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Le Monde, 12 octobre 2007

Corruption : Le juge Halphen accuse Nicolas Sarkozy de vouloir "enterrer les affaires"


Le siège du ministère de la Justice, à Paris

Après avoir été l’un des principaux critiques du précédent président de la République, le juge Halphen s’en prend à Nicolas Sarkozy. Dans un entretien au Parisien, vendredi 12 octobre 2007, le vice-président du tribunal de Paris dénonce la volonté du président de dépénaliser le droit des affaires.

France


Le groupe de travail installé par la garde des sceaux, jeudi 4 octobre 2007, doit rendre, fin janvier 2008, un rapport consacré à la dépénalisation du droit des affaires. Lors de sa mise en place, Rachida Dati a dénoncé "un risque pénal excessif qui entrave l’activité économique", dans des termes identiques à ceux employés par Nicolas Sarkozy.

Rachida Dati

Ancien juge anti-corruption, Eric Halphen a notamment instruit l’affaire des HLM de Paris. Il a quitté la magistrature en 2002 pour se consacrer à une carrière politique et d’écrivain. Il a finalement repris ses fonctions de juge au début de l’année 2007. "On ne peut pas à la fois parler de tolérance zéro à l’égard des délinquants de droit commun et favoriser l’impunité à l’égard des patrons et des politiques", dit-il. "Ou alors que les choses soient claires : Nicolas Sarkozy veut enterrer définitivement les affaires", affirme le juge, évoquant notamment celle d’EADS ou l’enquête préliminaire sur l’Union des industries des métiers de la métallurgie. "Nicolas Sarkozy veut-il remercier les patrons qui l’ont porté au pouvoir ?" s’interroge-t-il, car "il ne faudrait pas que le projet de réforme vise, au nom de ces intérêts-là, à empêcher les juges de faire leur travail". Pour le juge Halphen, "la justice, en France, est plus clémente à l’égard des puissants". Au contraire de la démarche présidentielle, il estime qu’"au lieu de dépénaliser le droit, au lieu de libéraliser les marchés publics, il faudrait encadrer davantage les pratiques." Il propose d’intégrer les commissaires aux comptes dans la fonction publique et de renforcer le rôle de la Cour des comptes et des chambres régionales des comptes. "S’il n’y a plus de contrôles, plus de règles, c’est la loi du plus fort qui l’emportera", prévient-il. A la question de savoir s’il se sentait "mis au placard" dans ses fonctions actuelles (chargé des indemnisations des victimes d’accidents de la route), le juge répond : "Il est clair qu’on ne m’a pas affecté ni à l’instruction, ni aux affaires financières..."

Le Monde

Eric Halphen

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