La Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (Monuc) a déploré, mercredi 7 novembre, "l’instrumentalisation" des populations, à la suite d’une violente manifestation, lundi 5 novembre 2007, au Nord-Kivu, durant laquelle des Casques bleus ont été blessés par des jets de pierres. La Monuc rappelle "qu’elle est au Nord-Kivu pour aider son gouvernement dans le rétablissement de la paix (...) et protéger les populations vulnérables" et "est profondément choquée par cette violence extrême à l’égard de son personnel, engendrant de nombreux blessés, voire des morts parmi les civils", a déclaré son porte-parole, Kemal Saïki, au cours d’un point presse.
Depuis la fin août 2007, les Forces armées congolaises combattent, au Nord-Kivu, des soldats insurgés ralliés à l’ex-général Laurent Nkunda, et aussi des miliciens Maï Maï souvent alliés à des rebelles hutus rwandais. Ces violences ont entraîné le déplacement de plus de 350000 civils depuis fin 2006, dans cette province, qui compte désormais près de 800000 déplacés de guerre. Mercredi 7 novembre, le Programme alimentaire mondial a débuté la distribution de 468 tonnes de vivres à 28100 personnes déplacées -depuis mars-, à Kiwanja et Rutshuru. Ces déplacés n’avaient pu être assistés depuis septembre 2007, du fait de l’insécurité, et aussi de jets de pierres contre des véhicules de l’ONU et d’humanitaires de la part d’épouses de militaires, qui réclamaient de la nourriture, selon la Monuc. Mardi 6 novembre 2007, le gouvernement congolais a acheminé 24 tonnes de vivres et de biens non alimentaires à Rutshuru, pour venir en aide aux familles des militaires, a indiqué l’ONU.
Lundi 5 novembre 2007, deux civils congolais, dont un enfant, ont été tués et onze autres blessés, lors de la répression, par la police congolaise, d’une manifestation violente de la population de Rutshuru qui protestait contre l’absence d’aide humanitaire aux déplacés dans cette cité, en dépit de promesses du gouvernement, selon les autorités locales. Vingt-sept Casques bleus et quatre policiers congolais ont été blessés au cours de cette manifestation qui avait débuté devant les bureaux de l’administration locale avant de dégénérer devant le camp de la Monuc, dont les portes ont été enfoncées et des véhicules endommagés, à Kiwanja, près de Rutshuru. La Monuc "regrette profondément que, suite à diverses instrumentalisations d’acteurs locaux, son personnel est souvent injustement pris comme "bouc émissaire" et soit victime d’actes de violences graves, injustifiés et injustifiables" et appelle les autorités congolaises à ouvrir une enquête. "Elle lance un appel urgent aux autorités congolaises pour qu’elles contribuent plus activement à la sensibilisation de leur population s’agissant du rôle que la Monuc joue (...) pour alléger les souffrances des populations", a déclaré M. Saïki.
Agence France Presse