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mardi 25 avril 2017
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AFP, 2 décembre 2007

Corruption : Omar Bongo dénonce la corruption au Gabon

par Francesco FONTEMAGGI


Vue de Libreville

LIBREVILLE (AFP) - Le président gabonais, Omar Bongo Ondimba, conforté dans son statut de doyen des chefs d’Etat africains, a fêté, dimanche 2 décembre 2007, le 40e anniversaire de son arrivée au pouvoir, en accusant le reste de la classe dirigeante d’avoir fait "main basse" sur les fonds destinés au développement.

Gabon


A Libreville, où un défilé militaire a été organisé, des affiches à l’honneur du président Bongo, qui aura bientôt 72 ans, ont été disposées un peu partout, vantant quatre piliers de ce mandat d’une durée inégalée en Afrique : "paix", "unité", "stabilité" et "progrès". L’intéressé, devenu président, le 2 décembre 1967, à la mort de son prédécesseur, Léon Mba, ne s’est toutefois pas apesanti sur les aspects positifs de son bilan lors de son allocution à la Nation, samedi 1er décembre 2007 au soir. "Je n’ai eu de cesse de me battre, avec votre soutien, pour la paix, la stabilité et l’unité nationale, sans lesquelles aucun travail ne peut-être fait", s’est-il félicité. Mais c’était pour mieux "regretter (...) que nous (n’ayons) pas toujours fait ce qu’il fallait pour préserver les nombreux acquis engrangés". "Je sais que l’état de notre réseau routier, de nos infrastructures sanitaires et scolaires, de nos moyens de transport publics, a connu une grave dégradation", a-t-il reconnu. Mais Omar Bongo, arbitre de chaque décision prise au Gabon, n’a pas fait de mea culpa, s’en prenant à l’administration, voire à ses ministres. L’Etat est "aujourd’hui affaibli par l’ethnisme, le clientélisme, l’affairisme, la corruption, la politisation outrancière, qui ont gangrené les pouvoirs publics", a-t-il estimé. Il a affirmé que les "détournements", la "course pour l’enrichissement illicite", la "corruption" et "l’impunité ambiante" dans la haute fonction publique avaient été autant de freins au développement dans un pays qui dispose également de bois et de minerais. Le "doyen" a encore attribué la contre-perfomance gabonaise au reste de la classe dirigeante qui, depuis le retour au multipartisme, en 1990, "consacre beaucoup trop de temps à la politique", "au détriment de l’action publique". "Le gouvernement ne saurait être un rassemblement de roitelets", a-t-il lancé, demandant à son Premier ministre, Jean Eyeghé Ndong, de former, "le moment venu", une nouvelle équipe "resserrée", plus intègre et plus efficace.

Omar Bongo Ondimba

Albert-Bernard Bongo, devenu Omar après sa conversion à l’islam, en 1973, a rapidement pu bénéficier d’un boom pétrolier. Quarante ans après, le piteux état des routes et le déclin des systèmes sanitaire et scolaire sont autant de signes d’un rendez-vous manqué avec le développement dans ce pays d’Afrique centrale d’à peine 1,3 million d’habitant. Deux indicateurs résument ce paradoxe : le Gabon est le 84e pays le plus riche au monde si on considère son Produit intérieur brut (PIB) par habitant, évalué à 6954 dollars ; mais il dégringole à la 119e place, sur 177 Etats, dans le classement de l’Indicateur du développement humain (IDH). Un écart de 35 places, l’une des pires performances de la planète.

Un forage pétrolier au large du Gabon

Depuis 1990, le président Bongo, dernier "dinosaure" de la "Françafrique" et allié privilégié de Paris, a rallié à lui la plupart de ses plus virulents opposants, et veille, au prix de gouvernements pléthoriques, à préserver les différents équilibres ethniques et géographiques. "Les pétrodollars ont été importants dans le ralliement progressif des opposants", estime le sociologue gabonais Anaclé Bissiélo, relevant, y compris au sommet de l’Etat, "une confusion devenue structurelle entre le bien public et le bien privé".

Francesco FONTEMAGGI

Du bois destiné à l’exportation

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