L’angoisse a finalement pris fin pour Wardeh Abu Hajem. Après plus de soixante heures de détention, son fils Mohammed, âgé de 24 ans, a été libéré, le 15 novembre 2007, d’un des centres du Hamas à Gaza. Wardeh Abu Hajem, colonel dans la force préventive -la force de sécurité du Fatah-, s’était rendu, lundi 12 novembre 2007, avec ses deux fils, au rassemblement en hommage à Yasser Arafat, sur une des grandes places de la ville.
« A la fin de la manifestation, lorsque les tirs ont commencé, nous nous sommes réfugiés dans une boutique. Trois hommes de la force exécutive [force de police créé par le Hamas après sa victoire aux élections législatives de janvier 2006, ndlr], dont un était masqué, nous ont arrêtés », relate-t-il. Après avoir été séparé de ses fils, Wardeh Abu Hajem a été interrogé pendant quatre heures dans le principal centre de détention du mouvement islamiste à Gaza. Il a été libéré, mercredi 14 novembre, son jeune fils peu après, et son aîné le 15 novembre 2007 au matin, après avoir été roué de coups. « Même si je fais partie des services de sécurité palestiniens je me suis toujours tenu à l’écart de la politique. Jamais je n’aurais pensé que je serais détenu dans mon propre pays », ajoute Wardeh Abu Hajem.
Environ 200 personnes ont été arrêtées pour les besoins d’une « enquête » sur les « émeutes », selon le porte-parole de la force exécutive. Ils seraient 400 selon le Fatah, notamment les organisateurs du rassemblement. « Le centre de détention où j’ai été conduit était plein. Nous étions des centaines, debout, les yeux bandés, serrés les uns contre les autres », explique Abdallah El-Arabeed, âgé de 50 ans, directeur du comité populaire pour les réfugiés du camp de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza. « Après plusieurs heures d’attente, ils m’ont interrogé. Ils m’ont demandé pourquoi j’avais assisté à la manifestation, ce que j’y avais vu. J’ai été relâché au bout de vingt-quatre heures, après m’être engagé, par écrit, à ne plus jamais participer à un rassemblement », ajoute ce sympathisant du Fatah.
Depuis qu’il a pris le pouvoir dans la bande de Gaza, le Hamas a interdit pratiquement toutes les activités du Fatah, fait fermer les médias fidèles au mouvement de Mahmoud Abbas et réprimé ses rassemblements. « Toutes ces arrestations relèvent de la vengeance politique », estime Khalil Abou Chamallah, directeur du centre des droits de l’homme Damir, basé à Gaza. « Les membres du Hamas ont beau clamer qu’ils n’arrêtent que des criminels et des hors-la-loi, toutes les organisations de défense des droits de l’homme savent qu’il s’agit d’arrestations politiques. Le gouvernement du Hamas veut interdire toute activité au Fatah à Gaza de peur qu’il n’influence la situation à Gaza », ajoute-t-il. Ce pourrait être le signe d’une crispation du mouvement islamiste face à la baisse de sa popularité. Selon un sondage publié par un centre de recherches palestinien, le soutien au Hamas en Cisjordanie et à Gaza est passé de 30 % en septembre 2006 à 20 % actuellement. Le Fatah voit, lui, sa popularité monter de 30 % à 40 %.
Hassan JABER avec D.M.
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