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dimanche 23 avril 2017
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24 heures.ch, 12 octobre 2007

Corruption : Léonard Favre a commis la bagatelle de 819 malversations


Vue de Sion

Le procès de l’ex-conseiller stratégique de Jacqueline Maurer-Mayor s’ouvre, lundi 15 octobre 2007, à Sion. 24 heures a pu se procurer l’arrêt de renvoi du ministère public valaisan. Un document exclusif. Et édifiant.

Suisse


Il a été successivement proche collaborateur de Pascal Couchepin, responsable de la promotion économique valaisanne, éphémère directeur du Groupe Mutuel et, enfin, conseiller stratégique, très écouté, de Jacqueline Maurer, de 2004 à 2006. Aujourd’hui, Léonard Favre doit répondre d’abus de confiance, d’escroquerie, d’escroquerie par métier et de faux dans les titres. Tout cela au détriment du Vol à voile club du Valais (VVCV), qu’il a dirigé de 1998 à 2005. Arrêté à l’aube du 30 janvier 2006, le quadragénaire -qui a passé 45 jours en détention préventive- est parvenu, grâce à divers subterfuges, à détourner un total de 698132 francs suisses des caisses du club dont il était devenu membre dans les années 1980. « Les enquêteurs ont pu établir, écrit le Procureur général valaisan dans son arrêt de renvoi, qu’entre l’été 1996 et février 2005, Léonard Favre s’est livré à un minimum de 819 malversations sur les comptes du VVCV. Dans 763 cas, il a utilisé la méthode consistant à insérer, parmi les bulletins de versements devant servir à régler des dettes du club, un certain nombre de bulletins concernant ses dettes personnelles ou celles de ses proches. »

Léonard Favre

Si Léonard Favre a pu tromper son monde pendant de longues années, c’est parce qu’il exerçait au sein du club, souligne l’arrêt, « un ascendant confinant à l’omnipotence. Il profite de l’aura que lui assurent sa formation universitaire et ses fonctions successives au sein de l’administration fédérale, cantonale et dans le privé, fonctions auxquelles il sait donner, par son bagout, un lustre qu’elles ne méritent pas toujours. » C’est ainsi qu’on découvre, au cœur d’une liste dont les quinze pages donnent le tournis, que Léonard Favre a pratiquement vécu aux crochets de « son » club de vol à voile pendant neuf ans, ses confortables salaires étant à l’évidence relégués au rôle d’argent de poche. « Léonard Favre a fait payer par le club, écrit encore le procureur, ses impôts communaux, cantonaux et fédéraux, la transformation de sa villa de Diolly, d’un appartement et d’une grange à Granois, ses cotisations au Lion’s Club et au Club de golf de Sion, ses primes d’assurances, des cotisations de caisse maladie et des frais médicaux, des taxes de l’OFAC et de l’OFCOM, (...) des frais, amendes et impôts relatifs à ses véhicules, (...) du matériel hi-fi de marque Bang & Olufsen, des abonnements à des journaux et à des revues, les décomptes de sa carte Manor, des frais de voyages, de vacances, (...) des achats de meubles, de nourriture, de vin, de café, etc. » Laissant les caissiers successifs se débattre avec les relevés des heures de vol et les mouvements d’argent qu’elles génèrent, Léonard Favre, qui au mépris des statuts de l’association s’est attribué un droit de signature individuelle sur les comptes bancaires et postaux du club, n’hésite pas à pousser le bouchon de plus en plus loin. L’arrêt du Procureur général cite l’exemple du 13 avril 2000 : ce jour-là, l’accusé retire 40000 francs d’un compte UBS appartenant au club avant de se rendre dans un office de poste bernois, où il s’acquitte de 12790 francs pour la réfection de son appartement de Granois, de 3208 francs de primes d’assurances privées et de 80 francs de cotisation à l’Association suisse des journalistes.

L’aéroport de Sion

Quant à l’accusation de faux dans les titres, elle est motivée par deux événements troublants. En 1997, à la suite d’un accident d’avion, la Winterthur Assurances verse 80000 francs au club. Il ne reste aucune trace de ce versement dans la comptabilité tenue par Léonard Favre... En 2002, alors que la même compagnie d’assurances a versé 300000 francs après qu’un incendie vraisemblablement intentionnel a détruit, en France, trois planeurs appartenant au club, l’accusé n’a porté qu’un montant de 100000 francs dans le compte d’exploitation. Enfin, selon une source proche du dossier, Léonard Favre aurait commencé à rembourser une partie des montants détournés.

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source