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Le Temps, 24 novembre 2007

Informations internationales : Récit d’un naufrage en Antarctique

Suivi d’un commentaire

par Etienne DUBUIS


Le MS Explorer, au cours d’une croisière, en février 2005

Il est minuit trente dans la nuit de jeudi 22 novembre à vendredi 23 novembre 2007, sur le M/S Explorer, au large de l’Antarctique. La salle à manger du navire résonne du bruit des conversations et des verres entrechoqués lorsque des passagers font irruption en provenance des cabines situées en contrebas. Et crient : « De l’eau ! De l’eau ! Il y a de l’eau ! »

Antarctique


Assistante d’expédition au service de l’agence canadienne Gap Adventures, Andrea Salas sent monter en elle une sourde appréhension. Certes, le navire où elle a pris place, le 11 novembre 2007, à Ushuaïa, dans l’extrême sud de l’Amérique du Sud, est spécialisé dans les expéditions aux confins du monde. Certes, il a gagné une solide réputation en accumulant les exploits dans les mers les plus diverses. Première traversée du Passage du Nord-Ouest par un bateau de croisière, en 1984. Sauvetage d’un équipage argentin au large de l’île d’Anvers, en Antarctique, en 1989. Premier tour de l’île de Ross, toujours au large du continent glacé, en 1997. Première remontée de l’Amazone jusqu’à son origine, le confluent du Marañon et de l’Ucayali, à 120 km en amont d’Iquitos au Pérou, en 1998. Mais le bâtiment a vieilli. Les deux dernières inspections auxquelles il a été astreint, en mars et en mai 2007, en Grande-Bretagne puis au Chili, ont révélé des défaillances. Et il se trouve sur l’une des mers les plus inhospitalières du monde, à plus de 60 degrés de latitude Sud. Un naufrage peut très mal tourner.

Le MS Explorer, au cours d’une croisière, en février 2005

Encore quelques minutes et les haut-parleurs du bord annoncent que le M/S Explorer a heurté un iceberg. « La situation est sous contrôle », poursuivent-ils, mais sans rassurer. Comment, dans cette atmosphère de fête brusquement interrompue, alors qu’à travers la vitre panoramique de la salle de séjour se devinent des températures glaciales, comment ne pas penser à un autre navire jugé insubmersible et pourtant disparu en mer 95 ans plus tôt ? La coque, d’ailleurs, est percée. L’iceberg y a ouvert, sous la ligne de flottaison, un trou gros comme le poing. Bien assez pour que certains de ses compartiments se retrouvent rapidement inondés. Et pour que le navire se mette bientôt à pencher sur le flanc droit. Les Zodiac, qui permettent d’habitude aux passagers de sortir en excursion, sont jetés à l’eau. Une évacuation immédiate est ordonnée.

Les canots de sauvetage du MS Explorer, le 23 novembre 2007

L’opération s’accomplit en bon ordre. « Nous avons tous été surpris de voir les passagers se comporter super-bien, sans aucune panique », se rappellera plus tard Andrea Salas, sur les ondes d’une radio argentine. Il faut dire que les nuits sont très courtes en cette saison au large de l’Antarctique. Et que pointent déjà à l’horizon les premières lueurs de l’aube. Le capitaine et l’un de ses officiers demeurent un moment à bord pour pomper l’eau et tenter d’éviter le naufrage. Mais, devant l’inanité de leurs efforts, ils abandonnent le bateau à leur tour.

Naufrage du MS Explorer, le 23 novembre 2007

Un message radio a été envoyé à la célèbre Agence maritime et de garde-côte britannique (MSA), qui peut être appelée de toutes les mers du monde pour organiser des secours. Et l’avis de détresse a déjà été retourné vers l’océan Austral, à destination de tous les bâtiments susceptibles de secourir les naufragés. Une pénible attente commence. « Nous sommes restés trois ou quatre heures à bord des canots, confiera Andrea Salas. Il y avait du vent, il faisait très froid et nous étions mouillés à cause des vagues. » Enfin, un premier navire arrive sur les lieux, un norvégien du nom de Nordnorge, puis un second, le National Geographic Endeavour. L’accident ayant eu lieu à proximité de l’île du Roi George, dans la zone de recherche et de sauvetage relevant de la responsabilité du Chili, c’est la marine chilienne qui coordonne de loin les secours. Consigne est donnée au Nordnorge de prendre en charge l’ensemble des naufragés. La bonne centaine de passagers du M/S Explorer, parmi lesquels figurent 91 touristes dont quatre Suisses, sont sains et saufs. « Ils se trouvent en bonne santé, déclare le capitaine du bâtiment, Arnvid Hansen, à l’AFP. Il n’y a pas d’hypothermie. Tous ont de la nourriture et des vêtements. » Aux dernières nouvelles vendredi 23 novembre 2007 au soir, le Nordnorge avait mis le cap sur l’île du Roi George et la base chilienne Eduardo Frei.

Naufrage du MS Explorer, le 23 novembre 2007

Le tourisme s’est beaucoup développé, ces dernières années, dans l’océan Austral. Chaque été, une cinquantaine de navires de croisière quittent le port d’Ushuaïa à destination de l’Antarctique. La navigation n’y est pas pour autant sans risque. Le 30 janvier 2007, l’un de ces bâtiments, le Nordkap, avec 200 passagers à son bord, a également dû être secouru, après avoir heurté un écueil au large de l’île de Decepcion.

Etienne DUBUIS

Naufrage du MS Explorer, le 23 novembre 2007

Commentaire

Dans le naufrage du Titanic, l’iceberg avait déchiré l’avant de la coque sur une longueur qui comportait plusieurs compartiments étanches. Or, les cloisons des compartiments étanches ne montaient pas jusqu’au niveau du pont. Sous le poids de l’eau qui l’envahissait, le Titanic s’est incliné vers l’avant. En atteignant le sommet de la cloison d’un compartiment étanche, l’eau se déversait dans le suivant. Le Titanic s’inclinait de plus en plus et ce phénomène s’accélérait continuellement, jusqu’au moment où la coque s’est brisée en deux. Depuis le naufrage du Titanic, les cloisons des compartiments étanches sont censées monter jusqu’au niveau du pont.

Naufrage du MS Explorer, le 23 novembre 2007

Dans l’histoire du naufrage du MS Explorer, le plus étonnant est le fait qu’un trou dans la coque de la grosseur du poing ait pu couler le navire malgré ses compartiments étanches. Logiquement, le naufrage n’aurait pas dû pouvoir avoir lieu. Que s’est-il donc produit pour rendre les compartiments étanches inopérants ? A-t-on négligé de les fermer ?

Frank BRUNNER

Naufrage du MS Explorer, le 23 novembre 2007

Naufrage du MS Explorer, le 23 novembre 2007

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