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dimanche 23 avril 2017
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AFP, 4 novembre 2007

Corruption : Un syndicaliste français accuse Véolia "d’acheter la paix sociale"


Des manifestants à Rennes

Un responsable syndical de Force Ouvrière chez Veolia Eau, Christophe Mongermont, accuse le groupe, dans un témoignage à l’AFP, d’avoir tenté d’"acheter la paix sociale" à coup de "versements en espèces" et d’autres propositions financières aux syndicalistes.

La direction de Veolia Environnement a réfuté, dimanche 4 novembre 2007 au matin, les accusations portées par le syndicaliste. "Nous réfutons les propos tenus par M. Mongermont qui relèvent de la diffamation et nous engagerons des poursuites judiciaires contre ses allégations", a indiqué la direction de Véolia Environnement, dans une déclaration lue à l’AFP.

France


Ce syndicaliste breton est entré, en 1984, à Rennes, comme comptable, à la Générale des Eaux, entreprise devenue Vivendi, en 1998, sous la direction de Jean-Marie Messier, puis passée dans le giron de Veolia en 2003. Il affirme qu’un "système avait été mis en place par Jean-Marie Messier, mais qui a perduré sous Henri Proglio (Pdg de Veolia Environnement, ndlr), pour rémunérer en liquide quasiment tous les représentants du personnel de province qui négocient à Paris". "En 1997, je suis allé négocier au siège, à Paris, et, à la fin, on m’a emmené dans un bureau et on m’a versé 1500 francs en liquide. Cinq fois plus que les frais engagés du déplacement, et sans justificatif", raconte- le syndicaliste.

Henri Proglio

"Il y a eu d’abord toute une bagarre pour dénoncer ce système qui se cumulait avec des milliers d’heures supplémentaires fictives payées à des représentants syndicaux", ajoute M. Mongermont. "A la deuxième réunion, je me suis fait presque plus agresser par les autres syndicats que par la direction". A la même époque, selon lui, sa direction régionale lui propose "des pages de publicité dans les journaux syndicaux" : "600000 francs la page", dit-il, "en échange de lever le pied au niveau syndical". L’idée l’effleure alors brièvement d’en "informer la police pour les prendre sur le fait", mais un avocat le lui déconseille, lui expliquant qu’il risquerait, certes de faire tomber des têtes, mais de le payer ensuite toute sa carrière et d’être mis à la porte.

M. Mongermont sera licencié, en 2004, sur autorisation du directeur général du Travail intervenant en délégation de Gérard Larcher, alors ministre délégué au Travail. Entre-temps, raconte M. Mongermont, l’entreprise lui fait des propositions qu’il refuse systématiquement. La première fois, il vient d’être élu, en 1998, à la tête de l’Union départementale Force Ouvrière d’Ile-et-Vilaine : "M. Messier me propose un détachement à temps plein et sans limite. Cela signifiait que je quittais mon poste de travail et c’est Vivendi qui me rémunérait (à la tête de l’Union départementale, ndlr). Seule contrepartie, je devais lâcher tous les mandats syndicaux au sein du groupe". En septembre, il est élu responsable national des syndicats Force Ouvrière de Vivendi et "là, rebelotte, reproposition", en haut lieu cette fois, auprès du secrétaire général de Force Ouvrière, Marc Blondel. "La contrepartie était toujours la même, et, en plus, ils me laissaient trouver une passerelle pour partir. Et là c’était un très gros chèque", dit-il.

Christophe Mongermont

Interrogé par l’AFP, Marc Blondel confirme l’épisode, mais il dément toute proposition d’argent car "ça se serait terminé avec une baffe". "Messier voulait se dégager de Mongermont, le mettre dans un placard. Il m’a dit, tenez M. Blondel, si vous voulez, il s’occupe de l’organisation syndicale", relate-t-il, tout en soulignant que ce genre de démarche patronale n’était "pas rarissime". "Je pense que si j’avais accepté, ça se serait fait, à tort ou à raison", reprend M. Mongermont. En tout cas, "quasiment un an après, cela a été la guerre syndicale". Il est actuellement devant le tribunal administratif pour demander l’annulation de la décision ministérielle autorisant son licenciement. Il reste responsable national Force Ouvrière de Veolia Eau et prépare un livre, à paraître chez Fayard, avec un syndicaliste CGT, Jean-Luc Touly.

Marc Blondel

Contacté par l’AFP, Veolia Eau ne pouvait pas répondre dans l’immédiat. "Il n’y a pas de note de frais sans bordereau nominatif, comme dans toutes les entreprises", a-t-on toutefois souligné au service de presse. M. Messier a fait savoir qu’il n’était pas joignable.

Agence France Presse

Jean-Marie Messier

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