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mercredi 24 mai 2017
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Le Monde, 9 octobre 2007

Corruption : Louis Gallois promet une coopération totale d’EADS avec la justice

par Dominique GALLOIS


Un Airbus A380

EADS traverse une nouvelle zone de turbulence après la révélation, le 3 octobre 2007, d’une note préliminaire de l’Autorité des marchés financiers (AMF) transmise à la justice concernant d’éventuels délits d’initiés massifs.

L’affaire a deux aspects. L’un concerne le rôle de l’Etat, l’autre la vente d’actions ou de stock-options par des actionnaires et des dirigeants du groupe, au printemps 2006, alors qu’ils étaient au courant des retards du lancement de l’A380. Annoncés en juin 2006, ces retards avaient provoqué une forte chute du titre en Bourse.

France


Le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, a affirmé lundi 8 octobre, à Mâcon, que l’enquête devait "aller jusqu’au bout, pour savoir quelles ont été les responsabilités de l’Etat", et a souhaité que ceux qui auraient fraudé, "soient punis". Les responsables de la Caisse des dépôts (CDC), établissement public qui a acheté des titres, devaient s’expliquer, mardi 9 octobre, devant les députés, puis, mercredi 10 octobre 2007, au Sénat.

Nicolas Sarkozy

Question :

-"M. Gallois, avez-vous pris connaissance de la note de l’Autorité des marchés financiers et quelle est votre réaction ?"

Louis Gallois :

- "Personne chez EADS n’en a eu connaissance. Nous venons d’écrire à l’Autorité des marchés financiers pour l’obtenir. Sur le fond, je n’ai rien à dire. Nous savons depuis des mois qu’il existe une enquête des autorités boursières et une procédure judiciaire. Il n’y a rien de nouveau. Mais je déplore que la présomption d’innocence et la confidentialité de l’instruction n’aient pas été respectées."

Louis Gallois

-"Modifierez-vous l’équipe dirigeante en vous séparant des dirigeants cités par l’Autorité des marchés financiers ?"

- "J’ai indiqué, dans une lettre au personnel, que, jusqu’à preuve du contraire, je faisais confiance à tous les dirigeants. En dépit des attaques personnelles, ils sont au travail. Nous devons poursuivre ensemble le redressement du groupe. L’un des signes sera la livraison commerciale, le 15 octobre 2007, du premier A380 à Singapore Airlines ; l’autre, la commande par British Airways de douze A380. Jusqu’à présent cette compagnie ne nous avait jamais commandé de gros porteurs."

-"Le patron d’Airbus, Tom Enders, cité dans cette note affirme qu’il pourrait porter plainte contre l’Autorité des marchés financiers, est-ce la position du groupe ?"

- "Il y a des actions individuelles que chacun décide pour se défendre, et il y a l’action du groupe : nous coopérons pleinement avec l’Autorité des marchés financiers et la justice et nous continuerons de le faire."

Thomas Enders

-"Le problème des stocks options reste posé. Le système peut-il rester en l’état ?"

- "J’avais déjà dit, dans vos colonnes, que je considérais l’attribution de stock-options aux dirigeants comme un système contestable qui s’apparente à une loterie. Je vais proposer au conseil d’administration sa suppression totale. Je pense qu’il faut leur substituer un mode de rémunération plus transparent comme l’attribution d’actions gratuites qui sont un complément de salaire. Aujourd’hui, chez EADS les stock-options ne représentent plus que 20 % de la rémunération complémentaire, les actions gratuites 80 %. Il s’agit d’aller à 100 %.

Nous devons réfléchir, aussi, à ce que les cessions d’actions soient réalisées de manière à ne pouvoir induire aucun soupçon. Par exemple les ventes pourraient se faire de façon automatique. Sauf besoin urgent apprécié par le conseil d’administration, elles seraient annoncées longtemps à l’avance, et les titres seraient gérés par un organisme indépendant. On peut aussi, pour certains dirigeants, n’autoriser les ventes qu’après le départ de l’entreprise."

Une affiche EADS

-"Comment diriger un groupe miné par des affaires, sachant qu’il faudra encore attendre plusieurs mois avant de connaître le rapport définitif ?"

- "Je vous signale tout d’abord qu’aucune action n’est engagée contre EADS. L’Autorité des marchés financiers n’est pas en train d’enquêter sur le groupe, le juge non plus, en matière de délits d’initiés.

Ma préoccupation essentielle, dans cette affaire, est donc de protéger l’entreprise des turbulences juridiques et médiatiques qui ne la concerne pas. Concrètement tout au long de la procédure, je prendrai les décisions nécessaires pour que le passé n’empêche pas l’avenir. Je dois permettre à EADS de continuer de travailler, de préparer son avenir et garantir la confiance des salariés, des investisseurs et des clients. Dans les prochaines semaines, je présenterai d’ailleurs aux personnels la vision du futur pour EADS que vient d’élaborer le comité exécutif."

-"Comment peut-on croire que personne, au conseil d’administration d’EADS, ne savait rien des difficultés de l’A380. De quoi parliez-vous, dans vos réunions ?"

- "L’Autorité des marchés financiers fait son enquête, elle a tous les documents à sa disposition, n’attendez pas de moi que je me prononce sur le fond du dossier."

-"Quand, en avril 2006, la Sogeade, dont vous étiez un administrateur représentant l’Etat, a pris acte de la vente des titres Lagardère, saviez-vous que l’acquéreur était la Caisse des dépôts ?"

- "Il n’y avait aucune raison que nous le sachions. De toute façon, l’Etat est bloqué à 15 % chez EADS et toute acquisition supplémentaire de titres ne lui confère pas de droits de vote supplémentaire."

-"Cette affaire ravive-t-elle les tensions franco-allemandes ?"

- "Non et il ne le faut pas. C’est ma responsabilité d’apaiser les relations de part et d’autre du Rhin. Mon objectif est qu’on ne raisonne plus en terme de Français ou d’Allemand mais comme membre d’EADS."

-"Ces turbulences vont-elles conduire à une révision du plan de restructuration "Power8", qui prévoit 10000 suppressions d’emplois jusqu’en 2010 ?"

- "Rien ne le justifie. Ce plan est construit pour assurer notre compétitivité face à Boeing qui profite de la baisse du dollar. Il est bien engagé. En 2007, nous allons atteindre nos objectifs d’économies, et peut-être les dépasser. Nous venons de conclure des accords avec les syndicats allemands et français sur l’accompagnement social de la réduction des emplois dits de "structure". Quant à la procédure de ventes de certains sites, elle est en cours. Nous avons préselectionné cinq candidats avec lesquels nous discutons. Nous choisirons prochainement les repreneurs et les modalités de reprise."

-"La faiblesse du dollar reste l’une de vos préoccupations. Qu’en est-il ?"

- "Je constate que je ne suis plus tout à fait seul à considérer que le dollar est descendu trop bas et qu’il met en cause la compétitivité de notre industrie. C’est une avancée."

Propos recueillis par Dominique GALLOIS

Un Airbus A380

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