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mercredi 26 avril 2017
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Palais de l’Elysée, 26 septembre 2006

Informations internationales : Allocution de Nicolas Sarkozy devant l’Assemblée générale de l’ONU

par Nicolas SARKOZY


L’Assemblée générale de l’ONU

C’est la première fois que je m’exprime au nom de la France à cette tribune. Il s’agit, pour moi, d’un instant solennel, d’un instant émouvant. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces hommes, avant nous tous, et toutes ces femmes qui, dans un des moments les plus tragiques pour l’humanité, où le monde risquait de sombrer dans la barbarie, des femmes et des hommes, trouvant cette fatalité insupportable, ont su opposer à la force, à la violence, à la barbarie, la justice et la paix. C’est alors que naquit l’Organisation des Nations Unies.

Nicolas Sarkozy


L’Organisation des Nations Unies, ce n’est pas une simple construction politique, ce n’est pas une simple construction juridique, c’est un réveil de la conscience humaine contre tout ce qui menace de détruire l’humanité. Je n’ai jamais cru que l’ONU pourrait un jour extirper la violence qui est dans l’Homme. Mais ce que je sais au plus profond de moi, c’est que, malgré tous ses échecs, sans l’ONU, nous n’aurions jamais pu mettre un terme à des conflits qui paraissaient sans issue. Souvenez-vous du génocide du Cambodge, ce peuple martyrisé par ses bourreaux ; l’indépendance de la Namibie ; l’indépendance de Timor. Regardez la région des Grands Lacs et en Afrique de l’Ouest. Et sans l’ONU le monde aurait peut-être connu une troisième guerre mondiale sans doute plus effroyable encore que les deux précédentes. La France est convaincue que l’ONU est le seul remède que nous ayons à dresser contre l’aveuglement et la folie qui parfois s’emparent des hommes.

Les ossements des victimes des Khmer Rouges découverts dans une fosse commune, à Choeung Ek, au Cambodge, en 1980

Le message que je veux vous adresser au nom de la France est simple : dans ce monde où le sort de chacun de nous dépend de celui des autres, l’ONU ne doit pas être affaiblie, l’ONU doit être renforcée. Et la réforme de l’ONU, pour l’adapter aux réalités de ce monde, est, pour la France, une priorité absolue. Nous n’avons pas le temps d’attendre. C’est à l’échelle planétaire qu’il faut poser et résoudre les problèmes du monde. Personne, sur la Terre, ne peut se mettre tout seul à l’abri des conséquences du réchauffement climatique, du choc des civilisations, des grandes épidémies. Contre les égoïsmes, contre les fanatismes, contre la haine, nous avons le devoir de renouveler l’appel à la conscience universelle qui a déjà permis que, pour la première fois dans l’Histoire, tous les peuples du monde, toutes les nations, acceptent de se réunir dans une enceinte commune, pour se parler par-delà tout ce qui nous divise.

Le trou d’ozone au-dessus de l’Antarctique, le 23 août 2006

Cet appel à la conscience universelle, c’est un appel à la paix. C’est un appel à l’ouverture. C’est un appel à la diversité. C’est un appel à la responsabilité. Et c’est un appel à la justice. La France a toujours cherché à être plus grande pour les hommes que pour elle-même. La France, comme toutes les nations a, au cours de sa longue histoire, commis des erreurs et même parfois des fautes. Mais le peuple français a toujours choisi le camp de la liberté et celui de la démocratie. La France est fidèle à ses amis et aux valeurs qu’elle partage avec eux. Mais la France veut dire que cette fidélité n’est pas une soumission, cette fidélité n’est pas un enfermement. Cette fidélité, la France veut la mettre au service de l’ouverture aux autres. Je veux dire au monde que la France restera disponible pour parler avec chacun dans le monde, sur tous les continents.

