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24 heures.ch, 4 novembre 2007

Burkina Faso : Un ancien patient de l’hôpital découvre l’autre côté du miroir

par Frédéric RAVUSSIN


Vue de Sainte-Croix, en Suisse

Patient du Centre de soins et de santé communautaire du Balcon du Jura vaudois, en Suisse, en 2004, Augustin Koara y est revenu, comme stagiaire, l’automne 2007. Sa robe de chambre de patient, il l’a troquée contre la blouse blanche de l’infirmier.

Burkina Faso


Fin novembre 2004, Augustin Koara, jeune Burkinabé, aujourd’hui âgé de 31 ans, quitte le Centre de soins et de santé communautaire du Balcon du Jura vaudois (CSSC), en Suisse. En septembre 2007, il y revient pour une période de deux mois. Et, de l’autre côté du miroir, ceux qui s’occupaient de lui sont devenus ses collègues. Des collègues qui se souviennent avec émotion de la première rencontre avec cet homme au visage « défiguré par une énorme tumeur », enracinée dans sa mâchoire droite. « J’ai vécu avec pendant huit ans, raconte Augustin. Parce qu’elle était inopérable au Burkina Faso. »

Le Noma ou « cancrum oris » est une gingivostomatite gangreneuse à marche rapide se développant sur terrain malnutri fragilisé. Les facteurs favorisant sa survenue font du NOMA une affection de l’extrême pauvreté. Il survient toujours dans un contexte à la fois de malnutrition protéino-calorique, de mauvaise hygiène bucco-dentaire et au décours d’une maladie infectieuse (rougeole, fièvre typhoïde, etc.)

La chance, mais aussi des rencontres faites grâce à son poste de responsable socioculturel du lycée de Sangha (« village » de 10000 habitants à 300 km au sud-est de la capitale Ouagadougou), le met en contact avec l’Hymne aux enfants, qui se bat contre le noma dans cette partie du globe. C’est grâce à cette fondation qu’il est envoyé en Suisse pour y être soigné. Opéré à Genève, Augustin Koara est préparé pour l’intervention au Centre de soins et de santé communautaire, où il effectue ensuite une partie de sa longue convalescence. Geneviève Zadory, Danièle Richard et Floriane Thévenaz y sont aux petits soins pour ce jeune homme attachant qui jure, avant son intervention chirurgicale, de devenir infirmier s’il recouvre la santé.

Augustin Koara en compagnie de l’infirmière Isabelle Tanner et de Yasmina Balcázar, médecin-assistante

« Peu avant mon départ, elles sont non seulement venues me rappeler ma promesse, mais également m’annoncer qu’elles pouvaient prendre intégralement en charge ces trois années de formation ! » souligne, ému, Augustin. Le Dr Oscar Deyer, médecin-chef du Centre de soins et de santé communautaire, lui offre, en outre, le scooter avec lequel il se déplace tous les jours à « Ouaga ». Deux semaines après son retour au pays, Augustin commence les cours au Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouedraogo. Il fait alors une autre promesse, celle de revenir à Sainte-Croix, s’il réussit sa formation. « J’ai été reçu 7e sur une volée de 180, l’été 2007 », sourit-il. Homme de parole, il a retrouvé, cet automne, le site hospitalier de Sainte-Croix, ainsi que ceux de Massongex et Payerne. Des expériences qu’il prend comme des compléments de formation, mais également comme une belle opportunité de comparer des systèmes tellement différents.

Vue du Centre de soins et de santé communautaire du Balcon du Jura vaudois, à Sainte-Croix, en Suisse

« Si, au Burkina, je fais des ponctions lombaires et je peux poser des diagnostics, il est impensable, par manque de moyen, d’utiliser quatre compresses pour un pansement, ni même de se désinfecter les mains avec du stérilium », souligne-t-il. Ces questions d’hygiène lui tiennent néanmoins à coeur et il entend tout mettre en oeuvre pour améliorer les conditions sanitaires des « Enfants du Noma », une institution nouvelle dont il sera l’infirmier-chef dès son retour au Burkina, dans une dizaine de jours. « C’est le poste qu’on m’a promis, mais je préfère dire que je serai infirmier. J’attends de le voir pour y croire ! »

Frédéric RAVUSSIN

Vue de Ouagadougou

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