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lundi 22 mai 2017
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24 heures.ch, 27 septembre 2007

Corruption : Un policier lausannois dénonce des ripoux

par Nicolas VERDAN


Vue de Lausanne

Sous couvert d’anonymat, un cadre de police secours, à Lausanne, en Suisse, livre à la justice le nom d’un collègue qui aurait commis des « exactions et des abus d’autorité ». Il accuse sa hiérarchie d’avoir couvert ces actes.

Suisse


« Vous vouliez des noms pour travailler, en voilà... » La lettre, datée du 25 septembre 2007, est adressée au ministère public de l’Etat de Vaud. Signée « un cadre de police secours », elle dénonce « les exactions et abus d’autorité réitérés » d’un membre de la police lausannoise. Le corbeau qui se rend facilement reconnaissable en affichant ses états de service -chef de patrouille, douze ans de métier- livre à la justice le nom d’un de ses collègues, coupable, selon lui, d’infractions pénales. Plus grave, le délateur estime que ses chefs ont couvert le collègue incriminé. « Le chef de section en a informé la hiérarchie, lit-on dans la lettre anonyme, le (... nom masqué) et son remplaçant (... nom masqué). Ces officiers ont porté cette affaire devant le (... nom masqué). Couvrant ces infractions pénales à la justice, ce dernier s’est contenté d’ordonner une rocade des directions des quatre sections, et la mutation de ce collègue dans une autre section. Il est toujours actif et dysfonctionne toujours. »

Un poste de police à Lausanne

L’absence de noms, sur la copie qui nous est parvenue, n’en laisse pas moins deviner que le corbeau pointe du doigt la haute hiérarchie de la police. Le policier délateur précise les raisons qui l’auraient empêché, jusqu’à aujourd’hui, de dénoncer les faits à la justice : « La direction despotique, à l’origine de l’omerta dont parle la presse, m’aurait réglé mon compte. » Il explique encore son anonymat par la crainte d’être accusé « d’avoir fait entrave à l’action pénale », en n’ayant pas dénoncé « ces graves fautes pénales ».

Des policiers lausannois

Jacques Antenen, juge d’instruction cantonal, a également reçu copie de la lettre du chef de patrouille lausannois. Il nous l’a confirmé le 26 septembre 2007 au soir. Pour l’heure, il a besoin d’un bref temps de réflexion : « Il est trop tôt pour dire si une enquête sera ouverte » à partir de ce courrier anonyme. Une décision devrait être prise en début de semaine prochaine.

Nicolas VERDAN

Des policiers lausannois en patrouille

Une suite d’affaires depuis cinq ans

AOÛT 2003 : La police municipale de Lausanne est secouée par l’arrestation de deux inspecteurs de la police judiciaire qui fréquentaient le milieu de la nuit. On évoque alors plusieurs chefs d’accusation, notamment celui de corruption passive. Une affaire pendante qui n’a pas encore abouti au tribunal.

NOVEMBRE 2003 : L’ancien chef de la police judiciaire est remplacé, après l’ouverture d’une enquête pénale pour abus d’autorité. Une dénonciation sortie en marge d’un précédent audit interne, mené alors au sein de la police judiciaire. Contrairement à celui d’aujourd’hui, le résultat de cette démarche, réalisée avec le concours de la société de consultants externes Mercuri Urval, est toujours resté confidentiel.

JUILLET 2005 : Le chef de la police judiciaire municipale démissionne, à la surprise générale et pour des raisons sibyllines, un an après sa nomination.

JUIN 2006 : Carambolage en ville de Lausanne. Quatre voitures en stationnement sont tamponnées par un automobiliste. Ce dernier n’est autre que le chef de la police judiciaire municipale, en état d’ébriété. Suite à cette affaire, il sera limogé de la police.

JUIN 2006 : Un policier contrôlé se voit retirer son permis de conduire. Un événement resté discret, qui intervient moins d’un mois après l’accident d’un cadre supérieur.

SEPTEMBRE 2007 : Révélations publiques sur l’audit interne mené au sein de police secours entre 2005 et 2007, par la collecte de témoignages anonymes.

Vue de Lausanne

L’audit diffusé par la ville de Lausanne

Quatre jours après les révélations sur l’audit mené au sein de police secours, la Municipalité lausannoise a annoncé, le 26 septembre, sa mise en ligne sur le site internet de la ville. Elle estime que « le public doit avoir accès au rapport final signé par le groupe de travail ». La version a été diminuée de douze pages par rapport à celle mise en ligne, lundi 24 septembre 2007 déjà, par Patrick de Preux. Selon l’exécutif, les modifications apportées portent sur la forme, et non sur le fond.

Vue de Lausanne

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