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Le Figaro, 3 octobre 2007

Corruption : Les dirigeants d’EADS accusés de délit d’initié

Suivi d’un commentaire

par Anne SALOMON


Un Airbus A 380

L’Autorité des marchés financiers vient de transmettre au parquet de Paris un document accablant pour les groupes Lagardère, DaimlerChrysler, actionnaires d’EADS, ainsi que pour les principaux dirigeants du groupe européen et de sa filiale Airbus. Cette « note préliminaire », dont Le Figaro a pris connaissance, conclut à un délit d’initié massif commis entre novembre 2005 et mars 2006, avant que les difficultés d’Airbus soient rendues publiques et que l’action EADS s’effondre.

Arnaud Lagardère


Au départ, l’Autorité des marchés financiers avait débusqué près de 1200 initiés ayant vendu plus de 10 millions de titres EADS entre mai 2005 et juin 2006 et empoché près de 90 millions d’euros de plus-values. Mais, dans un souci de rapidité, l’autorité de marché a décidé de se concentrer sur les seuls hauts dirigeants d’EADS et d’Airbus et les actionnaires du premier, soit vingt et une personnes au total.

Manfred Bischoff

Le gendarme de la Bourse souligne dans sa note « le caractère concomitant et massif » des ventes effectuées par les cadres. Celles-ci ont été opérées au cours de deux périodes autorisées par le règlement interieur d’EADS : entre le 9 novembre et le 29 novembre 2005 puis entre le 8 mars et le 24 mars 2006, soit bien avant la cession des 15 % d’EADS détenus par DaimlerChrysler et le Groupe Lagardère et l’alerte sur les résultats d’EADS. Pour l’Autorité des marchés financiers, il est clair que ces cessions n’auraient pas été réalisées si les nouvelles avaient été bonnes. D’ailleurs, quatorze des vingt-et-un membres des comités exécutifs d’EADS et d’Airbus n’avaient jamais vendu d’actions avant novembre 2005, preuve de « l’absence de confiance dans la poursuite de la progression du cours ».

Noël Forgeard

Les deux autres présumés initiés, DaimlerChrylser et Lagardère, qui vendent chacun 7,5 % du capital d’EADS le 4 avril 2006, le font d’une façon étrange aux yeux de l’Autorité des marchés financiers. Les deux groupes choisissent une vente à terme, c’est-à-dire réalisée en 2007 pour bénéficier de nouvelles mesures fiscales favorables, mais sur la base des cours de 2006. Le fait de ne pas attendre 2007 pour vendre au comptant « témoigne d’une anticipation par les deux actionnaires d’EADS d’une baisse future du cours ».

Thomas Enders

En réalité, les difficultés rencontrées par Airbus dans la fabrication de ses nouveaux long-courriers, l’A 380 et l’A 350, sont évoquées dès le mois de juin 2005, lors d’un conseil d’administration d’EADS. Des projections de résultats à moyen et long terme sur 2006-2008 amènent alors le groupe à lancer un plan de réduction de ses coûts. Le directeur financier d’EADS, Hans Peter Ring, fait remarquer, lors de cette réunion, qu’à elle seule l’augmentation des frais de recherche et développement ferait perdre 4 à 5 euros au titre si elle était rendue publique.

Fabrice Bregier en compagnie de Hans-Peter Ring, Louis Gallois et Geoff Lloyd

Mais, le 10 octobre 2005, les dirigeants d’Airbus constatent, devant ceux d’EADS, que leurs prévisions de résultats restent très inférieures aux attentes du marché. Afin d’éviter une éventuelle catastrophe boursière, EADS demande alors à sa filiale de répartir ses coûts sur trois exercices. C’est un changement de méthode comptable qui permettra d’anticiper en 2005 et 2006 une partie des surcoûts de production de l’A 380. Cette petite modification permet d’alourdir de 100 puis 200 millions d’euros les bilans 2005 et 2006 d’Airbus et d’augmenter d’autant le résultat de 2007. Autre élément à charge, en décembre 2005, le management d’EADS va présenter son business plan à l’État, son actionnaire à 15 % représenté par l’APE (Agence des participations de l’État). À l’issue de cette réunion, une note est envoyée au ministre des finances, Thierry Breton, pour l’inciter à vendre au plus vite une partie de ses actions.

Thierry Breton

Autre découverte des enquêteurs : en février 2006, le comité central d’entreprise d’Airbus est informé de l’arrêt d’une chaîne d’assemblage et de la révision du programme de production. En mars 2006, un nouveau comité des actionnaires d’Airbus aborde la question des retards de livraisons pour 2007. Noël Forgeard confie aux enquêteurs qu’il « pense avoir évoqué » ces problèmes avec Arnaud Lagardère, lors d’un voyage en avion. L’alerte sur les résultats d’EADS n’interviendra que le 13 juin 2006.

Jean-Paul Gut

Pour l’Autorité des marchés financiers, cela ne fait guère de doute : « La prise de conscience par les dirigeants d’Airbus et d’EADS et les actionnaires de ce dernier de la dégradation de la marge puis du résultat opérationnel d’Airbus et d’EADS à compter de 2007 a constitué la motivation essentielle des cessions massives de titres constatées à partir de novembre 2005 ». Autrement dit, le gendarme des marchés n’a été convaincu par aucun des protagonistes de cette affaire. Entendus par les enquêteurs, ils avaient tous nié avoir une connaissance précise des difficultés d’Airbus. En attendant le point final de son enquête et la mise en oeuvre de sa propre procédure de sanction, nul doute que ces nouveaux éléments permettront à la juge d’instruction Xavière Simeoni de faire avancer ses propres investigations lancées le 24 novembre 2006.

François Auque

Tout l’état-major du groupe aéronautique soupçonné

La liste établie par l’Autorité des marchés financiers comprend tous ceux qui avaient connaissance des business plans 2006-2008 d’Airbus et d’EADS, lors de leurs cessions d’actions. À signaler que Thomas Enders, Ralph Crosby, Henri Coupron et Thomas Wilkliams n’avaient pas encore été entendus, lors de la rédaction du document. Outre les groupes Lagardère et DaimlerChrysler, représentés par leur patron Arnaud Lagardère et Manfred Bischoff, les personnes mises en cause dans la note sont les principaux dirigeants du constructeur aéronautique.

Ralph Crosby

Chez EADS, il s’agit des deux codirecteurs généraux, Noël Forgeard et Thomas Enders ; du directeur général délégué, Jean-Paul Gut, et des membres du comité exécutif François Auque (division espace), Jussi Itavuori (DRH), Fabrice Bregier (division Eurocopter), Ralph Crosby (EADS USA) et Stefan Zoller (systèmes de défense). Chez Airbus, il s’agit du directeur général Gustav Humbert ; des directeurs généraux délégués John Leahy (relations client) et Charles Champion (responsable du programme A 380) et des membres du comité exécutif, Erik Pillet (DRH), Henri Coupron (directeur des achats), Thomas Williams (programmes militaires), Alain Flourens (centres d’excellence), Olivier Andriès (coopérations internationales) et Andreas Sperl (directeur financier).

Anne SALOMON

Stefan Zoller

Commentaire

On relèvera que ce sont ces mêmes margoulins, occupés à se remplir les poches, qui s’accordaient pour contester aux employés d’Airbus des augmentations de salaire dérisoires et supprimer des milliers d’emplois.

Frank BRUNNER

John Leahy

Gustav Humbert en compagnie de Charles Champion

AlainFlourens

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