle a terni l’image de la Genève internationale. Au bûcher, la sorcière !

Frank BRUNNER

Vue de Genève

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