Scène de torture à la prison d’Abou Ghraib, en Irak

Je veux dire aussi que l’ouverture ce n’est pas la démission, que la compréhension ce n’est pas la faiblesse. La faiblesse et la démission ne sont pas des facteurs de paix, mais des facteurs de guerre. La France et l’Europe en ont éprouvé, jadis, les conséquences tragiques pour elles-mêmes et pour le monde. Quand on est faible et soumis, alors on se prépare à accepter la guerre. Et nous avons tous le devoir de faire en sorte que cela ne recommence jamais. Il n’y aura pas de paix dans le monde, si la communauté internationale transige avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et avec les droits de l’homme. Il n’y aura pas de paix dans le monde, si la communauté internationale n’a pas une volonté farouche de lutter contre le terrorisme. Il n’y aura pas de paix dans le monde, si la communauté internationale n’est pas unie dans la volonté d’en finir avec les guerres au Moyen-Orient, dans la volonté d’en finir avec l’horreur du Darfour, avec la tragédie libanaise ou avec le drame humanitaire de la Somalie.

Une façade criblée d’impacts de projectiles, à Mogadiscio, en Somalie, le 21 juillet 2006

Je veux le dire, en pesant mes mots : il n’y aura pas de paix dans le monde, si la communauté internationale fait preuve de faiblesse face à la prolifération des armements nucléaires. L’Iran a droit à l’énergie nucléaire à des fins civiles. Mais, en laissant l’Iran se doter de l’arme nucléaire, nous ferions courir un risque inacceptable à la stabilité de la région et à la stabilité du monde. Je veux dire, au nom de la France, que cette crise ne sera résolue que si la fermeté et le dialogue vont de pair. C’est dans cet esprit que la France agira.

Vue des installations nucléaires d’Arak, en Iran

Je veux dire, au nom de la France, qu’à la volonté de puissance qui, sans cesse, menace de rompre l’équilibre si fragile de la paix, la communauté internationale a le devoir d’opposer son unité sans faille et sa détermination à faire prévaloir le droit. Je veux dire, au nom de la France, qu’il n’y aura pas de paix dans le monde, sans le respect de la diversité, sans le respect des identités nationales, sans le respect, -j’ose le mot-, des religions et des croyances, sans le respect des cultures. L’attachement à sa foi, à son identité, à sa langue, à sa culture, à une façon de vivre, de penser, de croire. C’est légitime et c’est profondément humain. Le nier, c’est nourrir l’humiliation. Ce serait donner raison au nationalisme, au fanatisme, au terrorisme. On n’évitera pas le choc des civilisations en imposant à tous les peuples de penser et de croire la même chose.

Bain rituel à Benares, en Inde

La France entend poursuivre, avec tous les hommes de bonne volonté, le combat pour construire le nouvel ordre mondial du 21e siècle. Nous voulons un Liban qui puisse vivre indépendant et nous disons que la France sera toujours aux côtés du Liban dans sa volonté d’indépendance. Nous voulons que, demain, Israéliens et Palestiniens trouvent en eux-mêmes la force de vivre en paix. La paix est possible. Elle est possible maintenant et nous y mettrons toute notre énergie. Nous voulons la coexistence pacifique des grandes religions, pour vaincre les intégrismes et les fanatismes.

Le mur des Lamentations et la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem

Mais je veux dire avec gravité qu’il y a trop d’injustices dans le monde pour que le monde puisse espérer vivre en paix. Les fondateurs de l’ONU savaient qu’on lit l’avenir du monde dans le regard de l’enfant martyrisé, de l’enfant qui a faim, de l’enfant qui voit ses parents humiliés, de l’enfant qui, depuis sa naissance, n’a connu que la guerre, de l’enfant qu’on a arraché à sa maison, à sa patrie, à sa famille. Parce que, dans le regard désespéré de cet enfant là, il n’y a pas simplement de la souffrance, il y a toutes les guerres, toutes les révoltes qui demain ensanglanteront le monde.

Arrestation d’un enfant d’immigrés clandestins, en France

Regardons notre monde tel qu’il est. Regardons ce que nous en avons fait. Avons-nous assez voulu que notre monde devienne plus juste ? La réponse est non. Avons-nous assez agi pour cette justice ? La réponse est non. Lorsque le mur de Berlin est tombé, nous avons tous rêvé que l’histoire cesserait d’être tragique. Regardons notre monde tel qu’il est, afin de le rendre meilleur. Jugeons notre monde à l’aune de la justice. La justice, c’est que les Palestiniens retrouvent un pays, et construisent un Etat. La justice, c’est que le peuple israélien ait le droit de vivre en sécurité. La justice, c’est que le peuple libanais retrouve sa liberté. La justice, c’est que le peuple irakien, dans sa diversité, trouve en lui-même le chemin de la réconciliation et de la démocratie. La justice, c’est que le pays en développement auquel on voudrait imposer des règles environnementales, alors que les habitants ont à peine de quoi manger, soit aidé pour les mettre en place. La justice, c’est qu’on ne puisse pas exploiter les ressources d’un pays sans en payer le juste prix.

Des chercheurs de diamants en Guinée

Regardons notre monde en face. Jamais il n’y a eu autant de phénomènes de rente qui concentrent autant de profits sur quelques grands groupes. Il y a, dans le monde, et jusque dans les pays les plus riches, une multitude d’hommes et de femmes, qui n’ont même plus l’espoir de sortir un jour de leur détresse matérielle et morale. Alors, pour terminer, je veux m’adresser à la conscience de tous ceux qui ont une responsabilité dans la conduite des affaires du monde. Parce que, si nous ne le faisons pas, les pauvres et les exploités se révolteront un jour contre l’injustice qui leur est faite.

Un terrassier au Bénin

C’est d’un nouvel état d’esprit dont le monde a besoin. C’est un véritable New Deal à l’échelle planétaire qui est nécessaire. Un New Deal écologique et économique. Au nom de la France, j’appelle tous les Etats à se réunir pour fonder le nouvel ordre mondial du 21ème siècle, sur cette idée forte que les biens communs de l’humanité doivent être placés sous la responsabilité de l’humanité toute entière. Au nom de la France, je lance un appel solennel aux Nations Unies pour que, dans ce siècle marqué par le retour de la rareté, elles se donnent les moyens d’assurer à tous les hommes, à travers le monde, l’accès aux ressources vitales, de l’eau, de l’énergie, de l’alimentation, des médicaments, et de la connaissance. Je lance un appel solennel aux Nations Unies pour qu’elles prennent en main la question d’une plus juste répartition des profits, de la rente des matières premières, des rentes technologiques. Je lance un appel solennel aux Nations Unies pour qu’elles prennent en main la moralisation du capitalisme financier. Je lance un appel aux Nations Unies pour aller plus loin dans la lutte contre la corruption qui mine des pays qui souffrent et qui sont trop pauvres.

Un enfant qui travaille, à Kaboul, en Afghanistan

Il faut que les choses changent, que les mentalités changent, que les comportements changent. C’est notre responsabilité. C’est notre responsabilité maintenant, parce que demain il sera trop tard, parce que, sinon, nous verrons ressurgir toutes les menaces que les hommes de l’après-guerre croyaient avoir conjurées. Ne prenons ce risque à la légère. Peuples du monde, ensemble nous pouvons construire un avenir meilleur pour tous les hommes. Il ne dépend que de nous, de notre capacité à être fidèles aux valeurs au nom desquelles nous sommes réunis ici aujourd’hui. Vous l’avez compris, la France pense que nous n’avons plus le temps d’attendre. La France demande l’action, la France encourage l’action, la France sera au rendez-vous de l’action au service de la paix dans le monde.

Nicolas SARKOZY

Une Française expulsée de son domicile

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source